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InnerFrench - Vol. 1, #91 - Pourquoi Socrate a-t-il été condamné à mort ? (2)

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#91 - Pourquoi Socrate a-t-il été condamné à mort ? (2)

Il y a une autre source de l'époque qui nous permet de mieux connaître l'image que les contemporains de Socrate avaient de lui. Cette source, c'est Aristophane, un des dramaturges les plus populaires de la Grèce antique. C'était un peu le Molière de l'époque. Aristophane a écrit une comédie qui s'intitule Les Nuées et qui raconte l'histoire d'un homme criblé de dettes. Quand on dit qu'une personne est «criblée de dettes», ça signifie qu'elle est très endettée. Cet homme est criblé de dettes donc il décide d'envoyer son fils étudier avec Socrate pour apprendre la rhétorique. Comme ça, il espère que son fils pourra convaincre les créanciers d'annuler ses dettes. Dans la pièce, Socrate est présenté comme un sophiste. Et si on veut comprendre pourquoi Socrate a été condamné quelques années plus tard, il faut qu'on s'intéresse à ces personnages, les sophistes. Avec l'avènement de la démocratie athénienne, la rhétorique est devenue une pratique extrêmement importante. Eh oui parce que, pour gagner un débat sur l'agora, voire même un procès, il était essentiel d'être capable de convaincre les autres citoyens. Donc tout le monde a commencé à vouloir apprendre la rhétorique, l'art de l'éloquence et du bien parler. Par conséquent, une nouvelle catégorie d'entrepreneurs est apparue : les sophistes, les experts de la rhétorique. Les sophistes étaient des hommes qui enseignaient l'art de persuader, de convaincre. Ils affirmaient qu'ils pouvaient remporter n'importe quel débat, que l'important n'était pas d'avoir raison, mais de bien s'exprimer pour convaincre son auditoire. Autrement dit, pour eux, la forme était plus importante que le fond.

Les sophistes étaient des personnages éminemment publics. Ils étaient toujours en train de débattre sur l'agora pour faire leur autopromotion en démontrant leur éloquence. D'un côté, ils étaient admirés pour leur talent, mais de l'autre, ils étaient critiqués car ils vendaient leur enseignement très cher. Par exemple, un des sophistes les plus connus de cette époque, Gorgias, demandait 10 000 drachmes à chacun de ses élèves, soit environ 40 000 euros ! Je ne sais pas vous, mais moi, ça me fait un peu penser aux coachs de développement personnel d'aujourd'hui. Mais pour Platon et Socrate, le vrai problème des sophistes, c'était qu'ils ne cherchaient ni la vérité, ni le bien, ni la justice. Leur seul but était de remporter l'adhésion, l'approbation du public. Donc Socrate, Platon et, un peu plus tard Aristote considéraient les sophistes comme les ennemis des philosophes.

Mais pour les autres, les citoyens lambdas de l'époque, la distinction entre philosophes et sophistes n'était pas aussi claire. Et ça, c'était en grande partie à cause de Socrate. Parce que la grande spécialité de Socrate, c'était de discuter avec chaque personne qui croisait son chemin et de lui poser des questions pour lui montrer que tout ce qu'elle croyait savoir était faux. Imaginez, vous allez faire vos courses sur l'agora, acheter quelques légumes pour le dîner, et là, vous croisez Socrate qui vous arrête pour vous demander : «Excusez-moi, est-ce que vous pouvez m'aider. Je suis un peu ignorant. Qu'est-ce que le bien selon vous ?» ou «Qu'est-ce que la justice ?». Et si vous avez le malheur de lui répondre, il vous pose tout de suite une autre question sur ce que vous venez de dire, puis une autre, et encore une autre. Tout ça, jusqu'à ce que vous vous rendiez compte que vous vous trompez sur toute la ligne à propos de l'idée de justice. «Se tromper sur toute la ligne», ça signifie «avoir complètement tort», «être totalement dans l'erreur». Socrate ne s'arrête pas tant que vous n'avouez pas que votre conception de la justice est complètement fausse. Alors que vous, au départ, vous vouliez juste aller acheter vos légumes pour le dîner !

Bref, beaucoup d'Athéniens avaient l'impression que Socrate était un sophiste, un pédant qui se croyait plus malin que tout le monde et qui passait son temps à jouer avec les mots dans des débats interminables. C'est comme ça qu'Aristophane l'a représenté dans sa pièce Les Nuées. Pour sa défense, il faut savoir que, contrairement aux sophistes, Socrate ne faisait pas payer son enseignement. D'ailleurs, il ne se considérait pas comme un enseignant ni comme un expert. Il discutait librement et gratuitement avec tous ceux qui le souhaitaient, les riches comme les pauvres.

Et dans ses discussions, il préférait confronter les idées plutôt que les formules de style. Son but n'était pas de convaincre son interlocuteur, mais de l'encourager à remettre en question ses convictions en faisant appel à la raison, pas aux sentiments ni à la rhétorique. Donc en ça, il était très différent des sophistes.

Mais si Socrate n'était pas un sophiste, pourquoi passait-il son temps à débattre avec tous ceux qui croisaient son chemin ? Ça ne lui rapportait pas d'argent. Il n'avait pas non plus d'ambition politique. Alors quel intérêt avait-il à énerver les Athéniens en leur posant toutes ces questions ? Pourquoi avait-il tellement à cœur de prouver l'ignorance des autres ? «Avoir quelque chose à cœur», ça signifie que cette chose est très importante pour vous. Socrate avait à cœur de prouver aux Athéniens que toutes leurs convictions étaient fausses. C'était sa vocation, sa mission. Pour comprendre cette obsession qu'avait Socrate, je dois vous raconter une petite histoire. Un jour, un ami de Socrate est allé voir la Pythie de Delphes. La Pythie, c'était une femme qui jouait le rôle d'oracle dans le temple d'Apollon, dans la cité de Delphes. Les Grecs pensaient que le dieu Apollon pouvait s'exprimer à travers elle. Les rois venaient la voir avant une bataille pour connaître ses prémonitions, les habitants lui demandaient des conseils pour résoudre leurs problèmes. Quand Khairéphon (l'ami de Socrate) est allé voir la Pythie de Delphes, il lui a posé la question suivante : «Y a-t-il au monde un homme plus sage que Socrate ?». «Sage», ça veut dire «intelligent et raisonnable». Et la Pythie lui a répondu : «Non, il n'y en a aucun.» Je ne sais pas vous, mais moi, si la Pythie de Delphes avait déclaré que j'étais l'homme le plus sage du monde, ça m'aurait fait plaisir. Mais pas Socrate. Quand il a appris la nouvelle, il n'a pas du tout réagi comme ça. Au contraire, il s'est demandé quel était le sens des paroles de l'Oracle parce que lui, il ne se considérait pas comme sage. Il était sûr qu'il y avait des personnes bien plus sages que lui. Mais d'un autre côté, la Pythie avait la réputation de ne jamais mentir, de toujours exprimer la vérité divine. Donc il n'était pas permis de douter de ses oracles. Alors, Socrate a décidé de mener l'enquête, de faire ses recherches. Il a commencé par aller voir un homme d'État qui avait la réputation d'être sage, et il s'est mis à lui poser des questions. Pendant la conversation, Socrate s'est rendu compte que cet homme d'État n'avait que des idées fausses. Donc il en a conclu qu'en effet, il était plus sage que lui, parce que lui, au moins, il savait qu'il ne savait rien, contrairement à ce politicien qui croyait tout savoir alors qu'en réalité, il ne savait rien. Il vivait seulement dans l'illusion de la sagesse. Mais Socrate ne s'est pas arrêté là. Il a continué son enquête en allant discuter avec des poètes, des dramaturges, des artisans. Toutes ces personnes qui passaient pour savantes. Et à la fin de chacune de ces discussions, Socrate arrivait à la même conclusion. Il a donc compris le sens des paroles de la Pythie. «Je suis l'homme le plus sage car contrairement aux autres, je sais que je ne sais rien.» C'est comme ça que Socrate aurait développé sa célèbre technique d'interrogation : le questionnement socratique. Je vous ai dit que Socrate ne se considérait pas comme un enseignant, un prof, mais comme un accoucheur d'idées. Sa mère aidait les femmes à donner naissance à leur bébé, et Socrate aidait les hommes à donner naissance à leurs idées, à découvrir la vérité par eux-mêmes. C'est ce que les philosophes ont appelé plus tard la maïeutique, d'après le nom de Maïa, la divinité grecque qui aidait aux accouchements. La maïeutique, c'est donc une technique qui consiste à bien interroger une personne pour lui faire exprimer (ou «accoucher») des connaissances, pour lui faire découvrir un savoir qui est caché en elle. Socrate considérait que c'était sa mission : questionner les Athéniens sans relâche, sans arrêt, pour les rendre plus vertueux. Il se comparait à un taon. «Un taon», c'est un insecte, une grosse mouche qu'on voit en été ou dans les pays tropicaux, et qui pique les gens. Ça s'écrit «t-a-o-n» mais ça se prononce comme «temps». C'est une image qui est souvent utilisée pour décrire Socrate, un taon qui poursuivait les Athéniens pour les piquer. Il les piquait pour remettre en question leurs ambitions et leurs croyances. En particulier, Socrate voulait leur montrer que rechercher la gloire et la richesse ne sert à rien, que ça n'a aucune valeur. Là, je vais vous lire une citation de L'Apologie de Socrate, donc c'est Platon qui fait parler Socrate : «je vous répète que ce ne sont pas les richesses qui donnent la vertu, mais que c'est de la vertu que proviennent les richesses». Forcément, son discours moralisateur ne plaisait pas à tout le monde, surtout pas aux personnes qui, justement, étaient riches et influentes. Elles n'avaient pas envie d'entendre ce genre d'arguments. Donc comme vous pouvez l'imaginer, Socrate s'est fait pas mal d'ennemis à cause de ça. Par contre, Socrate était aussi l'idole de la jeunesse dorée athénienne. Tous les jeunes hommes riches d'Athènes l'adoraient parce qu'il ridiculisait les personnes influentes, les vieux sages. Donc Socrate était toujours entouré d'une foule de jeunes admirateurs, comme Alcibiade dont on va reparler dans quelques instants. D'ailleurs, certains d'entre eux sont devenus ses disciples et ce sont eux qui ont transmis sa pensée à travers leurs œuvres, comme Platon et Xénophon que j'ai déjà cités. Malheureusement, cette foule de jeunes admirateurs lui a attiré des ennuis. Les riches Athéniens n'appréciaient pas que leurs enfants passent leur temps avec ce Socrate de malheur, ce semeur de troubles qui critiquait leurs richesses et leurs ambitions. D'autant plus que ces jeunes imitaient leur nouveau maître en reprenant ses techniques de questionnement pour prouver l'ignorance de leurs aînés. À cause de Socrate et de ses disciples, les Athéniens ne pouvaient plus être sûrs de rien, toutes leurs certitudes étaient remises en question les unes après les autres.

Si bien qu'un jour, en 399 avant Jésus Christ, alors que Socrate est âgé de 70 ans, trois citoyens athéniens décident de l'attaquer en justice. Si on veut comprendre les causes du procès de Socrate, il faut remettre les choses dans leur contexte.

Au début de l'épisode, je vous disais que le Vème siècle avant Jésus-Christ, c'est l'âge d'or de la cité athénienne. Mais cet âge d'or se termine avec la guerre du Péloponnèse, un conflit qui oppose Athènes à son éternelle rivale, Sparte. Pendant presque trente ans, les deux cités se battent sur tous les fronts. C'est un conflit d'une extrême violence. Certains historiens considèrent que c'est la 1ère guerre totale de l'Histoire, autrement dit une guerre où toutes les ressources sont mobilisées pour remporter la victoire. Il y a un Athénien qui s'illustre pendant la guerre du Péloponnèse, et pas dans le bon sens. Il trahit sa cité en passant dans le camp spartiate par opportunisme. Cet homme, c'est Alcibiade, un jeune stratège très ambitieux qui, comme je vous l'ai dit, faisait partie du cercle des admirateurs de Socrate. Donc là, 1er problème.

En -404 avant Jésus Christ, Athènes perd définitivement la guerre du Péloponnèse et son empire s'effondre. Contrairement à Athènes, Sparte avait un régime oligarchique. Elle était contre le système démocratique de sa rivale. Donc après sa victoire, elle met fin à la démocratie athénienne et elle lui impose un gouvernement oligarchique. Autrement dit, à présent, les décisions ne sont plus prises par les citoyens athéniens mais par une commission de trente hommes désignés par Sparte et qu'on surnomme «les Trente tyrans». Ce régime est très impopulaire parce que les tyrans font exécuter des centaines de citoyens pour s'accaparer, pour prendre leurs richesses. Parmi ces tyrans, il y en a un qui est particulièrement cruel et détesté : Critias. 2ème mauvaise nouvelle pour Socrate : Critias est aussi un de ses anciens disciples.

Heureusement, ce régime des Trente tyrans est renversé en moins d'un an et la démocratie est rétablie à Athènes. Officiellement, il est interdit de parler de cet épisode. Les Athéniens décident qu'il appartient au passé et qu'il vaut mieux l'oublier. Mais forcément, quand Socrate est attaqué en justice quatre ans plus tard, tous les citoyens ont encore en tête les méfaits de ses disciples : la trahison d'Alcibiade pendant la guerre du Péloponnèse, et les crimes commis par Critias. Après cette longue période de troubles, les Athéniens cherchent donc des boucs émissaires, des personnes à blâmer. Ils ont du mal à digérer leur défaite et leur déclin. Ils ont besoin de trouver des coupables. Les regards se tournent alors vers les sophistes. Les Athéniens pensent que les sophistes ont corrompu les valeurs traditionnelles, qu'en enseignant la rhétorique pour gagner des débats, ils ont mis de côté la valeur la plus importante : la vertu. Et comme à cette époque, Socrate est considéré par beaucoup comme un sophiste, un sophiste relativement célèbre, d'ailleurs, eh bien, les ennuis commencent pour lui. Trois citoyens décident de l'attaquer en justice. Je ne vais pas vous parler d'eux parce qu'ils ne sont pas très importants, ils n'ont pas marqué l'histoire. Ce qui est important en revanche, c'est que leur acte d'accusation reprend toutes les critiques qui étaient faites à Socrate. Lisons-le :

«Socrate est coupable en ce qu'il corrompt la jeunesse, qu'il n'honore pas les dieux de la cité et leur substitue des divinités nouvelles.» Voilà donc ce que les Athéniens reprochent à Socrate. Ils lui reprochent de corrompre les jeunes citoyens avec ses idées. Ils l'accusent aussi d'impiété, autrement dit de ne pas respecter les dieux de la cité. Et pour ces crimes, ils demandent la mort du philosophe.

Un procès est donc organisé pour que Socrate réponde à ces chefs d'accusation, à ces charges. Il doit prouver qu'il est innocent, que ces accusations sont fausses. Socrate savait qu'il avait de grandes chances d'être condamné. Il savait qu'il s'était fait beaucoup d'ennemis parmi les Athéniens influents en critiquant leur mode de vie, leur soif de richesses et de gloire. Il savait aussi qu'on le prenait pour un sophiste, comme dans la pièce d'Aristophane, et qu'on le tenait pour responsable des mauvais actes de Critias et d'Alcibiade. Pourtant, Socrate est resté très calme avant son procès. Il n'a pas préparé de plaidoirie, de discours pour se défendre. D'ailleurs, un de ses amis, le grand orateur Lysias, en a écrit un pour lui mais après l'avoir lu, Socrate l'a refusé en disant : «C'est un fort beau discours, Lysias. Pourtant, il ne me convient pas.»

Car Socrate ne voulait pas convaincre les jurés de cette manière. Il ne voulait pas faire appel à la rhétorique et au lexique judiciaire pour gagner son procès. Il ne voulait pas jouer à ce jeu-là. Il a même refusé de faire venir sa femme et ses enfants pour susciter la pitié des jurés, pour les attendrir, alors que c'était une pratique courante dans les procès de l'époque. Non, Socrate était persuadé de n'avoir jamais commis la moindre injustice, et il entendait le prouver en disant seulement la vérité, en faisant appel à la raison des jurés et pas à leurs sentiments. Jusqu'au bout, il est resté fidèle à sa philosophie. Comme vous le savez, Socrate n'a pas réussi à convaincre les jurés et il a été condamné à mort. Je ne vais pas vous raconter tout le procès, il y aurait de quoi en faire un autre épisode. Mais si ça vous intéresse, je vous encourage à lire l'Apologie de Socrate, écrite par Platon. Platon a assisté au procès de son maître et il l'a retranscrit dans ce texte. Bon, bien sûr, ce n'est peut-être pas une transcription fidèle à 100%. Mais les experts s'accordent à dire que c'est le meilleur témoignage qu'on en ait. Et l'avantage, c'est que, comme Socrate parlait de manière simple pour être compris de tous, le texte n'est pas trop difficile. Donc je pense que vous pouvez le lire en français. Il est disponible gratuitement sur internet. Je mettrai un lien dans la description de l'épisode si vous voulez essayer. Je mettrai aussi les sources dont je me suis servi pour les recherches, notamment une super émission de radio sur France Culture.

Dans tous les cas, j'espère que ça vous a plu. Comme d'habitude, n'hésitez pas à laisser un commentaire sur le site pour me dire ce que vous en avez pensé. On se retrouve dans quelques semaines pour un nouvel épisode et je peux déjà vous dire que ça sera une interview. Merci et à bientôt !

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