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InnerFrench - Vol. 1, #94 - Faut-il commémorer Napoléon ? (1)

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#94 - Faut-il commémorer Napoléon ? (1)

Salut à toutes et à tous, bienvenue ! Je suis ravi de vous retrouver pour ce nouvel épisode dans lequel on va encore une fois parler de Napoléon. Mais aujourd'hui, on va l'aborder sous un angle un peu différent, celui de l'héritage et de la commémoration. Vous le savez, le 5 mai, c'était le bicentenaire de la mort de Napoléon et cet anniversaire a été commémoré en France par le président de la République, Emmanuel Macron. Et cette commémoration, c'était ce qu'on peut appeler un exercice d'équilibriste. «Un équilibriste», c'est une personne qui marche sur un fil en essayant de garder l'équilibre. Et quand on dit qu'une chose est un exercice d'équilibriste, ça veut dire que c'est un exercice assez difficile dans lequel on essaye d'équilibrer les choses et de ne pas tomber dans un extrême ou dans l'autre. Emmanuel Macron a fait cet exercice d'équilibriste qui était la commémoration de Napoléon : d'un côté, rappeler son héritage, l'héritage que Napoléon a laissé à la France, sans pour autant passer ses erreurs sous silence, sans pour autant ignorer les erreurs qu'a commises Napoléon. Mais c'est vrai que les politiciens, en général, ont tendance à instrumentaliser l'histoire, autrement dit à se servir des grands personnages et des grandes dates historiques pour légitimer leurs discours politiques. Donc c'est un peu ça qu'a fait indirectement Emmanuel Macron, de manière relativement subtile. Donc, on ne peut pas vraiment se fier aux discours des politiciens pour vraiment comprendre cet héritage napoléonien.

Alors moi, j'ai préféré demander l'avis d'un historien, plus particulièrement un professeur d'histoire agrégé, Florent Vandepitte, qui est aussi auteur de plusieurs livres de culture générale. Il a très gentiment accepté de répondre à mon invitation et c'est notre interview que je vais vous diffuser maintenant. Vous allez voir qu'on est restés dans un registre assez formel. On a utilisé le vouvoiement. Je pense que j'aurais pu lui proposer de se tutoyer, mais je me suis dit que ça serait un bon exercice pour vous d'entendre quelque chose d'un peu différent, un registre un peu plus formel. Vous allez voir qu'on n'a pas fait d'effort particulier pour adapter notre façon de parler. J'ai demandé à Florent Vandepitte de parler normalement, comme il le ferait avec ses élèves. Il a une diction qui est très claire donc, à mon avis, vous n'aurez pas beaucoup de mal à le comprendre. Mais vous allez voir qu'il y a quelques expressions, des mots de vocabulaire que vous n'avez peut-être jamais entendus. Donc pour ça, comme d'habitude, je vous invite à lire la transcription de l'épisode. Mais essayez d'abord d'écouter cette interview une ou deux fois sans lire la transcription et, à mon avis, vous serez déjà capables d'en comprendre une grande partie. Voilà, sans plus attendre, je vous propose d'écouter cet entretien avec le professeur Florent Vandepitte. Florent Vandepitte, bonjour !

Bonjour !

Merci d'avoir accepté mon invitation. C'est moi qui vous remercie. Je sais que vous êtes très occupé en ce moment, en plus, avec la rédaction d'un nouveau livre, il me semble. Tout à fait, sur la géopolitique, cette fois.

D'accord. Donc, un sujet assez différent de celui qui va nous intéresser aujourd'hui, quoique. Il y a une forme de géopolitique dans les guerres napoléoniennes et dans son héritage.

Alors moi, je vous ai découvert en préparant l'épisode précédent, justement, consacré à Napoléon, en lisant votre entretien sur le site géo. Et vous, vous êtes donc historien. Pourquoi vous avez décidé de vous intéresser à Napoléon en particulier ?

Napoléon est en effet une des grandes figures de l'histoire de France donc on ne peut que s'y intéresser quand on enseigne l'histoire, quand on essaie justement d'écrire des livres d'histoire. De la même manière, j'ai commis un livre sur le général de Gaulle. Toutes ces grandes figures ont contribué évidemment à construire l'histoire de France. Est-ce qu'il y a des choses en particulier dans son histoire personnelle qui vous ont interpellé ou alors, c'est simplement ce qu'il incarne, le personnage et ses réalisations, son poids dans l'histoire, qui vous ont intéressé ? Oui, à titre très personnel, je ne suis pas un de ces passionnés thuriféraires de Napoléon qui collectionnent les objets lui ayant appartenu. Je le considère plutôt à sa place d'homme qui a marqué l'histoire de France, mais au même titre que d'autres épisodes. Il ne s'agit nullement d'une passion pour Napoléon. Alors pour commencer, j'aimerais qu'on parle justement de l'image de Napoléon. Et avant de lancer cet enregistrement, on parlait hors antenne du fait qu'on le compare un peu, parfois, maintenant, à un influenceur. Qu'est ce que vous en pensez ? Est-ce que pour vous, Napoléon était vraiment un communicant d'exception, un communicant d'avant l'heure, ou finalement pas plus qu'un Louis XIV et les souverains qui l'ont précédé ? De la même manière que les souverains qui l'ont précédé, il utilisait effectivement plusieurs moyens pour construire son image. Napoléon a voulu, contrairement à eux, se présenter comme une synthèse de l'histoire de France. Il a voulu à la fois reprendre à son compte l'héritage de la monarchie, mais aussi l'héritage de la Révolution; et c'est peut-être cette volonté de rassembler les deux héritages qui constitue une différence majeure. Dans les méthodes, il utilise notamment l'art. On peut penser évidemment au monumental tableau «Le sacre de David» qui est un peu le symbole de cette mise en scène du pouvoir. Comme les rois, il se représente lors du couronnement, il récupère les symboles du pouvoir. Ce couronnement a lieu dans une cathédrale. Mais contrairement au roi, il se couronne lui-même, il tourne le dos à l'autel. Il choisit Paris, la ville des révolutions.

Donc, il construit sa légende à travers l'art, à travers des écrits également. On peut penser, bien sûr, à ses mémoires qu'il a dictées donc à l'un de ses fidèles, Las Cases, qui l'a accompagné jusqu'à Sainte-Hélène. Il se construit comme un chef d'État modernisateur qui a diffusé au monde les valeurs de la France. De manière aussi un peu plus, peut-être prosaïque ou triviale, il a construit aussi son image à travers son… on pourrait dire, son style vestimentaire et son allure qui est très reconnaissable, qui est connue dans le monde entier avec cette façon très personnelle de porter le bicorne qu'il a plus ou moins… voilà, démocratisée. Et on a l'impression qu'il avait vraiment en tête… voilà, tout ce plan, en fait, pour marquer les esprits à tout prix. Alors justement, par rapport à son image, comment a-t-elle évolué après sa mort et pendant les deux siècles, justement, qui séparent sa mort de l'époque actuelle ? On entend beaucoup de polémiques aujourd'hui autour du bicentenaire, on y reviendra. Ces polémiques, elles ont accompagné les deux cents ans d'histoire depuis sa mort, donc le 5 mai 1821. Pour faire simple et essayer de faire quelques découpages historiques : il a été globalement l'objet d'un discrédit sous la Restauration puisque lui succèdent les frères de Louis XVI (donc Louis XVIII et Charles X). Et ces rois essaient de le présenter comme un usurpateur du trône de France. C'est à ce moment-là, d'ailleurs, que se construit sa légende noire pour essayer de porter du crédit au Roi. Dans un deuxième temps, avec la monarchie de Louis-Philippe, il est l'objet d'une véritable Napoléomania. Pour essayer d'intégrer les libéraux, Louis-Philippe propose d'ailleurs en 1840 le fameux retour des cendres, donc sous la coupole des Invalides. Troisième temps, sous le Second Empire, Napoléon est clairement adulé. Napoléon III, son neveu, met en scène la filiation avec son oncle. Et depuis, sous la République, à partir de 1870, c'est là où on trouve justement une république globalement mal à l'aise. Mal à l'aise, qui conserve une partie de son héritage, une vision universaliste de la France, une volonté de conquête qui se traduit par la colonisation, mais une république qui en rejette une autre partie de cette figure, en particulier la personnalisation extrême du pouvoir. Donc juste pour expliquer à nos auditeurs, ce retour des cendres de Napoléon, c'est un épisode assez important. Les cendres donc pour expliquer, c'est quand une personne décède on peut soit décider de l'enterrer, soit de brûler son corps et on collecte ses cendres pour les mettre en général dans une urne. Et où étaient les cendres de Napoléon avant d'être rapatriées en France, justement ? Alors Napoléon est mort à Sainte-Hélène, donc une île à plusieurs milliers de kilomètres de la France. L'objectif était vraiment de l'isoler, d'éviter un retour en politique, retour qu'il avait réussi dans un premier temps, pendant la période que l'on appelle «les Cent-Jours», après une première restauration des Bourbons. Et cette fois-ci, les Anglais, pour éviter tout nouveau retour en politique, l'ont exilé sur une île où il est décédé en 1821 et où il a été enterré, donc dans un premier temps. Ok. Et ces cendres, ensuite, ont été rapatriées et mises aux Invalides, où elles se trouvent toujours. D'ailleurs, c'est là qu'a eu lieu la commémoration officielle, cette année. Et est-ce que vous avez regardé la commémoration et le discours d'Emmanuel Macron ? Non, à titre très personnel, je suis peu féru des commémorations. Ces moments où l'on instrumentalise l'histoire au service d'un discours politique ne m'intéressent pas. Après, des éminents historiens étaient présents à cette commémoration, l'ont commentée également, puisque c'est évidemment un moment de célébration de l'histoire. Mais à titre très personnel, je n'étais pas devant ma télévision à ce moment-là. Et concernant… ce qui nous fascine aussi chez Napoléon, et nous en particulier les Français, c'est cette figure du sauveur. Parce que voilà, certains historiens disent que les Français recherchent toujours cette figure du sauveur, de la personne qui va réussir à retourner complètement la situation et résoudre tous les problèmes, que Napoléon incarne vraiment cette figure. Est-ce que vous êtes d'accord avec cette analyse ou… est-ce que pour vous Napoléon représente cette figure du sauveur chère aux Français ? Il est souvent présenté effectivement comme un homme providentiel, comme quelqu'un qui a réussi à réconcilier les Français après la période révolutionnaire. Il succède, il ne faut pas l'oublier, à une période relativement sombre de l'histoire de France et en particulier à la Terreur, donc un régime d'exception qui consistait à éliminer tous les opposants à la Révolution française. Napoléon, qui succède donc à cette période, essaie de restaurer un semblant d'unité en France, unité d'un point de vue religieux, unité d'un point de vue politique. Et de ce point de vue-là, il est effectivement, en un certain sens, le restaurateur d'une France apaisée au début du 19ème siècle. Et ensuite il est même allé beaucoup plus loin avec la création de l'Empire et en faisant de… en donnant une puissance à la France qu'elle n'avait jamais obtenue auparavant et qu'elle n'obtiendra plus jamais après sa mort. Évidemment, c'est lui qui est à l'origine de cette puissance européenne de la France puisque, sous son égide, la France contrôle une grande partie de l'Europe, que ce soit par des conquêtes directes ou par des alliances. C'est aussi ses conquêtes qui construisent la légende noire de Napoléon, puisqu'au fur et à mesure de ses conquêtes, il installe des membres de sa famille sur les différents trônes de France. Et ça, ça contribue également à sa légende d'autocrate, de dictateur autoritaire. Donc oui, Napoléon a donné à la France une grandeur qu'elle n'avait jamais eue avant et qu'elle ne retrouvera jamais par la suite. Et c'est ça aussi qui constitue sa légende noire. Est-ce que pour vous il a été un dirigeant, un souverain, plus meurtrier que les autres ?

Alors, le bilan des guerres napoléoniennes est l'objet d'un grand débat dans la communauté des historiens, et débat qui remonte d'ailleurs à l'époque même de la Restauration. Chateaubriand, sous la Restauration, le présentait comme celui qui avait provoqué la mort de 5 millions de Français. Cette légende noire, elle se construit dès les années 1820-1830. Alors qu'en réalité, le total des appelés ne dépassait pas 2,5 millions, d'après les spécialistes, et en particulier Thierry Lentz, le directeur de la Fondation Napoléon, entre 400 000 et un million de personnes seraient mortes entre 1799 et 1815, soit autant que les morts sous la période révolutionnaire 1792-1799, et bien loin des bilans des guerres de l'Ancien Régime, même si ces guerres de l'Ancien Régime, et notamment de Louis XIV, sont souvent accompagnées de très forte mortalité en raison d'intenses famines, et surtout également très loin évidemment, des guerres contemporaines. La Première Guerre mondiale, à titre de comparaison, a tué 10 millions de personnes, même si, évidemment, l'armement n'avait rien à voir. Alors pourquoi on a cette image, justement, d'un despote sanguinaire qui n'accordait aucune valeur à la vie de ses soldats ? Cette image s'est construite comme une légende noire pour essayer, justement, de le discréditer. Et puis lui-même participe à cette prise de distance vis-à-vis des soldats pour construire sa figure de général. En tant que général, il n'était pas là pour afficher une quelconque empathie vis-à-vis de la vie humaine et les soldats, les grognards de l'armée napoléonienne sont largement vus comme des artisans de cette puissance de la France dans l'Europe. Les grognards, c'est le surnom qu'on donnait aux soldats de l'armée napoléonienne, c'est ça ? Tout à fait. Alors on les appelait les grognards parce qu'ils avaient tendance à se plaindre étant donné les longues marches pour aller conquérir le reste de l'Europe et notamment la Russie, et donc «grogner», signifiant «se plaindre» en français, le nom leur est resté collé à la peau. Ah, d'ailleurs, parce que moi, donc j'habite en Pologne, et en France, on a cette expression «être saoul comme un Polonais», et je ne sais pas si vous en connaissez l'origine, mais justement, ça vient aussi de l'armée napoléonienne. Je ne sais pas si… Vous avez entendu cette anecdote ?

Pas du tout.

Donc en fait à l'origine, apparemment, c'était une expression plutôt positive parce que Napoléon avait dit à ses soldats, aux soldats français : «Si vous voulez être ivres (ou être saouls), pas de problème, vous pouvez boire, mais soyez saouls comme des Polonais» parce que les Polonais buvaient beaucoup, mais ils étaient très courageux sur le champ de bataille. Donc voilà, à l'origine, c'était une expression plutôt positive, «être saoul comme un Polonais». Bref, pour revenir aux guerres napoléoniennes, est-ce qu'on ne pourrait pas dire que Napoléon a été un peu «forcé» de faire cette guerre, justement par… à cause de la pression des monarchies européennes ? Alors, Napoléon n'a évidemment pas la pleine responsabilité des guerres qui portent son nom, des guerres dites napoléoniennes. Il est d'abord l'héritier d'une guerre déclenchée sous la Révolution, déclenchée par les appels à l'aide de Louis XVI aux autres souverains européens pour tenter de rétablir le caractère absolu de son pouvoir. Cette guerre est même constamment alimentée par ses ennemis. On peut penser en 1802-1803 à la paix d'Amiens, qui ne dure que quelques mois et qui est très vite rompue par les Britanniques lors du retour au pouvoir de William Pitt, qui cherche à assurer au Royaume-Uni sa suprématie maritime et qui reprend donc le combat contre la France. Napoléon n'est donc pas, évidemment, le seul responsable des guerres qui se sont déclenchées en Europe à cette époque-là. On dit aussi parfois que c'est Napoléon, et en particulier l'occupation de l'armée napoléonienne, qui a donné naissance au sentiment nationaliste dans certains pays européens, notamment en Prusse. Est-ce que c'est un chef d'accusation qu'on peut ajouter à la liste à charge contre Napoléon, selon vous, ou est-ce que c'était plutôt une tendance, de toute façon, qui s'inscrivait dans l'histoire ? Napoléon a encouragé le mouvement des nationalités, évidemment. Ça fait partie de ces valeurs de la Révolution française qui, au début, sont pensées comme positives. Là, on adopte un regard plutôt anachronique, si on lui reproche d'avoir permis à ces nationalités de s'émanciper puisque certes, le mouvement des nationalités donne lieu au nationalisme qui lui même déclenche la Première Guerre mondiale, mais c'est aussi ce mouvement qui permet à des peuples de se gouverner eux-mêmes. Et le droit des peuples à se gouverner eux-mêmes est lui-même célébré par l'ONU après 1945. Alors donc on a parlé un peu du côté géopolitique, justement, de Napoléon. Et maintenant j'aimerais qu'on aborde deux points qui sont vraiment au cœur des polémiques sur la commémoration du bicentenaire de Napoléon, dont le premier qui est ce fameux rétablissement de l'esclavage. Alors est-ce que vous pouvez nous redonner un peu le contexte et nous expliquer pourquoi Napoléon a décidé de rétablir l'esclavage ?

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