×

Utilizziamo i cookies per contribuire a migliorare LingQ. Visitando il sito, acconsenti alla nostra politica dei cookie.

InnerFrench - Vol. 1, #89 - La liberté de la presse françai… – Text to read

InnerFrench - Vol. 1, #89 - La liberté de la presse française est-elle menacée? (1)

Intermedio 1 di francese lesson to practice reading

Inizia a seguire questa lezione ora

#89 - La liberté de la presse française est-elle menacée? (1)

Avant de commencer cet épisode, je voulais vous dire que les inscriptions pour Build a Strong Core viennent d'ouvrir. Elles sont ouvertes pour une semaine. Vous pouvez trouver toutes les informations sur innerfrench.com/strongcore. Récemment, avec Anna, on a ajouté plein de nouveaux exercices, des activités de phonétique pour mieux comprendre les différences entre le français formel et informel, des flashcards pour mémoriser le vocabulaire. Les élèves ont adoré toutes ces nouveautés. Donc si vous sentez que vous avez besoin d'une approche plus structurée pour progresser, si vous voulez améliorer votre grammaire, par exemple l'utilisation des pronoms «en», «y», «dont», «lequel», etc. tout en apprenant des choses sur la société française et le monde francophone, allez voir la page du cours. Encore une fois : innerfrench.com/strongcore. Et si vous écoutez cet épisode plus tard et que les inscriptions sont fermées, vous pourrez laisser votre adresse email pour recevoir une notification la prochaine fois.

Salut à toutes et à tous ! J'espère que tout le monde va bien, que vos proches sont en bonne santé. Moi, ça va. Le début de l'année a été un peu plus chargé que prévu. Je pensais que j'aurais du temps pour enregistrer plus d'épisodes mais finalement, la comptabilité polonaise en a décidé autrement. La comptabilité, c'est cette discipline qui consiste à tenir les comptes d'une entreprise : calculer les revenus, les coûts, les pertes, les impôts, toutes ces choses dont, personnellement, je déteste m'occuper ! Comme je déteste ça, je procrastine et au final, j'ai encore plus de travail après ! Donc voilà, j'ai passé une bonne partie de ces dernières semaines au téléphone avec mon comptable au lieu de m'occuper du podcast.

Mais j'ai aussi une bonne nouvelle. Si vous ne le saviez pas encore, il y a une 2ème recrue qui a rejoint innerFrench. Vous connaissez déjà Anna et maintenant, il y a aussi Ingrid. C'est une prof française qui vit au Pérou. Mais Ingrid a une double casquette. «Une casquette», c'est… comment vous décrire ça ? Ça ressemble à un béret, c'est une sorte de chapeau, mais pour se protéger du soleil (par exemple une casquette de baseball). Les jeunes en portent souvent une. Dans certaines professions, la casquette fait aussi partie de l'uniforme des employés, par exemple les contrôleurs dans le train. C'est pour ça qu'on a l'expression «avoir plusieurs casquettes» ou «avoir une double casquette». Ça veut dire qu'on a plusieurs professions, plusieurs rôles ou plusieurs fonctions. Donc je vous disais qu'Ingrid a une double casquette parce qu'en plus d'être prof, elle est aussi journaliste. C'est génial parce que maintenant, j'ai quelqu'un pour m'aider à préparer les épisodes du podcast ! D'ailleurs, c'est elle qui a préparé celui d'aujourd'hui.

Dans cet épisode, on va parler d'un concept très important pour les régimes démocratiques : la liberté de la presse. On dit parfois que la presse est le «quatrième pouvoir». Il y a le pouvoir exécutif (qui prend les décisions), le pouvoir législatif (qui écrit les lois), le pouvoir judiciaire (qui fait respecter les lois) et les médias qui doivent jouer le rôle de contre-pouvoir. Mais pour qu'ils puissent jouer ce rôle, ils doivent avoir la liberté de critiquer les trois autres pouvoirs et d'informer les citoyens. C'est une condition sine qua non : sans cette liberté, les médias perdent leur pouvoir.

Et justement, depuis quelques mois, la liberté des médias français, en particulier celle des journalistes, semble menacée, elle semble être en danger. Ça peut paraître surprenant puisque la France est une démocratie, et même «le pays des Droits de l'Homme» comme on l'appelle parfois (on va en reparler un peu plus tard). Pourtant, de plus en plus d'organisations internationales tirent la sonnette d'alarme. Elles essayent d'alerter sur le fait que certaines décisions du gouvernement français constituent des restrictions pour la liberté de la presse.

Forcément, c'est un sujet qui touche Ingrid personnellement. Mais c'est un problème qui concerne aussi tous les Français parce qu'il menace l'équilibre de notre démocratie. C'est pour ça qu'on a eu envie de vous en parler dans le podcast. Ça va être aussi l'occasion de faire un peu d'histoire en remontant jusqu'à la Révolution française, et de vous parler d'évènements récents qui ont marqué l'actualité française qui, pour une fois, ne sont pas liés au covid !

Allez, c'est parti !

Au début de l'année, le 16 janvier, il y a eu plus de 80 manifestations dans tout le pays. Je sais, vous avez l'impression que les Français manifestent tout le temps, et c'est pas faux. Je vous dis souvent que c'est notre sport national. Mais en s'informant sur les raisons d'une manifestation, on peut prendre la température de la société française, on peut essayer de comprendre ce qui intéresse les Français à ce moment-là. Ça c'est une bonne expression, «prendre la température». C'est la même dans beaucoup de langues. Quand on a de la fièvre aussi, on prend sa température. Il y a une autre expression assez proche, c'est «prendre le pouls». Ça, c'est quand on mesure la circulation du sang dans les artères pour voir par exemple si le cœur bat toujours, si la personne est toujours vivante.

Alors, ce 16 janvier, pourquoi les Français ont-ils manifesté ? Vous vous doutez que c'est lié à la question de la liberté de la presse. Je vous explique.

Ces rassemblements ont été organisés par un collectif qui s'appelle “Stop loi sécurité globale”. Le nom est pas très original, mais il a le mérite d'être clair ! Enfin, si on sait ce que c'est, cette «loi sécurité globale». Un peu de patience, je vais vous l'expliquer dans quelques instants. Pour le moment, ce que vous devez savoir, c'est qu'au moment des manifestations, la loi sécurité globale était en cours d'examen. Elle était débattue au Parlement pour que les députés décident de l'adopter ou non. Le problème, c'est que cette loi pourrait limiter drastiquement la liberté de la presse et le droit à manifester. Donc une telle loi, dans le pays des droits de l'homme, ça passe mal.

Justement, parlons un peu de cette expression, «le pays des droits de l'homme.» Comme vous êtes des auditeurs cultivés, vous savez qu'en 1789, année de la Révolution française, les Révolutionnaires ont rédigé la célèbre Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, un texte fondateur de la Constitution française. Cette déclaration proclamait de nombreux droits fondamentaux, comme l'égalité, la liberté ou le droit à la propriété. Dans l'article 9, elle proclamait aussi la libre expression des idées et des opinions, donc la liberté de la presse.

La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen s'inspirait des philosophes des Lumières, en particulier de Rousseau et de son fameux contrat social. Comme les philosophes des Lumières étaient des vraies rockstars à cette époque, pas seulement en France mais dans toute l'Europe, en Russie et aux États-Unis, la France a obtenu ce surnom de «patrie des droits de l'homme.» Nous connaissant, j'imagine aussi qu'on a bien insisté pour faire adopter ce surnom.

Trois ans plus tard, en 1792, il y avait déjà 500 journaux en France, ou plutôt 500 «feuilles» comme on les appelait à l'époque. Mais ces feuilles n'ont pas fait long feu. («Ne pas faire long feu», c'est une expression qui signifie ne pas durer longtemps, avoir une existence très courte. Comme quand vous faites un feu et qu'il s'éteint après quelques minutes. «Ne pas faire long feu»). Alors, pourquoi ces nouveaux journaux n'ont-ils pas fait long feu ?

Tout simplement parce qu'en 1793, la Révolution française est entrée dans une nouvelle phase : la Terreur. Cette année-là, la France était dans une situation délicate. D'abord, elle était entourée d'armées ennemies, les armées des monarchies européennes voisines qui étaient logiquement hostiles à la Révolution et qui essayaient d'envahir le pays. Mais en plus, à l'intérieur des frontières, une guerre civile a éclaté dans certaines régions.

Alors, pour vaincre les ennemis extérieurs et intérieurs, le gouvernement révolutionnaire a choisi d'utiliser les grands moyens avec des méthodes de répression radicales. C'est simple, toutes les personnes accusées de ne pas soutenir la Révolution étaient envoyées à la guillotine. On coupait la tête de tous les adversaires politiques. C'était une période très violente, et c'est pour ça qu'on l'a appelée «la Terreur».

Pendant la Terreur, toutes les idées qui n'étaient pas assez fidèles à l'esprit révolutionnaire étaient interdites. Logiquement, de nombreux journaux ont disparu à cette époque. Après les évènements révolutionnaires, la France a connu une grande instabilité politique pendant tout le XIXème siècle. Elle a changé 5 fois de régime politique. Elle est passée de la 1ère République instaurée pendant la Révolution au 1er Empire avec Napoléon, puis la Monarchie Constitutionnelle, la 2ème République, le 2ème Empire et enfin la 3ème République en 1870. Quand on apprend l'histoire de la France au XIXème siècle à l'école, c'est un vrai cauchemar, croyez-moi.

Mais si je vous parle de ça ici, c'est parce qu'à chaque changement de régime politique, les médias (ou plutôt les journaux parce qu'à l'époque, les autres médias n'existaient pas encore), à chaque changement de régime politique, les journaux ont connu de nouvelles restrictions.

Finalement, il a fallu attendre 1881 pour que les députés français votent une grande loi garantissant la liberté de la presse et la liberté d'expression. À cette époque, la France était sous le régime de la 3ème République. Et les députés savaient que la liberté de la presse était essentielle à cette jeune démocratie.

Grâce à cette loi, les Français ont reçu le droit de publier des journaux et des écrits librement, sans avoir besoin de les faire approuver par une quelconque institution. Avant ça, il fallait obtenir une autorisation officielle avant toute publication. Donc énormément de nouveaux journaux ont vu le jour à cette époque.

Même si la France a connu d'autres périodes de censure par la suite, notamment pendant les deux guerres mondiales, c'est toujours cette loi de 1881 qui est appliquée aujourd'hui. Elle a juste été un peu modifiée pour protéger les individus. Par exemple, on ne peut pas menacer la vie d'une personne dans un média ni lancer des appels à la haine contre une communauté. C'est ce célèbre principe disant que «la liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres», les médias ne doivent pas servir à stigmatiser un groupe, à diffuser des propos racistes, homophobes ou misogynes.

Mais revenons à ce surnom de «pays des Droits de l'homme». Aujourd'hui, l'expression n'est plus autant utilisée qu'avant, notamment à l'étranger. Ceux qui l'utilisent, ce sont surtout les politiciens français dans leurs discours pour faire vivre le mythe d'un pays exemplaire, où tous les citoyens sont libres, égaux, et libres de s'exprimer.

Pourtant, la réalité actuelle est bien différente. Les associations internationales de défense des droits humains dénoncent régulièrement la façon dont le Gouvernement français traite les réfugiés, les minorités, les manifestants et… les journalistes.

Heureusement, les journalistes ne se laissent pas faire. «Ne pas se laisser faire», vous comprenez sûrement cette expression, ça veut dire que vous vous défendez, vous ne laissez pas les autres vous attaquer sans rien faire.

Depuis quelques années, de plus en plus de journalistes et de militants essayent d'alerter l'opinion publique. Ils dénoncent la volonté du gouvernement actuel de réprimer toutes les critiques qui sont faites contre lui. («Réprimer», ça signifie empêcher, bloquer une action ou la punir. Par exemple, la police réprime une manifestation en arrêtant des manifestants.)

Pour mieux évaluer la gravité de la situation, il faut qu'on prenne un peu de recul.

Il y a un classement assez connu qui classe les pays en fonction de leur respect de la liberté de la presse, c'est un classement réalisé par l'association Reporters sans frontières. Et dans l'édition de 2020, la France est 34ème. Evidemment, 34ème sur 180 pays, ça semble pas mal. On est déjà champions du monde de foot, on ne peut pas être les meilleurs partout.

Mais si on se compare seulement aux autres démocraties occidentales, c'est plutôt un mauvais score. La France est très loin derrière les pays scandinaves, l'Allemagne, la Belgique ou le Canada. On ne peut pas dire qu'on soit un modèle en la matière.

Et si on regarde ce classement de plus près, on voit que le critère qui nous fait perdre beaucoup de places, c'est celui de la violence contre les journalistes. D'ailleurs, dans son rapport complet sur la France, Reporters sans frontières liste une série d'exactions contre les journalistes français qui ont eu lieu ces dernières années. On va en voir quelques-unes.

Learn languages from TV shows, movies, news, articles and more! Try LingQ for FREE