La musique de Chopin est toujours triste - Aliette de Laleu
- Saskia de Ville : nous sommes lundi, et lundi nous partons à la chasse aux clichés
avec Aliette de Laleu, bonjour Aliette.
- Aliette de Laleu : bonjour Saskia, bonjour à tous.
- Saskia de Ville : de quoi allez-vous nous parler ce matin ?
- Aliette de Laleu : de piano, de tristesse, de larmes, de Chopin.
- Saskia de Ville : c'est vrai que ça change un peu d'ambiance après Anna Netrebko...
On commence bien la semaine.
- Aliette de Laleu : rassurez-vous saskia, on va aussi parler de musiques joyeuses et
entraînantes, mais d'abord j'aimerais chasser un cliché qui colle à la peau de Frédéric
Chopin : ses oeuvres seraient toutes tristes, voire déprimantes.
C'est vrai, il en a composé un certain nombre, ce sont d'ailleurs ces musiques un peu mélancoliques,
qui sont surexploitées dans le monde du cinéma, de la publicité, ou dans les fameuses compiles
des plus grands "tubes" de la musique classique, donc les plus connues du grands public.
En même temps, le compositeur a vécu en pleine période romantique, une époque où
les artistes expriment leurs sentiments à travers l'art.
Ce n'est pas étonnant, donc, que Chopin compose des musiques un peu tristes, si l'on connaît
le personnage.
Il avait une santé très fragile : jeune, il attrape la tuberculose et meurt à 39 ans de cette maladie, ou de la Mucoviscidose, les spécialistes sont encore un peu indécis
sur la question.
Chopin est sensible, aussi, dès ses premières aventures amoureuses : quand elles finissent
mal, il met du temps à s'en remettre.
Et puis, il quitte très jeune son pays natal, la Pologne, il a 20 ans et ne s'en remettra
jamais vraiment, son pays et sa famille lui manquent cruellement.
Dans ses passes difficiles, il exprime son désarroi, sa nostalgie, dans sa musique.
- Saskia de Ville : mais Chopin arrive aussi à utiliser cette nostalgie pour composer
des musiques plus joyeuses, Aliette.
- Aliette de Laleu : oui car de la Pologne, il retient aussi une culture folklorique.
Ensuite, il va visiter des pays européens, s'imprégner des chansons populaires, des
sources d'inspiration qui vont lui donner l'envie d'écrire des musiques plus entraînantes,
mais moins connues, comme ces trois Écossaises que nous sommes en train d'écouter.
Et puis à côté de ses périodes de déprime, Chopin avait une vie plutôt confortable,
il était célèbre, il appréciait jouer en petit comité, pour ses amis qui étaient
nombreux, et pas des moindres : Liszt, Delacroix, Pleyel... il n'avait pas de problèmes financiers
majeurs et son jeu de musicien était respecté du public.
Parce qu'il faut savoir que Chopin était un excellent pianiste, un virtuose.
Il avait la chance de vivre à une époque où le piano évoluait beaucoup, les musiciens
peuvent jouer plus vite, avec plus de nuances, ce qui lui a permis de composer des œuvres
avec une grande difficulté pour les pianistes, comme cette étude op.10 n°4.
Avec Chopin, il y en a pour tous les goûts et tous les niveaux.
Je vais finir cette chronique avec un conseil un peu évident, mais précieux, prenez le
temps d'écouter toute son oeuvre.
J'ai regardé une édition complète, elle dure 18 heures et 26 minutes, de quoi occuper
votre semaine que je vous souhaite excellente.