Des chaussons de danse enfin adaptés aux peaux noires - Aliette de Laleu
Saskia : Bonjour, Aliette de Laleu.
Aliette : Bonjour, Saskia.
Saskia : Vous nous parlez de chaussures ce matin Aliette.
Aliette : Oui, plus exactement de chaussons de danse.
La semaine dernière le New York Times publiait un article intitulé :
« Les chaussons de pointes marrons débarquent, après 200 ans de chaussons blancs ».
Pour être plus précis, la première entreprise à commercialiser les pointes marrons l'a fait l'an passé
mais une autre société s'y met désormais ce qui permet un plus large choix pour les
danseuses et danseurs noirs…
Une paire de pointes pour une danseuse c'est comme un instrument pour un musicien :
on met du temps à trouver le bon.
Dans cet article, on peut lire les témoignages de danseuses noires qui, jusqu'à l'année dernière,
n'avaient pas de chaussons adaptés à leur carnation..
Saskia : Et qui devaient utiliser une méthode, j'aime beaucoup le mot, « pancaking »
Aliette : Exactement, un petit nom rigolo mais qui illustre un vrai calvaire.
Les danseuses doivent maquiller leurs chaussons avec du fond de teint ou de la peinture acrylique
pour que les pointes de pieds soient de la même couleur que leurs jambes.
Pourquoi ? Avant c'était pour donner l'impression qu'elles n'avaient pas de chaussons
et dansaient pieds nus,
aujourd'hui c'est plus pour la linéarité de la jambe jusqu'à la pointe.
Sachant qu'une paire de pointes est très fragile, peut s'user après une représentation,
les danseuses professionnelles passent leur temps à recevoir ou acheter de nouveaux chaussons
et à les préparer.
Cela va du simple ruban à coudre à l'assouplissement de la pointe, il faut la casser.
À cela s'ajoute donc pour toutes les danseuses de couleur une heure de pancaking par pointe
et un sacré budget quand on sait qu'un pot de fond de teint tient pour 3 chaussons.
Saskia : Donc l'apparition de ces nouveaux chaussons marrons est une bonne nouvelle Aliette !
Aliette : Mais oui, une bonne nouvelle ! Un gain de temps, des économies et un message très fort :
* Extrait d'interview de Cira Robinson « I think it's amazing [...] no matter what » *
« Je pense que c'est exceptionnel. Les temps changent, il y a tellement de couleurs différentes, partout !
Le ballet doit être accessible à tout le monde. »
Ce sont les mots de la danseuse Cira Robinson et ils résonnent fort
car en effet, le monde du ballet est resté blanc pendant des siècles.
Blanc comme les tutus, blancs comme les chaussons, blanc comme le cygne de Tchaïkovski et blanc
comme le visage de ces danseuses et danseurs.
Aujourd'hui ça change, mais tout doucement, à l'image de ces chaussons qui ne sont
pas une revendication mais un symbole fort : oui les personnes de couleur peuvent danser
et désormais danser avec des chaussons bronze, des chaussons marrons, des chaussons adaptés
à la couleur de leur peau.
Saskia : Et apparemment cette nouveauté ne passe pas bien…
Aliette : À en croire le déluge de haine que reçoit la journaliste Rokhaya Diallo
sur les réseaux sociaux après avoir simplement partagé l'article du New York Times.
La seule petite imprécision dans son tweet à souligner : elle parle de ballerines blanches.
Aucun chausson n'est vraiment blanc, ils sont adaptés aux couleurs de peau claires
donc beige, rosé, un peu jaune etc.
À l'image des nouveaux chaussons qui arrivent sur le marché : marrons, ou bronze et pas
noirs car ça ne correspond pas à la couleur des peau des personnes noires.
Je précise parce qu'apparemment il y en a qui s'emmêlent les pinceaux avec toutes ces couleurs…
Et puis, il y en a d'autres qui s'insurgent qu'il pourrait y avoir plus important comme
lutte contre le racisme.
Oui, mais ça a le mérite de soulever le débat du manque de diversité dans les ballets classiques.
Et ce chausson peut devenir un symbole qui montre que dans des petits détails,
il y a de l'exclusion, que par ces petits détails on peut envoyer un signal fort à tous les
enfants noirs qui rêvent de devenir danseuse et danseur, un message qui dit :
« Vous avez le droit de rêver » sans dresser des obstacles aussi dissuasifs que tenaces,
à l'image d'une paire de pointes…
Saskia : Merci beaucoup Aliette, on se retrouve lundi prochain. Bien évidemment, on réécoute
cette chronique sur francemusique.fr on la retrouve sur les réseaux sociaux en vidéo.