Les altistes sont des violonistes ratés - Aliette de Laleu
Saskia de Ville : Bonjour, Aliette de Laleu !
Aliette de Laleu : Bonjour, Saskia, bonjour à tous.
Saskia de Ville : Ce matin nous sommes avec une violoniste et un pianiste alors vous vous
êtes dit : "tiens, et si on parlait de l'alto ?"
Aliette de Laleu : Exactement : l'esprit de contradiction.
Je pourrais commencer ma chronique par faire des blagues sur les altistes mais, non,
ça viendra plus tard, on va d'abord écouter ceci.
Aliette de Laleu : Lacrimae de Britten, une oeuvre pour alto magnifique.
Alors pourquoi les altistes souffrent encore parfois de temps en temps de cette image de
violonistes ratés ou de musiciens qui jouent faux.
Alerte décryptage de cliché, c'est parti ! L'alto est un instrument à cordes qui se
situe au niveau de la tessiture entre le violon et le violoncelle.
Il est essentiel à la musique de chambre, notamment aux quatuors à cordes.
Et puis, évidemment, à l'orchestre.
Son histoire justifie en partie le fait qu'on le prenne encore parfois pour un instrument secondaire
et que les altistes ont été longtemps les mal-aimés de l'orchestre.
Saskia de Ville : Et cette histoire, Aliette, commence dans les conservatoires
et les écoles de musique.
Oui, il fut un temps où les jeunes violonistes qui n'avaient pas un bon niveau étaient envoyés
dans les classes d'alto.
Alors, évidemment, avec une telle mentalité c'était perçu comme une punition de devenir
altiste et leur réputation de musicien médiocre était déjà toute faite.
A ce moment là, former des altistes revenait surtout à combler les trous des quatuors
et des orchestres.
Or quoi de plus essentiel qu'un bon pupitre d'alto pour magnifier une oeuvre ? Certes ils n'ont pas
le même répertoire que les violonistes : eux peuvent profiter des oeuvres du XIXe siècle
avec des concertos en veux-tu en voilà et des pièces d'une grande virtuosité.
Mais l'avantage c'est qu'au lieu de se concentrer sur la technique, ils peuvent davantage travailler
le son.
Et c'est là aussi toute la difficulté de cet instrument très exigeant, plus grand
et plus lourd que le violon, avec des cordes plus épaisses, il faut avoir une main gauche
solide et souple à la fois pour obtenir un son beau et juste.
D'où les nombreuses blagues très répandues sur les altistes comme : quelle est la différence
entre un alto du premier rang et un alto du second rang ? Réponse : un demi ton.
Et il y en a encore des dizaines et des dizaines...
L'avantage avec les altistes c'est qu'ils ne sont pas susceptibles et c'est leur position
dans l'orchestre qui explique ce tempérament.
Comme ils ne sont pas exposés comme des grands solistes, ils sont conscients de la place
importante qu'ils occupent pour faire le lien entre les cordes.
Ils sont souvent assez modestes.
Le vingtième siècle le leur a bien rendu grâce au travail de compositeurs et de grands musiciens
comme dans l'école française : Gérard Caussé, Serge Collot, Antoine Tamestit ou
encore Sabine Toutain.
L'alto est enfin valorisé comme un instrument à part entier et pas comme un intermédiaire
ou un instrument secondaire.
Je profite de ces trois minutes hebdomadaires pour diffuser encore un peu de musique.
Merci aux internautes qui m'ont aidé à choisir cet extrait, la Suite Hébraïque d'Ernest Bloch.
Aliette de Laleu : C'est un peu court et ce choix musical était difficile à faire parmi
toutes les propositions des internautes.
Merci à eux ! Vous pouvez retrouver leur sélection musicale sur le site francemusique.fr
Saskia de Ville : Et c'est vrai que c'est magnifique cette Suite Hébraïque, Ernest Bloch...
Merci Aliette de Laleu ! On vous retrouve lundi prochain et puis on retrouve votre chronique
d'ici là sur le web !
Aliette de Laleu : Tout à fait ! A la semaine prochaine !