×

Utilizziamo i cookies per contribuire a migliorare LingQ. Visitando il sito, acconsenti alla nostra politica dei cookie.

InnerFrench - Vol. 1, #90 - Apprendre le français sans vivr… – Text to read

InnerFrench - Vol. 1, #90 - Apprendre le français sans vivre dans un pays francophone (1)

Intermedio 1 di francese lesson to practice reading

Inizia a seguire questa lezione ora

#90 - Apprendre le français sans vivre dans un pays francophone (1)

Salut à toutes et à tous, bienvenue ! Je suis très content de vous retrouver avec un nouveau jingle. Vous avez entendu que la musique d'introduction a changé. Ça faisait un moment que j'avais envie d'une nouvelle musique pour le podcast, donc j'ai demandé à Chris, mon ingénieur du son, qui a demandé à un de ses amis musiciens et voilà le résultat. Je sais pas ce que vous en pensez, mais moi, j'adore ce nouveau jingle. J'en suis très content. Donc, j'espère qu'il va vous plaire à vous aussi. Dans l'épisode d'aujourd'hui, je vous propose d'écouter une interview, et pas n'importe laquelle : une interview d'Anna. Anna, comme vous le savez peut-être, c'est la première recrue d'innerFrench. Elle a rejoint l'entreprise au mois de septembre. Donc maintenant, elle est prof, chez innerFrench. Dans cette interview, vous allez entendre comment Anna a appris le français. Et ce qui est vraiment impressionnant, c'est qu'elle n'a jamais vécu en France ni dans un pays francophone. Elle a appris le français tout en restant en Pologne. Parfois, on entend que c'est impossible d'apprendre une langue sans vivre dans le pays où elle est parlée. Eh bien, Anna est la preuve du contraire.

Dans cet épisode, elle va nous expliquer quelle méthode et quels outils elle a utilisés pour apprendre le français. Elle va vous donner, par exemple, quelques conseils de lecture qui sont très originaux, des livres qu'on voit rarement recommandés pour apprendre le français. Elle va aussi vous raconter comment elle a fait pour enfin comprendre les films français sans les sous-titres. Ça, je sais que c'est une difficulté que beaucoup d'entre vous ont, cette différence entre le français formel que vous apprenez, dans les cours ou dans les livres de français, et le français informel que vous pouvez entendre dans les films. On va parler de tous ces sujets dans cet épisode. Ça va aussi être l'occasion pour vous de faire la connaissance d'Anna. Et j'espère que son histoire va vous motiver à continuer d'apprendre la langue de Molière. Voilà, sans plus attendre, je vous propose d'écouter l'interview avec Anna. Hugo: Bon, salut Anna !

Anna: Salut !

Hugo: Merci d'avoir accepté mon invitation. Anna: De rien, avec plaisir.

Hugo: Bon de toute façon, tu as pas vraiment le choix mais… 😉 Alors, je suis très content d'être là avec toi. En plus, on peut faire cette interview ensemble, dans la même pièce et pas sur Internet. Parce que, comme vous le savez, je suis à Cracovie en ce moment. Et Anna, toi, tu es originaire aussi de Cracovie.

Anna: C'est ça, exactement. Je suis née ici. C'est ma ville natale. Donc à Cracovie, l'ancienne capitale de la Pologne. Hugo: Ok, ok, et tu as jamais quitté Cracovie ?

Anna: J'ai jamais quitté Cracovie pour longtemps. Oui, c'est vrai. Mon voyage le plus long, c'était l'année dernière. J'ai voyagé un peu en Australie et en Nouvelle-Zélande. Donc le projet, a priori c'était d'y rester un an. Mais malheureusement, à cause de la pandémie, j'ai dû changer mes plans et j'ai dû revenir en Pologne. Hugo: Bon, je sais que c'est un peu difficile à dire quand on habite quelque part pendant des années, c'est difficile de savoir encore ce qu'on apprécie dans cet endroit. Mais, toi, quand tu rencontres des touristes, par exemple à l'étranger, comment tu leur décris Cracovie ? Anna: Ce que j'apprécie toujours dans cette ville, je sais que les touristes, ils l'apprécient aussi, c'est l'ambiance de la ville. C'est une ville très artistique. Plein d'étudiants, plein d'étrangers aussi, qui apportent, je pense, beaucoup de couleurs, ici, dans notre ville. Je dis aussi que Cracovie, c'est peut-être la seule ville qui a été épargnée pendant la Deuxième Guerre mondiale. Donc c'est pourquoi on peut trouver des traces de toutes les époques ici. Les immeubles, ils sont parfaitement conservés. Donc c'est une ville qui est… C'est une ville qui est très… C'est une ville historique, qui est pleine de… Je sais pas quoi… Hugo: Non ok, c'est vrai que, architecturalement…, moi, en venant de Varsovie, effectivement, c'est très différent. Anna: C'est vrai, oui. Hugo: Je sais pas si c'est le cas, mais j'imagine que Varsovie, avant d'être totalement détruite pendant la Seconde Guerre mondiale, ça ressemblait peut-être un peu plus à Cracovie. Anna: Oui, c'est sûr, c'est sûr. Donc malheureusement, Varsovie n'a pas été épargnée comme Cracovie, et on a dû reconstruire. Je pense que les constructions sont assez fidèles, mais quand même, ce sont seulement les reconstructions de ce qui existait avant.

Hugo: Ouais, et c'est seulement dans la vieille ville, en plus, de Varsovie, que tout ça a été reconstruit. Et c'est vrai que, bon, pour les personnes qui y sont déjà allées, ça ressemble un peu à un décor de théâtre, parfois. Anna: C'est vrai, oui. Hugo: Ça fait un peu, un peu, Disneyland. Un peu artificiel. Mais c'est très joli quand même. Et il y a une petite rivalité entre Varsovie et Cracovie, non ?

Anna: Une petite. Une petite, oui. Je pense que quand j'étais plus jeune, je n'aimais pas trop Varsovie. Mais tu sais j'étais… C'était pas pour une raison concrète, je pense, mais c'était… Oui, c'était quelque part, je sais pas, dans mon ADN, je sais pas, de Cracovienne, que Varsovie, c'est pas trop sympa. Mais en fait, maintenant, j'aime beaucoup. C'est différent de Cracovie. C'est plus… Il y a plus d'espace, d'espaces verts aussi. Et j'aime bien. J'apprécie beaucoup de choses à Varsovie. Des choses qui sont différentes de Cracovie.

Hugo: Je pense que dans beaucoup de pays, il y a toujours cette… peut-être pas jalousie, mais un peu cette rivalité avec la capitale. Surtout que… Non, Cracovie, c'est pas la deuxième ville en Pologne ? C'est la troisième en termes d'habitants ? Anna: Troisième, il me semble, oui.

Hugo: Łódż, il me semble que c'est la deuxième. Anna : Oui peut-être. Oui, oui.

Hugo: Ouais ok… Mais bon voilà, il y a toujours un peu ces rivalités entre les grandes villes et la capitale. Et bon, la Pologne ne fait pas exception, on va dire.

Hugo: Oui, oui. Je pense que c'est plutôt commun à tous les pays. Hugo: Ok. Alors, dans cet épisode, j'aimerais qu'on parle de ton apprentissage du français parce que, voilà, comme vous l'avez entendu, Anna, est polonaise, elle est née à Cracovie, elle a grandi à Cracovie. Donc voilà, t'es 100% Polonaise. T'avais pas de Français dans ta famille quelque part ? Anna: 100 % polonaise, je confirme.

Hugo: Donc, comment ça a commencé, ton aventure avec le français ? Est-ce que tu te souviens un peu de tes premiers contacts avec la langue ?

Anna: Je pense que mes premiers contacts, vraiment premiers contacts, c'était des chansons françaises qui passaient à la radio. Parce que vous devez savoir que les Polonais, ils sont très francophiles. Ils adorent surtout la musique française. Donc, je pense que c'est là où j'ai entendu pour la première fois quelqu'un parler ou plutôt chanter en français. Mais j'ai commencé à apprendre le français à l'âge de 13 ans, vraiment. Donc c'est là que j'ai découvert vraiment la langue. Hugo: Et tu te souviens du type de chansons qui passaient à la radio ? Est-ce que c'était, voilà, Édith Piaf, etc., la vieille variété ou des choses un peu plus modernes ? Anna: Oui. C'étaient pas des chansons si vieilles que ça, que par exemple Edith Piaf (même si les Polonais, ils aiment bien Edith Piaf, Charles Aznavour, bien sûr). Non, c'était plutôt des chansons pop, des chansons qui peut-être passaient aussi à la radio en France, je sais pas. Je me souviens pas malheureusement des titres maintenant.

Hugo: OK. Donc il y avait aussi des choses un peu plus actuelles ?

Anna: Oui. Plus actuelles, oui.

Hugo: OK. OK. Donc, tu dis que tu as commencé à apprendre le français à 13 ans, à l'école ? Anna: C'est ça, oui. Hugo: Tu as commencé l'anglais avant, j'imagine. Anna: Oui, j'ai commencé l'anglais à l'âge de 7 ans. Et c'est comme ça qu'en Pologne on commence… Même à l'âge de 6 ans, parfois, déjà à l'école maternelle. Puis à l'école primaire. Et moi, j'ai commencé le français au collège. Donc, c'est… Oui, à l'âge de 13 ans, quand j'ai dû choisir une deuxième langue étrangère, après l'anglais. Hugo: Et tu avais le choix entre plusieurs langues dans ton école ou c'était seulement le français ? Anna: Dans mon école, il y avait aussi l'allemand et le français. Donc c'était seulement ces deux langues. Mais moi, à l'école primaire, comme je ne voulais pas trop apprendre l'allemand, ça ne me tentait pas vraiment comme langue à apprendre, et en plus, j'ai entendu parler d'une classe française dans mon collège, une classe qui préparait aussi à l'examen DELF, une classe où on pouvait apprendre le français de manière assez intense, donc, je me suis dit que peut-être, ça serait une bonne idée. Et voilà, je me suis inscrite à cette classe dans ce collège.

Hugo: Et tu étais déjà attirée par les langues étrangères à cette époque ou pas spécialement ?

Anna: Pas spécialement. Pas spécialement. J'aimais l'anglais, même si à la fin de l'école primaire, j'avais un prof qui m'a découragée un peu. Je sais pas de… Je trouvais que ses leçons étaient assez ennuyeuses, répétitives. Donc voilà. Donc je suis pas… J'étais pas très, très fan des langues étrangères à l'époque, mais je le suis devenue au fur et à mesure. Hugo: OK. Donc c'est un peu le français qui t'a réconciliée avec les langues étrangères. Anna: On peut le dire comme ça, oui.

Hugo: OK. Et c'était comment ces cours à l'école primaire, ces cours plus intensifs ? Comment ça s'est passé au début, ton apprentissage du français ? Anna: Oui, donc ça a commencé au collège. J'avais des cours 4, 5 heures par semaine. Et c'était des cours… Bien sûr, on apprenait la langue, mais aussi on apprenait beaucoup de l'histoire de la France, de la culture et je pense que c'est ça qui m'a motivée le plus parce que c'était nouveau. C'était très intéressant. C'était aussi ma prof qui m'a beaucoup encouragée à apprendre le français. Nous avions une prof géniale. Et j'apprenais surtout à l'école pendant… en première et en deuxième classe. Et je pense qu'en 3ème, j'ai commencé à prendre aussi des cours particuliers pour pour parler plus, pour enrichir encore plus mon vocabulaire, etc. Hugo: OK. Donc une petite précision ici : le « collège » en français, c'est avant le lycée, donc c'est pas comme l'université en anglais. Le collège, c'est avant le lycée. Donc tu disais que tu avais entre 13 et 15 ans, c'est ça ? Anna: C'est ça, exactement, oui. Hugo: Donc ensuite, tu as continué au lycée et tu avais des cours avec cette prof particulière, c'est ça ? Anna: Oui, j'ai commencé en troisième classe au collège. Et puis j'ai continué à prendre des cours particuliers un peu au lycée. Même pendant mes études aussi, parce que je trouvais que oui, même si je parle, tu sais, en classe avec d'autres élèves, avec ma prof. Je pensais que c'est pas assez, qu'il me faut plus d'occasions pour parler parce que je trouvais que c'est ça le plus important de pouvoir communiquer. Et dans la classe, même si la prof était très bien organisée, elle essayait tu sais d'encourager tout le monde à parler… C'est pas assez. Il y a pas assez d'occasions pour vraiment s'exprimer. Hugo: C'est vrai. On reçoit souvent des emails chez innerFrench de personnes qui nous posent des questions par rapport à nos cours, par exemple, en nous demandant si c'est une bonne idée, parce que… Parce qu'elles ont envie d'apprendre à mieux parler, à mieux s'exprimer en français. Et honnêtement, nous, souvent, on vous répond que non. Le mieux, c'est toujours d'avoir un prof particulier. Bon, les cours individuels ne sont pas toujours accessibles à tout le monde.

Ça peut être cher, mais c'est vrai que maintenant, il y a des plateformes comme iTalki, qu'on cite régulièrement, sur lesquelles vous pouvez trouver, peut-être pas des profs professionnels, mais des tuteurs ou des personnes avec lesquelles vous pouvez avoir des cours pour… J'ai vu des prix comme 7 ou 8 euros de l'heure, ce qui est assez accessible. Anna: Oui, exactement. Et en plus, on peut aussi essayer de proposer d'enseigner une autre langue à cette personne. Donc, moi aussi, j'ai travaillé pendant 2 ans en binôme avec une fille qui… Elle m'enseignait l'anglais, moi je lui enseignais le français et c'était très bien. Ça marchait très bien.

Hugo: Ok. C'était une Polonaise ? Anna: Euh elle était… Une Polonaise, oui.

Hugo: Et donc tes profs aussi, pour tes cours particuliers, c'était toujours des Polonais ? T'avais pas de prof de français ? Anna: À partir de mes études, j'avais des profs français. J'avais que des profs français, oui. Hugo: OK. Donc, justement après le lycée, pourquoi tu as décidé d'étudier le français à l'université ? Anna: Je pense que je voyais que le français ou que la connaissance d'une langue étrangère, ça, ça peut m'apporter beaucoup d'opportunités, de débouchés professionnels. Je me suis dit que même si, je sais pas… Si un jour, je décide d'abandonner mes études, que je veux plus étudier les langues étrangères, au moins, je vais maîtriser une langue. Donc ça va pas être du temps perdu. Et oui, je pense qu'après mes études, je me suis dit que si je peux devenir soit traductrice, soit prof, soit travailler dans une grande entreprise, dans le tourisme, donc je voyais vraiment beaucoup de chances, d'opportunités. Donc, j'ai décidé de d'étudier le français sans avoir vraiment décidé sur ma carrière professionnelle un peu. Hugo: OK donc, pour toi, c'était vraiment, voilà, une compétence. Et tu pensais que cette compétence pourrait te permettre de faire différents métiers après ?

Anna: Oui, oui, c'était plutôt ça, exactement. Hugo: OK, t'avais pas le rêve de devenir prof de français ? Anna: Non, pas encore. Non, j'étais pas sûre que… Hugo: Et les cours à l'université, comment c'était ? Parce que je sais que bon, quand on aime bien un sujet, une matière, après à l'université, quand on commence à en faire, je sais pas, 30, 40 heures par semaine, ça peut devenir un peu… Énervant, un peu frustrant. Comment c'était, tes cours à l'université ? C'était un peu ça. C'était un grand… Tu sais un grand… C'était un peu un fossé entre le lycée et les études. Parce que, à l'université, c'était vraiment très, très intense. La plupart des cours était en français. Mais en général, j'étais plutôt contente de tous mes cours. Bien sûr, il y avait des cours, des matières, que je trouvais moins utiles ou moins passionnants.

Hugo: Comme quoi par exemple ?

Anna: Par exemple, je sais pas… Je pense qu'on avait beaucoup, mais vraiment beaucoup de cours, de psychologie et de pédagogie. Il y avait des choses qui se répétaient plusieurs fois, donc peut-être qu'on pourrait le faire de manière un peu différente, de traiter ces sujets de manière un peu différente, je sais pas. Hugo: Moi, je me souviens quand je donnais des cours à des élèves justement de l'université de Varsovie qui, comme toi, prenaient des cours particuliers, avec moi… En première année, ils avaient un cours de littérature française. Et comme c'était dans l'ordre chronologique, ils commençaient par la littérature du Moyen Âge, donc La Chanson de Roland. Anna: Ah oui.

Hugo: Et voilà, pour moi, c'était totalement absurde parce que c'était écrit en vieux français, dans vraiment une langue très difficile à comprendre, même pour les Français. Et comme c'étaient des étudiants de première année, ils avaient pas un niveau de français exceptionnel. Et ils commençaient la littérature avec des textes comme ça. Et voilà, pour moi, ça fait vraiment partie de ces absurdités, parfois… Bon, j'adore l'université, il y a de très bons cours, etc. Mais parfois dans la conception du curriculum, il y a vraiment des choses où on a l'impression que, voilà, ils ne prennent pas du tout en compte le côté pédagogique et c'est simplement : voilà, c'est l'ordre chronologique, on va respecter cet ordre chronologique, et c'est tout. Anna: Oui, tu as tout à fait raison, oui. Au début, c'était vraiment décourageant. C'était vraiment décourageant. Moi aussi, j'ai commencé par La Chanson de Roland. Et… Et je pense que finalement, je l'ai lue en polonais parce que, ben, le lire en français, c'était trop. C'était un peu trop pour moi, donc je l'ai fait en polonais. Puis j'ai lu aussi la version française pour avoir le vocabulaire, pour pouvoir en parler pendant les cours. Mais oui, c'était vraiment difficile, oui. Hugo: Oui, en plus c'est pas un texte… On le compare parfois, je sais pas, à l'Iliade, l'Odyssée, mais c'est pas aussi intéressant, à mon avis. Et voilà, quand on est étudiant en première année à l'université. Bon, c'est une espèce de récit guerrier, en fait, du Moyen Âge. C'est pas un sujet passionnant, à mon avis. Anna: Oui, oui. Il y a d'autres livres quand même, qui sont un peu plus passionnants. Hugo: Ok, Ok. Mais globalement, t'étais contente de tes cours à l'université. Anna: Oui, oui, je dois dire que, par exemple, au niveau des cours de langue, c'était assez pratique, assez intense aussi. Les profs, ils étaient vraiment… Même si la plupart de mes profs étaient des Polonais, j'avais seulement un prof qui était français, ils étaient très, très bien préparés pour ce cours, très cultivés. Et vraiment des vrais passionnés de la langue. Et ça, ça se sentait. Et… En général, j'étais vraiment contente. Hugo: Et… Donc parmi les autres élèves, est-ce que vous avez vraiment senti une progression entre la première et la dernière année ? Est-ce que tout le monde parlait couramment à la fin des études ?

Anna: Alors, nous, quand nous avons commencé nos études, on était divisés en trois groupes, au niveau… en fonction du niveau de langue. Donc, il y avait trois groupes. Le premier groupe, c'était le groupe des faux débutants ou des débutants débutants. Donc il y avait même des gens qui ont… qui ont juste… venaient, tu sais, de commencer à apprendre le français. Donc eux, je sais qu'ils ont beaucoup progressé. Ils ont vraiment beaucoup travaillé. Moi, j'étais dans le troisième groupe, donc c'était le groupe le plus avancé. Mais pour tout te dire, j'étais l'une des plus mauvais élèves parce qu'il y avait… Dans mon groupe, il y avait des personnes qui avaient vécu en France pendant quelques années, qui avaient fréquenté le lycée français. Donc, j'avais la possibilité de changer de groupe pour être dans le groupe intermédiaire. Mais je me suis dit : je préfère être, tu sais, la plus mauvaise élève du meilleur groupe. Et comme ça, je vais… Peut-être que je vais progresser plus vite. Et c'est ce que j'ai fait. Donc j'ai travaillé dur, surtout pendant les premiers mois. Et puis, j'ai quand j'ai vu que je progressais, ça m'a motivée. Ce n'était pas trop pour moi. Je me suis dit que j'allais rester dans ce groupe et que j'allais continuer comme ça. Hugo: Ok, donc tu regrettes pas ta décision ?

Anna: Non, pas du tout. Pas du tout.

Hugo: Et à l'université, qu'est-ce que tu faisais à côté des cours pour continuer d'améliorer ton français ? Anna: Je lisais beaucoup, surtout. Je me souviens d'une situation assez… assez amusante, à l'université. C'était avant mon examen, j'étais assise quelque part dans le couloir et j'avais un gros ouvrage sur les articles. Tu sais, avec mille règles à mémoriser, mille exceptions. Et mon prof, le Français avec qui j'avais les cours, il m'a vue, dans ce couloir. Il s'est approché. Et il m'a dit de manière, mais très, très discrète : « Mademoiselle, mais laissez ce livre parce que ça sert à rien d'apprendre toutes ces règles par cœur. Laissez ce livre et allez lire des articles, des livres, plutôt que… qu'essayer d'apprendre tout ça par coeur. » Et j'ai suivi son conseil. J'ai fait comme ça. Donc j'ai commencé à lire beaucoup et c'est comme ça que… voilà, que j'ai appris à utiliser les articles, à utiliser les temps. Parce que quand je lisais, je lisais de manière réfléchie. Donc à chaque fois, je me posais la question : pourquoi ici, c'est le passé composé, non pas l'imparfait, etc. Donc c'était ça, un peu, ma méthode pour progresser, pour travailler encore plus. Hugo: Et quel type de livres tu aimais lire, ou quel auteur en particulier?

Anna: Tout au début de mes études, je pense que j'ai commencé par les livres que je connaissais déjà… Et c'était même parfois des contes de fées pour les enfants. Parce que c'était des textes qui étaient plus courts. C'était les textes que je connaissais déjà. Donc je connaissais déjà le contexte. Et pour moi, c'était beaucoup plus facile de comprendre toute l'histoire, de comprendre les adjectifs qui étaient utilisés pour décrire les personnages, par exemple. Et puis, petit à petit, je… voilà j'ai commencé à lire la littérature française. Et surtout, je suis tombée amoureuse des auteurs maghrébins. De la littérature maghrébine, d'expression française, bien sûr. Et l'un de mes auteurs préférés, jusqu'à… jusqu'aujourd'hui, c'est Tahar Ben Jelloun, que je recommande chaudement. Ses livres sont vraiment très, très beaux.

Hugo: De quoi il parle en général ? Quels sont ses sujets de prédilection ?

Anna: Dans ses livres, il parle beaucoup de l'identité, par exemple, de notre identité. Il parle un peu du racisme, du bonheur. Donc… Des thèmes un peu philosophiques, on peut dire, mais, il écrit de manière très claire. Pour moi, ça a été assez facile de comprendre. Et je trouve que c'est une très belle littérature. Hugo: OK. Et tu te souviens de comment tu as découvert cet auteur ? Est-ce que c'est un de tes profs qui te l'a recommandé ou… ? Parce que c'est pas… Souvent voilà, les profs de français, à l'université, ils recommandent plutôt des auteurs français, j'imagine. Et c'est un peu plus exotique. Anna: Oui, oui, c'est pas très évident comme choix de littérature. Mais justement, c'était l'une de mes profs qui était passionnée. Comme… Quand j'ai vu sa passion pour cette littérature, je me suis dit : «il faut que je parte à la découverte., il faut que je vois pourquoi elle est tellement passionnée !» Et je la comprends maintenant. Hugo: Donc elle t'a transmis sa passion. Anna: Elle m'a transmis sa passion, oui. Hugo: OK. Donc, tu lisais beaucoup. C'était vraiment ça, ton arme secrète ? Anna: C'était ça oui, mon arme secrète. Surtout que je pouvais lire, tu sais, dans le tram, dans le bus, un peu partout. C'étaient des livres, mais c'étaient aussi des articles sur Internet. Donc je lisais un peu partout, un peu de tout.

Hugo: Et c'était facile d'acheter des livres français en Pologne ? Anna: Alors heureusement, à Cracovie, il y a cette librairie qui s'appelle Edukator, où on peut commander des livres français sans aucun problème. Et les gens qui travaillent dans cette librairie sont vraiment très sympas. Donc, plusieurs fois ils m'ont aussi recommandé des livres que je pourrais lire. Donc oui, donc, je profitais de cette librairie pour acheter mes livres.

Hugo: OK. Et… Parce que parfois, justement, au niveau des conseils de lecture, moi, j'ai un peu du mal à recommander certains livres parce qu'il y a beaucoup de descriptions avec beaucoup de vocabulaire. Et ça peut être un peu décourageant parce que c'est pas forcément des mots qui sont très utiles au quotidien. Et c'est un peu difficile de trouver le juste milieu entre une histoire intéressante, avec du vocabulaire quand même utile, et un peu limité, mais en même temps, voilà, des auteurs contemporains, etc. Anna: Oui, je pense que oui, plutôt les auteurs contemporains. Et aussi pour commencer, pourquoi pas lire, voilà, des contes de fées, des textes qui sont plus courts. C'est toujours de la littérature, ça reste de la littérature. Mais c'est plus simple. C'est un peu plus facile. Même si parfois, on peut même trouver le passé simple, dans ces contes de fées. Mais… Mais oui, c'est comme ça qu'on prend aussi l'habitude de, voilà, de voir différents temps, même le passé simple. Hugo: C'est vrai, effectivement, qui est très utile, le passé simple. Et qui est en voie de disparition

Anna: Il faut le préserver.

Hugo: Il faut le préserver, exactement.

Learn languages from TV shows, movies, news, articles and more! Try LingQ for FREE