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La chronique d'Aliette de Laleu, Danse classique et grossesse : sujet encore tabou ? - Aliette de Laleu

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Danse classique et grossesse : sujet encore tabou ? - Aliette de Laleu

Saskia de Ville : Aliette aujourd'hui vous nous parlez de danse, de grossesse et de porc.

C'est assez bien résumé...

Je vais commencer par parler de porc car depuis l'affaire Weinstein, producteur accusé

d'avoir agressé sexuellement actrices et collaboratrices, les langues se délient,

notamment sur le web où de nombreuses femmes dénoncent les comportements ou propos déplacés

de collègue, patron, ou autre avec un hashtag #balancetonporc.

Ce matin je veux saluer le courage de toutes ces femmes qui prennent la parole publiquement

sur ces sujets.

Exactement comme l'a fait récemment une danseuse classique.

La semaine dernière le journal en ligne d'investigation Médiacités sort une affaire autour du ballet

de l'Opéra de Lyon.

Les faits remontent à 2013 quand la danseuse Karline Marion annonce qu'elle attend un

enfant.

Son témoignage rapporte qu'elle est à ce moment-là écartée de certaines programmations

et que son directeur aurait râlé en lâchant : “marre de ces femmes enceintes”.

Saskia : Un an plus tard, elle revient de son congé maternité et son contrat n'est

pas renouvelé.

Oui.

Or les danseuses de ce ballet obtiennent un CDI après 6 ans de CDD, situation dans laquelle

se trouvait alors la danseuse.

Elle porte plainte, alerte la ville de Lyon et finit par enregistrer une conversation

avec ce fameux directeur, reprise par Médiacités :

« Je t'aime beaucoup comme fille, je trouve que t'es gentille, que t'es jolie, que

t'as un joli corps.

Je pense que si entre 29 et 34 ans tu as fait pas mal, mais pas beaucoup, c'est pas entre

35 et 40 que tu vas faire plus, en plus avec un enfant parce que tu es plus occupée, tu

as des choses à faire ».

Saskia : Ce sont les propos tenus par ce directeur qui sera jugé devant le tribunal correctionnel

de Lyon en novembre dans cette affaire.

Oui.

Le problème avec cet argumentaire digne du 19e siècle c'est qu'il ne met pas en

avant les qualités artistiques comme devrait faire tout directeur de la danse mais bien

deux choses : l'âge et surtout le statut de mère.

L'affaire est délicate d'autant que parler de grossesse dans le monde de la danse c'est

aborder un sujet qui est longtemps resté tabou.

Il y a deux siècles, une célèbre ballerine Marie Taglioni avait prétexté un mal au

genou pour pouvoir assurer sa grossesse en toute discrétion.

Quand on entend ce genre d'affaire, on réalise à quel point il est encore difficile pour

les danseuses de choisir d'avoir des enfants.

Il faut accepter de mettre sa carrière entre parenthèse plusieurs mois, ce qui implique

une mise à l'écart sur certains rôles car ce milieu est très compétitif.

Il faut aussi diminuer voire arrêter l'entraînement physique.

Une ballerine enceinte peut continuer à danser mais avec un suivi médical et des restrictions,

comme les sauts qui peuvent être dangereux ou les pointes car la grossesse modifie l'équilibre

donc il y a risque de chute.

Et après l'accouchement, il faut reprendre.

Saskia : Aurélie Dupont, actuelle directrice du ballet de l'Opéra de Paris avait témoigné

de sa grossesse dans L'Express :

Elle disait : “Il m'a fallu perdre du poids, retrouver mes abdominaux, mes adducteurs.

Mais c'est le travail du bas de jambe qui a été le plus douloureux.

Remettre les chaussons a été un enfer.

Pendant des semaines j'ai eu les pieds en sang.

Il m'a fallu 1 an pour redevenir la danseuse que j'étais”

Donc oui, le départ et le retour peuvent être compliqués.

Mais voyons maintenant le côté positif.

De nombreuses danseuses ont brisé le tabou de la grossesse.

Certaines se sont affichés avec un ventre rond par exemple.

Or on sait à quel point le corps, l'apparence physique est important dans ce milieu.

Montrer un ventre arrondi par une grossesse donne une image forte qui dit : oui, les danseuses

peuvent être enceintes.

Et puis il y a toutes celles qui parlent de leur expérience, qui montrent que c'est

possible, conciliable.

Pendant longtemps et jusqu'à récemment, les danseuses attendaient d'avoir la quarantaine,

âge moyen de leur départ à la retraite, avant de fonder une famille.

Il faut changer cette image.

Je parle du monde de la danse classique car il y a longtemps eu un tabou.

Mais le sujet est global.

Petit rappel, d'après le baromètre du Défenseur des droits ”au cours des 5 dernières

années, les femmes actives de 18 à 44 ans qui ont été enceintes ou mères d'un enfant

en bas âge ont été deux fois plus la cible de discriminations que les autres”.

Donc bravo et merci à toutes celles qui parlent, qui dénoncent, qui saisissent la justice.

C'est courageux et nécessaire.

Musique : Daphnis et Chloé de Ravel

Saskia : Merci beaucoup Aliette pour cette chronique, importante, ô combien importante

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