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La chronique d'Aliette de Laleu, La musique contemporaine c’est du n’importe quoi - Aliette de Laleu

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La musique contemporaine c'est du n'importe quoi - Aliette de Laleu

Saskia de Ville : 8 heures et 54 minutes, on termine cette matinale avec la chasse aux

clichés... bonjour, Aliette !

Aliette de Laleu : Bonjour, Saskia ! Bonjour à tous !

Saskia de Ville : Hier, le festival Présences se clôturait après 10 jours de compositions

et de créations contemporaines à la Maison de la Radio.

Alors, Aliette, ce matin on va parler de musique contemporaine, ça va plaire à nos invités !

Et vous avez eu du mal à ne sélectionner qu'un seul cliché !

Aliette de Laleu : Eh oui, forcément quand on aborde ce sujet on s'attaque à de nombreux

clichés, des raccourcis et à des débats sans fin.

A commencer par celui autour de cette appellation 'musique contemporaine'.

On a tendance à associer les musiques composées de 1945 à aujourd'hui au terme 'contemporain',

c'est aussi absurde que de mettre dans le même panier le rock, la techno, le rap et

la chanson française ! La musique contemporaine est très variée donc quand on dit "oui,

mais la musique contemporaine c'est du grand n'importe quoi", c'est faire un gros raccourci,

et lâcher l'un des plus gros clichés qui existe aujourd'hui autour de ces musiques

nouvelles, actuelles, d'aujourd'hui... appelons-les un peu comme on veut !

Saskia de Ville : Je sens que vous êtes partie pour du décryptage de cliché, Aliette...

Aliette de Laleu : Oui, ça y est, je suis prête ! On va commencer par comprendre l'origine

de ce cliché : "la musique contemporaine, c'est n'importe quoi ou c'est inaudible".

Alors, pourquoi ? Tout simplement parce que nous sommes habitués à écouter des musiques

qui reposent sur les mêmes principes harmoniques, rythmiques et sonores.

Au XXe siècle, certains compositeurs - pas tous- décident de se détacher de ces bases

musicales et proposent une démarche nouvelle sur le son, l'écriture, les instruments,

la structure de l'oeuvre... tout ce travail de composition donne naissance à des oeuvres

qui se distinguent nettement de ce qu'on a l'habitude d'entendre depuis quelques siècles.

Mais on oublie trop vite l'histoire ! Toutes les époques et tous les arts ont connu ce

même schéma des artistes qui créent une rupture.

La chose étrange c'est qu'avec la musique, on a beaucoup de retard.

On va facilement voir une exposition ou une pièce de théâtre contemporaine, mais on

traîne des pieds ou on a un petit peu peur d'aller écouter de la musique écrite aujourd'hui...

Saskia de Ville : Quelles sont les solutions pour inciter le public à s'ouvrir à la musique

contemporaine, Aliette ?

Aliette de Laleu : La jouer, la programmer, la diffuser.

L'autre jour, je parlais avec un percussionniste de l'Orchestre National de France,

Florent Jodelet, qui disait justement "la musique contemporaine, c'est une aventure".

Et derrière l'aventure de cette musique, il y a un travail, une réflexion

et du talent bien sûr.

A ceux qui pourraient dire que c'est n'importe quoi, qu'il suffit de taper sur un piano pour

faire de la musique contemporaine : il faut regarder les partitions, écouter les compositeurs

parler de leur travail, de leurs démarches et des histoires qu'ils racontent avec leurs

musiques, comme le fait Ondrej Adámek qui a créé Polednice, un conte présenté au

Festival Présences.

Ondrej Adámek : Polednice, c'est une sorcière qui arrive à midi.

Le poème raconte que la mère cuisine, elle prépare un déjeuner.

Il y a un chaos dans la cuisine et son enfant pleure, crie, ne veut pas jouer et la mère

s'impatiente.

Elle commence à crier de plus en plus sur l'enfant, et lui dit "si tu n'arrêtes pas,

je vais appeler Polednice."

Pour lui faire peur.

Et, à midi, avec le son de la cloche, la Polednice ouvre la porte, tout lentement entre

dans la cuisine...

Aliette de Laleu : Pour illustrer cette scène, les percussionnistes jouent avec des ustensiles

de cuisine : planches à découper, casseroles, couteaux... ce qui nous amène à un dernier

point, très important : la musique contemporaine s'écoute et se voit.

Il faut aller la découvrir en concert, partir à l'aventure, comme le souligne Clément Lebrun

producteur à France Musique : "les musiques d'aujourd'hui tentent de nous faire

oublier nos repères et cultivent la surprise".

Et franchement, qui n'aime pas les surprises ?

Aliette de Laleu : Un extrait de Polednice du compositeur tchèque Ondrej Adámek,

donnée jeudi soir à la Maison de la Radio et disponible à la réécoute sur francemusique.fr .

Saskia de Ville : Merci, Aliette ! On vous retrouve aussi, ou du moins votre chronique,

ce qui est déjà pas mal, sur le site de francemusique.fr, à lundi prochain !

Aliette de Laleu : A lundi prochain !

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