Il faut savoir quand applaudir pour aller au concert - Aliette de Laleu
- Saskia de Ville : Et on reçoit comme tous les lundis Aliette de Laleu pour sa chronique
"la chasse aux clichés".
Bonjour Aliette.
- Aliette de Laleu : Bonjour Saskia, bonjour à tous.
- Saskia de Ville : ce matin, vous me parlez de l'une des règles d'or des concerts de
musique classique...
- Aliette de Laleu : oui, on va parler des applaudissements.
Ce n'est pas tant un cliché mais plutôt un frein pour ceux qui ne vont pas souvent
au concert, il faut savoir applaudir au bon moment, c'est à dire pas avant la fin d'une
oeuvre, et encore moins entre les mouvements d'une symphonie, sous peine d'être la risée
de tout le public dans la salle.
Eh bien cette règle est déroutante, c'est vrai que c'est assez étrange d'entendre un
grand silence après ça (musique).
C'est le premier mouvement de la symphonie n°35 de Mozart, qui finit en apothéose,
et à l'époque où cette oeuvre a été composée, le public applaudissait, parfois même en
plein milieu du mouvement, sans que cela ne pose le moindre problème ni aux musiciens
de l'orchestre, et encore moins au compositeur.
Mozart savait pertinemment quand le spectateur allait applaudir, et il s'amusait à écrire
certains extraits pour encourager le public à réagir.
Alors, que s'est-il passé pour que l'on passe de manifestations bruyantes - parfois tellement
bruyantes que l'on n'entendait même plus la musique - à un silence quasiment religieux,
dans les salles de concert ? Eh bien la réponse tient en deux mots : Richard Wagner.
Avant son intervention, certains compositeurs du XIXe siècle commencent à réclamer le
calme pendant les représentations, Schumann, par exemple, rêvait d'organiser des concerts
pour les sourds-muets, comme ça - écrivait-il - nous pourrions apprendre d'eux comment bien
se comporter pendant les concerts, surtout quand la musique est très belle.
Richard Wagner concrétise le souhait de Schumann en créant une nouvelle manière de vivre
le concert : public plongé dans le noir et silence de mise.
- Saskia de Ville : et alors, est-ce qu'on aurait trouvé un juste milieu aujourd'hui,
Aliette ? - Aliette de laleu : c'est difficile à dire.
A l'opéra, oui, c'est spontané, les applaudissements peuvent survenir à la fin d'un air, entre
les actes, sans problème ni trop de résistance, même de la part des plus grands lyricomanes.
Mais pour les oeuvres symphonies, le public n'applaudit toujours pas entre les mouvements,ou
alors c'est encore un peu hésitant.
Le problème, c'est que l'on met toutes les oeuvres symphoniques dans le même panier,
la fin du premier mouvement de la 35e symphonie de Mozart ne ressemble en rien à la afin
du deuxième mouvement de la 6e symphonie de Mahler (musique).
Alors, qu'est-ce qu'on fait ? On pourrait suivre l'avis de certains musiciens, engagés
pour que le public applaudisse quand il souhaite et faire confiance aux spectateurs pour qu'ils
se manifestent quand la musique s'y prête, mais surtout ne jamais oublier que les applaudissements
sont un remerciement, d'autant que le public des concerts classiques est champion en la
matière. dans le livre des records, les applaudissements les plus longs de l'histoire reviennent à
Placido Domingo en 91 dans Otello.
Est-ce que quelqu'un autour de cette table a une petite idée de la durée de cette ovation
? Un record du monde...
On est à 80 minutes d'applaudissements.
- Saskia de Ville : je me demandais qi vous alliez diffuser les 80 minutes, ou pas.
- Aliette de Laleu : on ne va peut-être pas empiéter sur les programmes d'après.
- Saskia de Ville : je je pense en effet qu'ils ne seront pas très contents.
Les spectateurs sont bien disciplinés, chez vous, Nicolas van Kuijk ?
- Nicolas van Kuijk : oui, ils sont toujours bien disciplinés. mais on aime bien aussi
avoir un public moins connaisseur et qui applaudisse spontanément, quand ils ont envie d'applaudir,
et on encourage ça.
- François Robin : ça dépend beaucoup des pays aussi.
Il y a des pays où les coutumes sont différentes...
- Saskia de Ville : merci beaucoup à tous, merci beaucoup Aliette.
On vous réécoute sur francemusique.fr.