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La chronique d'Aliette de Laleu, Musique sorcière : les Sut… – Text to read

La chronique d'Aliette de Laleu, Musique sorcière : les Sutartinés de Lituanie - Aliette De Laleu

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Musique sorcière : les Sutartinés de Lituanie - Aliette De Laleu

*Saskia : Bonjour Aliette De Laleu !* Bonjour Saskia !

*Depuis ce matin je me trompe, je parle de "Sutartiné", parce que mon Lituanien est très mauvais,*

*et bien c'est "Sutartines" dont on va parler ce matin.*

C'est quasiment divin ce qu'on entend, pourtant on devrait plutôt chercher du côté des sorcières

pour en avoir l'origine,

Le Sutartiné est un chant polyphonique lituanien interprétés à 2, 3 ou 4 voix de femmes,

ici elles sont 3, mais on n'en entend que 2 car chaque entrée de voix en interrompt

une autre, comme un relais, un motif circulaire, un tissage à l'infini.

*Saskia : Pourquoi viendrait-il des sorcières ?*

Grâce à l'histoire de ce pays, la mythologie de la Lituanie est principalement basé

sur un système matriarcal de déesses, alors appelées "Laumes",

quand le pays est devenu chrétien, ces déesses aux nombreuses traditions, rites et cérémonies

sont devenues aux yeux des lituaniens, des sorcières.

Or ce pays est le dernier d'Europe a être devenu chrétien,

L'extermination de la culture sorcière, directement liée aux préceptes religieux

des papes du 15e au 18e siècles, a pris du retard, et grâce à ce retard,

la Lituanie a gardé une vieille tradition féminine : les Sutartines.

*Saskia : A quoi servaient ces chants ?*

Probablement à des rites.

Une société matriarcale glorifiait les pouvoirs de la fertilité et de la fécondité,

il est dit aussi que les déesses, les Laumes avaient des pouvoirs liés à la nature.

Donc ces rites culturels pouvaient servir à faire venir la pluie, déclencher des phénomènes naturels.

Il ne reste d'ailleurs pas seulement le chant et les textes, mais aussi la danse,

qui accompagnait les Sutartines : une danse exécutée par les chanteuses et qui consiste à piétiner

le sol tout en exécutant des motifs comme une étoile dessinée d'un seul trait,

ou plutôt d'un seul pied, on va écouter une seconde version.

Ici on entend une version chantée par des femmes plus âgées que la première.

Sur la vidéo dont est tirée cet extrait, on les voit se tenir la main en cercle,

chanter et danser en tenues traditionnelles.

Le mot Sutartiné vient de “s'entendre”, “être en accord”.

C'est toute la subtilité et la difficulté de ce chant.

Pour que ça sonne bien, il faut bien s'écouter,

la première voix décide de quand débuter et arrêter le chant.

Il n'y a pas de partition écrite, c'est une tradition orale, la plupart du temps transmise par les mères lituaniennes.

*Saskia : Ce genre musical a été inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'unesco en 2010*

Oui cela marque probablement l'influence de cette musique sur la culture d'aujourd'hui,

le premier concert public de Sutartines a été donné seulement en 1969.

Depuis, de nombreux compositeurs et compositrices se sont emparés de ces mélodies modernes

avant l'heure car on entend des frottements dans l'harmonie, signes précurseurs de l'atonalité.

J'ai découvert toute cette histoire et l'existence de ce chant dans le livre "Compositrices, l'égalité en actes"

qui sort mercredi en librairie et qu'il faut absolument se procurer.

L'autrice du texte sur les Sutartines, Vita Gruodyté, conclut son travail en écrivant :

“Le langage musical des Sutartinés réutilisé dans la musique contemporaine reflète merveilleusement bien"

"ce modèle particulier dans lequel le féminin et le masculin sont des catégories,

"non pas opposées, mais complémentaires.”

Ce qu'on peut retenir de ce chant magique, sacré et sauvegardé

c'est qu'on a tout intérêt à soutenir la création féminine effacée pendant des siècles,

car elle peut devenir aujourd'hui source précieuse d'inspiration aujourd'hui pour les artistes,

qu'ils soient hommes ou femmes.

*Saskia : On posera la question demain à notre invitée Camille Pépin

*Cet ouvrage, qui paraît donc mercredi, le livre "Compositrices, l'égalité en actes" qui sort en librairie,*

*Merci beaucoup Aliette pour cette chronique en partenariat avec le mensuel Causette,

*Je vous souhaite une très belle journée, à la semaine prochaine !*

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