Emportée par la foule | Céline Lazorthes | TEDxMarseille
Traducteur: Madalina Florescu Relecteur: A. Bentahar
J'ai une question pour vous.
Est-ce que vous connaissez un certain Auguste Maquet
ou un Gaspard de Cherville,
un Gérard de Nerval,
et Xavier de Montépin ?
Ils ne sont quand même pas très connus, ou un parmi eux,
pourtant vous avez tous lu un ou plusieurs de leurs livres.
Le Comte de Monte Cristo, La Reine Margot,
ou encore bien sûr Les Trois Mousquetaires.
Puisque ces quatre messieurs font partie
de ceux qui ont écrit pour Alexandre Dumas.
Alexandre Dumas, grand écrivain,
grand monsieur dans la lumière et pourtant
beaucoup d'hommes à ses côtés, inconnus et dans l'ombre,
qui ont participé à son succès
et à faire d'Alexandre Dumas ce héros que nous connaissons tous.
Finalement, c'est un peu comme si on se disait que Mariah Carey -
- c'est osé Mariah Carrey dans un TEDx, je suis d'accord, mais... (Rires)
j'assume, j'assume -
C'est un peu comme si on se disait Mariah Carey, le matin, elle se réveille,
elle a cette petite robe ultra ajustée, le teint impeccable
et les cheveux brochés.
Ben non, en fait, Mariah Carey, le matin, elle est comme nous.
Mariah Carey, elle a la peau qui colle, les yeux un peu gonflés,
les cheveux raplapla.
Parce que pour faire de Mariah Carey la diva qu'on connait,
il faut des dizaines d'assistants à ses côtés
qui toute la journée dans l'ombre travaillent pour elle
et font cette espèce d'héroïne qu'on connaît
ou qu'on veut nous faire croire.
Une héroïne unique et encore une fois plein d'individus autour d'elle
dans l'ombre.
Et finalement ce mythe du héros exceptionnel, de cet individu incroyable,
ne date pas d'aujourd'hui.
Hier, par exemple, hier il y a quelques siècles,
cette peinture extraordinaire de Velázquez
qui a été peinte pendant des mois,
elle n'a pas été peinte par lui, en tout cas pas par lui seul,
il a été accompagné de dizaines de peintres
qui ont passé des mois dans l'ombre à réaliser cette peinture sublime.
Et lui Velázquez, n'est arrivé qu'à la fin pour rajouter quelques touches de peinture
et signer de son nom.
Ce qui est d'ailleurs assez marrant, c'est qu'il est réalisé dans la peinture
en haut à gauche, donc on est vraiment dans l'abyme du héros
qui se met lui même en scène.
Non pas « enceinte », c'était tout à l'heure, elle est partie
Dieu merci, parce que - (Rires)
Mais d'ailleurs si elle veut faire une cagnotte pour la naissance de son bébé,
je peux m'en occuper - (Rires et applaudissements)
Donc voilà, des héros, il y en a, et pourtant,
moi je crois qu'il y a toujours une équipe derrière un héros
et je crois surtout qu'aujourd'hui,
on peut créer et on peut entreprendre différemment.
Je crois qu'avoir 30 ans en 2016, c'est avoir envie de travailler différemment,
c'est avoir envie d'échanger différemment,
et c'est avoir envie d'entreprendre différemment.
Cette science s'appelle, si on l'étudie, la science des échanges,
recevoir de la communauté, donner à la communauté.
C'est ce qu'un philosophe autrichien, Hayek, appelle la catallaxie.
C'est vraiment cette idée qu'ensemble, on est meilleur,
ensemble, on peut produire.
Et moi je crois beaucoup à ça,
je crois à cette idée qu'on peut faire les choses mieux
et même de façon plus riche.
En fait vous connaissez plein d'exemples
de cette idée de la science des échanges, plein de réalisations.
Wikipédia par exemple, c'est la plus grande encyclopédie au monde,
elle n'appartient à personne, mais on a le devoir nous tous de l'enrichir
pour pouvoir apprendre des connaissances des uns et des autres.
Un autre exemple que j'adore, un peu moins connu
qui s'appelle Polymath.
En 2009, il y a deux chercheurs mathématiciens qui se disaient :
« Tiens, si on faisait appel à la communauté ? »
Alors sur un blog, ils mettent un problème mathématique non résolu
à disposition de la communauté et ils leur disent :
« Essayez de résoudre ce problème mathématique,
on verra bien où est-ce que nous mènera cette recherche, cette question. »
Résultat extraordinaire. Évidemment il y a quelqu'un
qui réussit à résoudre le problème,
mais il y a plusieurs personnes qui y arrivent
et de façon différente.
C'est-à-dire qu'ici la communauté est allée au-delà des attentes
des chercheurs, elle a produit de la connaissance,
elle a enrichi la communauté et de façon différente.
Donc exemple absolument extraordinaire,
et si on devait remettre la médaille Fields,
donc l'équivalent du Prix Nobel mathématique, à Polymath,
on ne saurait à qui la donner, ce qui est quand même assez drôle.
Voilà, donc je crois vraiment à cette idée que la création peut être faite
de façon différente, qu'on peut valoriser le groupe
et que même on peut être plus riche et plus fort tous ensemble.
Il y a quelques années, j'étais étudiante en école de commerce
et puis avec mes camarades de promo, que vous voyez derrière,
on a voulu partir en week-end, le week-end d'intégration, vous savez, ces deux jours
où les étudiants ensemble boivent des bières, font du foot, s'amusent.
Et donc pour financer ce week-end,
je suis partie avec ma petite enveloppe en papier,
un peu comme ici, bon, on était moins nombreux, dans les rangs,
collecter un petit peu d'argent auprès de chacun pour pouvoir financer le week-end.
Et bien sûr, il y avait celui qui :
« Ah non Céline, je n'ai que mon chéquier sur moi. »
« Ah non Céline, je n'ai pas d'argent liquide. »
« Ah je ne sais pas si je vais venir un soir, deux soirs. »
Ah, je me disais : « Super les gars, sympa ! »
Donc me voilà obligée d'avancer avec ma trésorerie étudiante,
avec 400 euros, le coût du week-end d'intégration.
Bon, je suis étudiante, désolée papa et maman,
c'était un peu dur pour la trésorerie.
Donc, cette expérience me fait dire :
« Mais, il y a forcément un service en ligne,
on peut tout faire sur internet, qui permet de collecter
et gérer de l'argent à plusieurs. »
Et il n'y en avait pas.
Alors je me suis dit : « Aux innocents les mains pleines,
je vais tenter l'aventure et essayer de créer cette cagnotte en ligne
qui pourrait permettre de collecter de l'argent à plusieurs. »
Et puis il y a un copain de l'école qui m'a dit :
« Mais en fait, c'est une super bonne idée
et d'ailleurs ça peut être utilisé aussi pour,
pas uniquement le week-end d'intégration, mais pour un cadeau d'anniversaire,
une naissance - on en a parlé il y a pas très longtemps. »
et donc Leetchi est né comme ça.
J'étais d'abord toute seule et puis des collaborateurs m'ont rejointe,
et on s'est laissé porter par l'aventure de Leetchi.
Et c'est ça qui est assez extraordinaire, c'est que petit à petit,
des premiers clients ont commencé à arriver
puis des centaines de clients, des milliers de clients,
aujourd'hui c'est des millions de clients qui chaque jour
créent des milliers de cagnottes pour des cadeaux d'anniversaire,
des pots de départ, des listes de mariage, etc.
Donc Leetchi c'est devenu ça. Et ce qui est assez magique,
c'est que finalement on s'est laissé emporter par notre idée,
on l'a laissée grandir ; moi je me disais de temps en temps,
et ça m'y a fait penser quand Jacques Attali parlait, c'est :
est-ce qu'elle est utile, cette idée de Leetchi ?
Alors je me disais : oui, c'est sympa, on simplifie la vie des gens qui veulent
faire un cadeau commun, on permet d'avoir un plus joli cadeau,
mais est-ce qu'on change le monde ?
Et j'ai découvert qu'on changeait le monde
et c'est ça que j'aimerais vous partager aujourd'hui.
Je voudrais vous parler de deux cagnottes.
La première, c'est la cagnotte qui a été faite pour Charlie Hebdo
pendant les attentats.
Un jeune homme, David, se dit : « Il y a les attentats,
moi je veux aider le magazine,
je veux collecter de l'argent pour leur transmettre cet argent
pour qu'ils puissent reconstruire le magazine. »
Et en quelques jours, c'est plus de 5000 personnes
qui vont participer à cette cagnotte
et qui vont permettre de collecter plus de 300 000 euros.
Extraordinaire, on n'avait jamais vu ça arriver sur Leetchi.
Chacun voulait exprimer sa générosité, chacun voulait exprimer son soutien.
Je ne sais pas si vous vous souvenez,
mais pendant justement les attentats et les donations,
il y a Google qui avait annoncé
qu'ils allaient faire une donation de 200 000 euros.
Et il y a LCI qui a titré ce titre absolument magnifique :
« Quand les particuliers rivalisent avec Google. »
Parce que tous ensemble, grâce à cette cagnotte,
on avait collecté plus d'argent que Google.
Ça veut dire que, tous ensemble, on peut être plus forts
qu'une des plus grandes organisations au monde.
Individuellement, on ne l'est peut-être pas, mais tous ensemble on est plus fort.
Quelle histoire quand même !
(Applaudissements)
Il y a une deuxième cagnotte dont je voudrais vous parler,
cagnotte dont je n'avais pas la connaissance
et dont j'ai appris l'existence par ma rencontre avec Morgane.
Il y a un mois ou deux, j'ai été invitée dans une entreprise
qui s'appelle Allo Resto - que vous connaissez sûrement -
pour raconter aux collaborateurs d'Allo Resto
mon histoire et l'histoire de Leetchi.
Et à la fin de la conférence, je vois cette jeune femme arriver vers moi,
assez émue et assez inquiète, ou tremblante, et je me dis :
« Oh là là, merde, qu'est-ce que j'ai raconté pendant la conf' ? »
Alors je la vois arriver
et elle me raconte son histoire.
Et elle me raconte
qu'elle a un petit neveu, qui s'appelle Kérian, qui a deux ans,
qui est atteint d'une maladie rare,
une paralysie cérébrale, et qui ne peut pas marcher.
Mais qu'il y a un espoir pour qu'il puisse marcher,
et cet espoir, c'est une opération aux États-Unis,
et qu'elle coûte 40 000 euros, voyage compris,
hébergement, accompagnement.
Et que ça fait déjà plusieurs mois qu'elle essaye de trouver cet argent,
auprès de ses proches, et qu'elle n'y arrive pas.
Et un jour, elle se dit : « Tiens, je vais créer une cagnotte sur Leetchi,
je vais la faire partager à mes proches et puis on verra bien. »
Et en quelques jours, 700 personnes qu'elle ne connaît pas, Morgane,
participent à cette cagnotte et lui permettent de collecter 40 000 euros,
lui permettent l'espoir que son petit [neveu]
pourra peut-être un jour marcher.
Et ça c'est génial quand même de changer le monde !
Mais il y a quelque chose qui est marrant et que je voudrais vous raconter aussi,
c'est que, quand elle me voit, Morgane, elle est émue,
et elle me voit comme Leetchi,
elle me voit comme la personnification, l'incarnation de Leetchi.
Pourtant, moi, je n'y suis pour rien !
Ceux qui sont là, ceux qui l'ont aidée,
c'est les 700 personnes qui ont participé à sa cagnotte ;
ceux qui l'ont aidée, ce sont les collaborateurs de chez Leetchi
qui tous les jours travaillent, m'aident à faire grandir cette aventure,
- nous tous ensemble nous faisons porter cette aventure
qui est devenue Leetchi et qui n'est plus la nôtre,
mais qui est celle de toute une communauté de clients.
Et donc pour parler de mon équipe, parce qu'ils me sont très chers,
je voudrais vous raconter une dernière anecdote.
Il y a un mois, on est parti en week-end de team building.
C'est un peu comme le week-end d'intégration finalement,
mais pour adultes, ou « adultes »,
et l'idée étant évidemment de passer du bon temps ensemble
et on est allé pas très loin d'ici, puisqu'on est allé à Porquerolles.
Et on était donc - on est presque 70 dans la boite -
et donc on se promenait dans les rues de Porquerolles,
et j'ai un de mes collaborateurs, Jean-Marc, qui me dit :
« Alors Céline, tu es fière de voir tout le monde ici
autour de toi, grâce à toi ? »
Et je lui dis : « Ah ben non, Jean-Marc, ce n'est pas grâce à moi,
c'est notre histoire, on l'a faite ensemble cette boite,
on l'a fait grandir tous les jours ensemble. »
Et il m'a dit cette jolie phrase que je voudrais vous partager ; il m'a dit :
« Sans toi, nous ne serions pas là, et sans nous, tu ne serais pas là. »