Non, les chanteuses d'opéra ne ressemblent pas toutes à la Castafiore - Aliette de Laleu
Saskia de Ville : Et c'est l'heure d'aller à la chasse aux clichés, bien sûr,
avec Aliette de Laleu. Bonjour !
Aliette de Laleu : Bonjour, Saskia de Ville ! Alors ce matin je suis entourée d'une ancienne
chanteuse, vous, Saskia, et d'un baryton, alors on va parler de la voix !
Saskia de Ville : Mais on est pas mardi pourtant, Aliette !
Aliette de Laleu : Non, je vais surtout parler de l'image que l'on a des chanteuses lyriques.
Je laisse le soin à Pauline Lambert, dans sa chronique du mardi, d'évoquer la voix, vraiment.
Alors si j'aborde ce sujet, c'est parce que trois jeunes artistes lyriques ont été nommées
'Révélations des Victoires de la Musique Classique 2017' : Lea Desandre, Raquel Camarinha
et Catherine Trottmann.
Nous les avons rencontrées et interviewées pour francemusique.fr et l'une d'entre elles
nous a raconté qu'il lui arrive souvent, à la fin d'un concert, d'entendre cette réflexion :
"Mais comment une telle voix peut sortir de ce corps ?" Je ne vais pas me transformer
ce matin en jury Miss France mais d'un point de vue objectif, ces trois jeunes artistes
ont la taille très fine et, pourtant, dans l'imaginaire collectif, on associe facilement
les voix féminines lyriques à l'image d'une Castafiore en puissance : forte poitrine et
formes généreuses.
Jusqu'à présent, personne n'a fait de statistiques sur le tour de taille des chanteuses et c'est
tant mieux ! Je serais la première à dénoncer ce genre de pratiques.
Mais ce qui est important de souligner, c'est que ces artistes lyriques, aujourd'hui, représentent
parfaitement les tailles, les formes, les physiques de la population féminine.
Et si la voix dépend de la morphologie, la qualité d'une chanteuse ne dépend pas de
son tour de taille.
Saskia de Ville : Je vous sens prête à nous donner un petit cours d'anatomie pour expliquer
la voix, Aliette.
Aliette de Laleu : Aller, c'est parti ! On ne va pas rentrer dans les détails, j'en
serais bien incapable, mais il faut avoir en tête quelques petites précisions
sur la voix.
Alors le son, d'abord, c'est une vibration de l'air.
Quand on parle, quand on chante, on expire de l'air qui va se projeter dans notre gorge
et faire s'entrechoquer nos cordes vocales.
La caisse de résonance dans tout ça se situe entre la trachée et dans la bouche.
Comme nous avons tous des morphologies différentes, le son va résonner différemment suivant
la taille et la forme de la bouche.
Comme je le disais, tout est une histoire de respiration.
Et pour bien respirer, c'est le ventre qui fait tout le travail ! Mais ce sont surtout
les abdos et la position du chanteur qui aident à projeter un son loin et longtemps.
Enfin, le thorax joue un rôle important.
Une large cage thoracique aide à sortir un son puissant.
Qui dit puissant ne dit pas forcément 'belle voix' ou 'qualité technique'.
Une bonne chanteuse doit réunir de nombreux éléments pour dégager quelque chose dans
son interprétation.
J'ai pris l'exemple des femmes mais c'est le même principe chez les hommes.
Saskia de Ville : On va demander à Marc Mauillon, son avis, hein ?
Marc Mauillon : Moi, je confirme.
Aliette de Laleu : Voilà, les hommes c'est pareil ! Seulement je pense que les chanteuses
lyriques souffrent davantage de cette image caricaturale.
Elles n'hésitent pas, d'ailleurs, à évoquer ce cliché.
Patricia Petibon, en 2014, disait dans une interview : "La morphologie des chanteuses
a bien évoluée, même si l'on croit toujours que les chanteuses d'opéra sont énormes".
Elle prévient d'ailleurs dans cette même interview qu'il ne faut pas tomber dans les
extrêmes et que transformer les chanteuses d'opéra en mannequins serait aussi
une grave erreur.
Chères chanteuses, restez comme vous êtes, à l'image des femmes d'aujourd'hui, et continuez
de nous enchanter avec vos belles voix.
Aliette de Laleu : La voix de Patricia Petibon dans "Je marche sur tous les chemins"
extrait de Manon de Jules Massenet, avec la soprano Patricia Petibon, donc, que j'évoquais dans ma chronique.
Saskia de Ville : Merci beaucoup, Aliette.
On retrouve votre chronique sur francemusique.fr, et on vous retrouve évidemment lundi prochain,
et j'en profite moi pour annoncer que Lea Desandre, Raquel Camarinha et Catherine Trottmann,
les trois révélations des Victoires de la Musique Classique seront avec nous dans
La Matinale.
Ce sera jeudi ! A très bientôt !
Aliette de Laleu : A très vite !