Sexualiser les femmes pour vendre la musique classique: une mauvaise idée - Aliette de Laleu
Saskia: Bonjour Aliette !
Aliette: Bonjour Saskia, bonjour à tous !
Saskia: Comment allez-vous ce matin?
Aliette: Je suis un peu embêtée ce matin.
Je ne pensais pas devoir pousser des coups de gueule tous les lundis dans cette chronique
mais, encore une fois, impossible de résister..
Saskia: Qu'est-ce qu'il s'est passé Aliette ?
Aliette: Vous connaissez Saskia, comme beaucoup de nos auditeurs, le Concertgebouw d'Amsterdam ?
Saskia: Oui, une superbe salle de concert aux Pays-Bas…
Aliette: Voilà, qui accueille chaque année la crème de la crème du classique.
Et bien ils ont lancé une nouvelle campagne de communication pour un dispositif qui s'appelle
Entrée.
Entrée ça permet aux jeunes de moins de 35 ans de bénéficier de tarifs très avantageux
sur la saison.
Jusque là, tout va bien.
Le problème c'est la campagne en question.
La semaine dernière ils ont publié 4 petites vidéos humoristiques..
Il y en a 3 qui sont plutôt réussies : on voit un chien avec des oreilles de lapin sur
fond du carnaval des animaux de St Saens, ou trois fleurs écrasées au rouleau compresseur
sur fond de valse des fleurs de Tchaikovski.
Bref vous comprenez le principe : chaque pastille est une représentation littérale d'une
oeuvre classique.
Et pour illustrer l'air sur la corde de sol de Bach, vous savez ce qu'ils ont fait
Saskia ?
Saskia: J'ai peur…
Aliette: Ils n'ont rien trouvé de mieux que montrer une jeune femme, de dos, qui se
fait soulever la jupe par un souffleur, vous savez ces grosses machines qu'on utilise
pour les feuilles mortes, le tout pour voir ses fesses et son string.
Tout ça pour un mauvais jeu de mot : en anglais l'oeuvre s'appelle air on the g-string..
Saskia: Ah bah voilà, évidemment...
Aliette: La campagne a fait un tollé aux Pays-Bas à tel point que la vidéo a été
supprimée dans les 48h… Jugée sexiste voire répugnante, elle soulève un nouveau
débat ce matin : sexualiser la femme pour vendre la musique classique est-ce une bonne
idée ? Je pense que vous connaissez ma réponse : c'est non.
Déjà cette image réduit le corps de la femme à n'être qu'un objet marketing.
En musique classique ce n'est pas la première fois que l'on voit ce genre de campagne.
En 2014, le festival de musique classique belge B-Classic publie une vidéo où l'on
voit 5 danseuses de pop coréenne faire une chorégraphie sexy sur la symphonie du nouveau monde
de Dvorak.
A la fin, on pouvait lire ce message : ‘Vous venez juste d'écouter 3 minutes de musique
classique'.
Le problème derrière ce genre de publicités c'est de faire croire que l'on a besoin
d'érotiser, de sexualiser l'image de la musique classique pour attirer les jeunes.
Or filmer des fesses de femmes ne fait ni avancer la cause de ce genre musical et encore
moins celle de la femme.
En publicité, l'érotisation est efficace sur certaines cibles, mais il faut savoir
s'y faire : suggérer, le faire habilement, il ne suffit pas, sous couvert d'humour,
de montrer des fesses ou des poitrines pour réussir une campagne et décoincer le monde
feutré de la musique classique… Je ne sais pas vous Saskia mais moi pour faire aimer
la musique classique je propose quelque chose de plus sain, c'est d'en écouter.
Ce matin ce sera un extrait du 2e mouvement de la 3e suite pour orchestre de Jean-Sébastien
Bach.
Tout le monde connait ce tube de la musique classique que l'on appelle aussi
‘air sur la corde de sol'.
Un surnom donné après un arrangement composé par August Wilhelmj, musicien qui était capable
de jouer cette suite uniquement sur la corde de sol de son violon :
* 2e mouvement de la 3e suite pour orchestre de JS BAch - Air sur la corde de sol *
Saskia: Eh oui, pourquoi avoir besoin de fesses quand on a des oreilles Aliette de Laleu ?
Aliette: Exactement !
Saskia: Merci beaucoup pour cette chronique, ce deuxième coup de gueule !
Aliette: J'espère qu'il n'y en aura pas toute l'année comme ça.
Saskia: Moi j'espère quand même qu'il y en aura un lundi prochain ! On vous retrouve
en attendant sur francemusique.fr