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InnerFrench - Vol. 1, #77 - Pourquoi la France protège-t-elle Polanski ? (2)

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#77 - Pourquoi la France protège-t-elle Polanski ? (2)

Après ça, elle a déclaré publiquement qu'elle le pardonnait et qu'elle voulait que les poursuites judiciaires s'arrêtent. Mais le nouveau juge chargé de l'affaire a refusé d'abandonner le procès et il demande toujours le retour de Polanski aux États-Unis pour qu'il soit jugé.

L'histoire aurait pu s'arrêter là, sauf que d'autres femmes ont pris la parole dans les médias depuis 2010 pour accuser Polanski d'agressions sexuelles similaires à celle qu'il a fait subir à Samantha Gailey. Néanmoins, elles n'ont pas porté plainte vu qu'il s'agissait de faits encore plus anciens que l'affaire Gailey. La dernière victime qui s'est exprimée, c'est une photographe française, Valentine Monnier. Elle a écrit un texte publié dans le journal Le Parisien le 8 novembre 2019, dans lequel elle dit qu'elle a été violée par Roman Polanski en 1975, quand elle avait 18 ans.

Du coup, aujourd'hui, l'opinion publique est divisée en deux camps. D'un côté, il y a ceux qui veulent que Polanski soit jugé aux États-Unis et qu'il arrête de faire des films. De l'autre, il y a ceux qui pensent qu'il est victime de persécution judiciaire, notamment à cause de sa célébrité, et qu'il faut le pardonner comme l'a fait Samantha Gailey.

Résultat : Polanski continue de faire des films et de gagner des récompenses, comme par exemple l'Oscar du meilleur réalisateur en 2003 pour son film Le pianiste. Mais souvent, il n'assiste pas à la cérémonie car il a peur des poursuites judiciaires et de la pression de certaines organisations féministes qui appellent à le boycotter. Il est vu à la fois comme un génie du cinéma et comme un monstre qui se croit au-dessus des lois.

Et cette division de l'opinion publique est particulièrement visible en France puisque c'est là que Polanski vit et qu'il réalise la plupart de ses films. Mais pourquoi les autorités françaises ne l'envoient-elles pas aux États-Unis pour qu'il soit jugé ?

Bien sûr, comme je vous l'ai dit, il y a la protection légale. La France protège ses citoyens, elle ne les extrade pas. Mais peut-être aussi que les Français jugent ce genre de crimes sexuels moins «graves» que les Américains.

En France, on dit souvent que les Américains sont très prudes sur la question de la sexualité, qu'il y a une forme de puritanisme dans les médias par exemple. Au contraire, on pense que nous, les Français, on a une sexualité plus libérée (ou libertine), qu'on parle de ces choses sans tabou. Par exemple, on n'est pas spécialement choqués quand on apprend que notre président a une maîtresse. Ça a été le cas il y a quelques années avec François Hollande et il n'y a pas vraiment eu de conséquence sur sa présidence. Mais aux États-Unis et dans d'autres pays, quand ce genre d'affaire se produit, c'est immédiatement un scandale d'État et le responsable est obligé de démissionner, de quitter son poste.

Cette différence d'attitude était très visible au moment du mouvement #metoo. Bien sûr, beaucoup de Françaises y ont participé, surtout sur les réseaux sociaux. Mais d'autres ont préféré dire que ce mouvement allait trop loin, par exemple la comédienne Catherine Deneuve. Elle a cosigné un texte dans lequel elle affirme que les hommes doivent conserver leur «liberté d'importuner». «Importuner», c'est un verbe synonyme de «déranger». Par exemple quand vous êtes en train de faire quelque chose d'important et que quelqu'un vous interrompt, il vous importune, il vous dérange. Dans les rues des grandes villes françaises, les femmes sont souvent importunées par des hommes qui veulent les «séduire». Ils leur demandent leur numéro de téléphone, ils leur font des compliments qui se transforment vite en insultes si la femme refuse leurs avances. Eh bien, Catherine Deneuve et celles qui ont signé ce texte considère que ça fait partie de la séduction à la française et que les hommes doivent garder cette «liberté d'importuner les femmes».

Mais il faut relativiser, autrement dit il faut «mettre les choses en perspective». Il faut relativiser parce que Catherine Deneuve n'est pas vraiment représentative de la Française moyenne. D'ailleurs, elle a été très critiquée pour cette prise de position, notamment par la génération des jeunes actrices qui sont plus sensibles à ces questions. Donc aujourd'hui, cette vision médiévale de la séduction, je n'ai pas l'impression qu'elle soit partagée par beaucoup de Françaises.

Bref, cette différence culturelle quant à la vision de la sexualité, je pense qu'elle est assez marginale dans cette affaire. Il y a une autre raison qui me semble plus pertinente pour expliquer pourquoi la France continue de protéger Polanski, c'est son statut de réalisateur mondialement connu.

Vous savez sûrement que l'art a une place très importante dans la culture française. Il est aussi très valorisé socialement. Au XIXème siècle, on a vu apparaître une vision romantique de l'artiste. L'artiste est devenu un personnage subversif dont le rôle était de critiquer les valeurs et les mœurs de son époque à travers ses œuvres. Il n'était pas rare qu'il ait des problèmes avec la justice. Par exemple, quand Baudelaire a publié son recueil des Fleurs du mal en 1857, il a été condamné par la justice pour immoralité. Il a dû retirer 6 poèmes du recueil et payer une amende. «Une amende», vous l'avez compris, c'est une somme d'argent qu'on doit payer si on ne respecte pas la loi.

Mais ensuite, au Xxème siècle, on peut dire que l'artiste a perdu un peu de sa subversivité. Ou en tout cas, la société et les autorités publiques ont été de plus en plus bienveillantes, de plus en plus clémentes, avec les artistes. D'autant plus que, pendant toute la première moitié du Xxème siècle, Paris était la capitale mondiale de l'art.

Si bien qu'aujourd'hui, il est rare qu'un artiste soit condamné en justice à cause de ses œuvres, en tout cas dans les pays occidentaux, les pays de l'Ouest. Au contraire, il y a même une forme de sacralisation de son statut. L'artiste doit avoir une liberté d'expression totale dans ses œuvres. Et, inconsciemment, on pense que cette liberté doit s'étendre à sa vie privée. L'artiste est quelqu'un de spécial, il ne vit pas comme monsieur et madame Tout-le-monde. Il a un style de vie plus excentrique, moins conventionnel. Pour être créatif, il a besoin de cette liberté d'expérimenter.

Ce qui explique pourquoi, aujourd'hui, on sépare de moins en moins l'artiste, son œuvre, et sa vie privée. Tout va ensemble. Je vais pas trop insister sur ce point parce qu'on en a déjà parlé en long et en large dans l'épisode 60. Je vous invite à le réécouter si vous voulez vous rafraîchir la mémoire. Mais surtout, dans le cas de la dernière cérémonie des César, cette distinction n'est pas très importante vu que Polanski a reçu le prix du meilleur réalisateur, pas du meilleur film. Donc c'est bien lui qui a été récompensé, pas son œuvre.

Mais pourquoi la France a-t-elle une telle fascination pour ses artistes ? Il faut savoir que depuis qu'elle ne fait plus partie du top 3 des puissances économiques, sa plus grande richesse, c'est son patrimoine culturel donc ses artistes. C'est pour ça qu'elle a cette forme de respect quasi sacré pour eux. Elle les met sur un piédestal. Alors forcément, quand Polanski, un des plus grands réalisateurs de sa génération, commet un crime, la France est plus clémente que si c'était vous ou moi qui l'avions fait. Dans le milieu du cinéma, on lui trouve volontiers des excuses. On dit que oui, il aimait les jeunes filles, mais que l'époque et le contexte étaient différents, que c'était le monde d'Hollywood dans les années 70.

D'ailleurs, il y a une autre affaire très médiatisée en France en ce moment qui fait écho à celle de Polanski, celle de l'écrivain Gabriel Matzneff.

Gabriel Matzneff, il est loin d'être aussi célèbre que Polanski. Si vous n'avez jamais entendu son nom, c'est normal. Moi non plus, je n'avais jamais entendu parler de lui avant cette affaire. C'est un auteur qui s'est fait connaître dans les années 60 en écrivant des livres dans lesquels il décrivait ses relations sexuelles avec des jeunes filles mineures, des adolescentes qui n'avaient parfois pas plus de 14 ans. Un peu comme dans Lolita de Vladimir Nabokov, sauf qu'il ne s'agit pas de fiction et que c'est beaucoup moins bien écrit. Mais grâce à sa personnalité mondaine, Gabriel Matzneff a réussi à se faire quelques amis influents et une petite place parmi les intellectuels de son époque.

Jusqu'à récemment, il était très apprécié dans le monde littéraire et politique. Et parmi ces gens, personne ne condamnait son comportement. Ils ne disaient pas «Gabriel Matzneff est un pédophile» mais «Gabriel Matzneff est un séducteur qui aime les jeunes filles», c'est un «professeur d'éducation sexuelle». Exactement comme avec Polanski.

On le voit très bien dans un extrait d'une émission de télé qui date de 1990, une émission littéraire où Gabriel Matzneff était invité pour faire la promotion de son dernier livre. Dans cet extrait, Gabriel Matzneff parle de sa préférence pour les jeunes filles sans aucun complexe, et ça amuse tout le monde sur le plateau. Il y a une seule invitée que ça choque et qui a le courage de prendre la parole, une journaliste québécoise qui s'appelle Denise Bombardier.

Bernard Pivot : Gabriel Matzneff, qui est en face de vous, s'il y a un véritable professeur d'éducation sexuelle, c'est quand même Gabriel Matzneff parce qu'il donne volontiers des cours et en payant de sa personne. […]

Denise Bombardier : Moi, je crois actuellement que je vis sur une autre planète. Moi, monsieur Matzneff me semble pitoyable. Ce que je ne comprends pas, c'est que dans ce pays (et je le comprends parce que la littérature a une sorte d'aura ici), c'est que dans ce pays, la «littérature» sert d'alibi à ce genre de confidence. Parce que, ce que nous raconte monsieur Matzneff dans un livre qui est très ennuyeux, parce que la répétition est extrêmement ennuyeuse, le livre finit par nous tomber des mains…

Gabriel Matzneff : Chère Madame, ne devenez pas agressive parce que devenir agressive, comme ça, dans une émission, ça ne sert strictement à rien.

Denise Bombardier : … monsieur Matzneff nous raconte qu'il sodomise des petites filles de 14 ans, 15 ans, que ces petites filles sont folles de lui. On sait bien que des petites filles peuvent être folles d'un monsieur qui a une certaine aura littéraire. D'ailleurs, on sait que les vieux messieurs, attirent les petits enfants avec des bonbons. Monsieur Matzneff, lui, les attire avec sa réputation.

Comme vous l'avez entendu dans cet extrait, cette journaliste canadienne dit qu'elle a l'impression de vivre «sur une autre planète». Il faut croire qu'à cette époque-là, au début des années 1990, le Canada était en avance sur la France sur ces questions-là. Parce que, comme elle le dit, en France, la littérature a une certaine aura, un certain prestige, qui permet aux auteurs d'écrire tout ce qu'ils veulent sans risquer d'être attaqués. Mais ce que Gabriel Matzneff décrivait dans ses livres, c'était ni plus ni moins que des actes pédophiles.

Si vous voulez voir cet extrait assez surréaliste et la réaction de Gabriel Matzneff face à cette journaliste, je vais mettre le lien dans la description de l'épisode. Vous allez voir qu'il ne s'attendait pas du tout à cette critique et qu'il n'avait pas l'habitude qu'on lui dise ses quatre vérités. Ça, c'est une bonne expression : «dire ses quatre vérités à quelqu'un». Ça signifie tout simplement qu'on dit à cette personne tout ce qu'on pense d'elle, même si ce sont des choses qui ne vont pas lui faire plaisir. Dire ses quatre vérités à quelqu'un.

Bref, l'année dernière, une des victimes de Gabriel Matzneff a publié un livre dans lequel elle raconte sa relation avec lui alors qu'elle avait seulement 14 ans. Et là, l'attitude vis-à-vis de l'auteur a radicalement changé. Une enquête a été ouverte contre lui ainsi qu'un procès pour «apologie de la pédophilie». Plusieurs maisons d'édition ont immédiatement annoncé qu'elles arrêteraient de publier ses œuvres.

Ce qui est bizarre, c'est que ce livre ne nous a rien appris de nouveau sur Matzneff. Il ne s'en cachait pas, au contraire !Ça faisait déjà plus de 50 ans qu'il racontait ses aventures dans ses livres. Oui, mais le contexte a changé. Depuis le mouvement #metoo, les mœurs ont évolué. Des actes ou des comportements qui étaient tolérés dans certains milieux, sur lesquels on fermait les yeux, sont à présent condamnés. Aujourd'hui, même si vous êtes un grand artiste, vous n'êtes plus protégé par votre aura. Au contraire même, si vous êtes sous le feu des projecteurs, il y a plus de chance que les médias s'intéressent à vos affaires.

C'est le cas avec Polanski. Il ne bénéficie plus de la même clémence qu'avant. Par exemple, il y a trois ans, en 2017, l'Académie des César voulait qu'il préside la cérémonie. Mais ce choix a provoqué un tollé. «Un tollé», c'est un grand mouvement de protestation et d'indignation. Il arrive qu'une décision politique «provoque un tollé», autrement dit qu'elle soit très critiquée. Donc suite à ce choix de l'Académie des César, il y a eu un énorme tollé, notamment parmi les associations féministes. Face à cette indignation, Polanski a finalement décliné la proposition de l'Académie.Mais l'Académie n'a pas renoncé à son intention de l'honorer, bien au contraire. Car, comme je vous l'ai dit, cette année, en 2020, Polanski a reçu le César du meilleur réalisateur. Et, ironie de l'histoire, il a été récompensé pour un film sur l'affaire Dreyfus. L'affaire Dreyfus, c'était une terrible erreur judiciaire et un grand scandal politique. Donc on peut penser que Polanski n'a pas choisi ce sujet par hasard. Non pas parce qu'il a des origines juives lui aussi, mais parce qu'il se considère comme une victime du système judiciaire. Il a donc profité du film pour faire un parallèle avec son histoire personnelle. Un parallèle que beaucoup de personnes ont trouvé indécent.

Alors, en sachant tout ça, vous comprenez mieux pourquoi la décision de l'Académie des César a provoqué un tollé. Il y a même plusieurs actrices qui ont quitté la cérémonie au moment de cette annonce, notamment Adèle Haenel. Cette actrice, Adèle Haenel, elle a elle-même été harcelée sexuellement par un autre réalisateur, Christophe Ruggia, quand elle était adolescente. Après le mouvement #metoo, elle a pris la parole pour le dénoncer. Donc forcément, voir Polanski obtenir cette récompense, ça l'a indignée. Et son acte, sa décision de quitter la cérémonie des César, c'est devenu un véritable symbole, un symbole d'indignation face à Polanski et au monde du cinéma qui continue de protéger les agresseurs comme lui. D'ailleurs, Polanski avait dû sentir que quelque chose comme ça allait se passer car il a décidé de ne pas assister à la cérémonie.Donc vous voyez, les Français ne sont pas unanimes sur son cas. Il y a le camp de ses défenseurs, des grands noms du cinéma qui continuent de le soutenir publiquement, par exemple Catherine Deneuve, Fanny Ardent ou même Brigitte Bardot (donc oui, plutôt des actrices de l'ancienne génération). Mais aussi l'Académie des César qui lui remet la récompense du meilleur réalisateur (peut-être parce qu'il y a seulement 35% de femmes dans le jury).

D'ailleurs, j'ai trouvé une citation de Catherine Deneuve (oui, encore elle), une citation qui date de 2017 et qui illustre bien les arguments de ce camp. Je vais vous la lire, elle parle de Samantha Gailey :

«[…] c'est une jeune fille qui avait quand même été amenée chez Roman par sa mère, qui ne faisait pas son âge [«faire son âge», ça veut dire qu'on semble aussi vieux qu'on l'est en réalité]. Et puis on peut imaginer qu'une jeune femme de 13 ans puisse faire 15 ou 16 ans, il n'a pas demandé sa carte de visite. Il a toujours aimé les jeunes femmes… J'ai toujours trouvé que le mot de “viol” avait été excessif.»

Donc voilà, ça, c'est le genre d'arguments qui reviennent souvent du côté des défenseurs de Polanski. Ils mettent la responsabilité sur la victime et sa famille plutôt que sur le réalisateur.

En face, il y a le camp de ses détracteurs : des actrices, des associations féministes et une partie de l'opinion publique qui voudraient qu'il arrête sa carrière. Depuis quelques années, il y a systématiquement des associations féministes qui viennent manifester devant les cinémas quand il sort un nouveau film. D'ailleurs, même si son dernier film avait un gros budget et un casting de stars, il a eu un succès très modéré. C'est un peu comme ce qui se passe aux États-Unis avec Woody Allen.

Et la situation continue d'empirer pour Polanski, de se dégrader, parce que récemment, il est tombé sur un adversaire féroce : Virginie Despentes. Virginie Despentes, c'est une des écrivaines les plus vendues dans l'hexagone. Par exemple, elle a écrit une trilogie intitulée Vernon Subutex qui est vraiment géniale. Mais en plus d'être écrivaine, Virginie Despentes est aussi une auteure très engagée dans la cause féministe. Donc après cette cérémonie des César, elle a publié une tribune dans le journal Libération. «Une tribune», c'est un article écrit par un invité qui ne fait pas partie de la rédaction du journal. En général, ce sont des articles plutôt engagés dans lesquels l'auteur défend un certain point de vue. Et cette tribune de Virginie Despentes, elle a eu un fort écho dans le paysage médiatique, elle a été très commentée.Elle s'intitule : «Désormais, on se lève et on se barre». «Désormais», ça veut dire «à partir de maintenant», «maintenant et dans le futur». Le verbe «se lever», vous le connaissez, le matin, on se lève, on quitte son lit, mais on peut aussi se lever de sa chaise ou de son fauteuil. Et «se barrer», c'est un verbe familier qui signifie «partir». Donc bien sûr, ce titre, «Désormais, on se lève et on se barre», il fait référence à l'actrice Adèle Haenel qui s'est levée et qui a quitté la cérémonie des César. Dans sa tribune, Virginie Despentes appelle toutes les victimes à faire la même chose, à ne plus accepter docilement la situation, à montrer ouvertement leur désaccord.Mais ce qui est vraiment intéressant dans cette tribune, c'est que Virginie Despentes prend du recul pour analyser la société française dans son ensemble, pas juste l'affaire Polanski. Et pour elle, le vrai problème, ce sont les puissants, ceux qui sont au pouvoir, ceux qui ont réuni un budget de 25 millions d'euros pour permettre à Polanski de faire son film sur l'affaire Dreyfus, et qui l'ont récompensé avec le César du meilleur réalisateur. Selon elle, les César ont été l'occasion pour les puissants de montrer une fois de plus qu'ils font ce qu'ils veulent. S'ils veulent faire gagner Polanski malgré tous les scandals, en ignorant le mouvement #metoo et la colère des victimes, ils peuvent le faire. Et en plus, tout le monde est forcé d'applaudir.

Pour Virginie Despentes, c'est la même chose qu'avec les gilets jaunes. Les puissants ont utilisé la violence de la police et des médias pour mettre un terme à ce mouvement qui les dérangeait, tout en refusant d'écouter les problèmes de ces personnes. C'est la même chose avec le gouvernement qui fait passer des lois en force même quand l'opinion publique y est largement défavorable.Si vous voulez lire cette tribune en entier, je vais mettre le lien dans la description. Je préfère vous prévenir que Virginie Despentes a un style assez cru, assez direct, parfois vulgaire, donc si c'est le genre de choses qui vous choquent, il vaut mieux éviter de la lire.

Au final, ce que dit Virginie Despentes, c'est que toutes ces affaires, Polanski, les gilets jaunes, etc., ce sont toujours des enjeux de pouvoir : les puissants veulent affirmer leur domination totale sur le reste de la société. C'est une analyse qui peut sembler un peu caricaturale, exagérée, mais c'est un sentiment qui est de plus en plus partagé par une grande partie des Français.

C'est un sentiment d'injustice face à l'impunité des puissants qui payent moins d'impôts que les autres grâce à l'optimisation fiscale, qui se sentent au-dessus des lois, et qui reçoivent toutes les récompenses parce que les autres, ceux qui ne font pas partie de leur groupe, eh bien ils ne sont même pas nominés.

Et puis, il y a aussi un autre sentiment, celui de l'impuissance. «L'impuissance», vous avez compris, c'est le contraire de la puissance. Quand on a l'impression qu'on ne peut rien faire pour changer la situation. Certains Français ont ce sentiment d'impuissance face au pouvoir politique et économique. Ils ne trouvent pas de solution pour faire entendre leurs revendications, leurs demandes. C'est pour ces raisons que la tribune de Despentes a été tellement partagée sur les réseaux sociaux.

Voilà, j'ai essayé de vous donner une vision d'ensemble de cette polémique qui a pas mal agité la France ces dernières semaines, avant le coronavirus. Je sais pas si ce genre de sujets vous intéresse, peut-être que c'est trop spécifique. Si c'est le cas et que vous préférez des sujets plus généraux, qui ne concernent pas seulement la France, laissez un commentaire sur innerfrench.com pour me le dire. En tout cas, je sais qu'il y a au moins un auditeur qui apprécie ce type d'analyse, c'est Daniel.

Salut Hugo, je m'appelle Daniel, je suis brésilien et j'étudie le français depuis presque un an.

J'ai décidé d'étudier le français parce que la société française m'a toujours beaucoup intéressé. Donc j'ai fait un cours de 99 leçons qui m'a donné une bonne base pour continuer avec l'apprentissage du français.

Et ton podcast m'a beaucoup aidé depuis quelques mois. J'aime bien la façon dont tu essayes de nous offrir toujours un point de vue sociologique sur tous les sujets. Ça, sans doute, c'est une énorme qualité chez toi. Par exemple, l'épisode où tu as parlé du football en France, ça a été une assez belle analyse de la société française.

Tu es surtout un professeur qui réveille la curiosité de ses élèves. Et ça, c'est une chose que je respecte beaucoup. Donc je veux terminer ce message avec une demande : est-ce que tu peux faire un épisode sur l'actualité politique du Brésil ?

Merci beaucoup pour tout ce que tu as déjà fait et bon courage.Au revoir. Merci pour ton témoignage, Daniel ! Décidément, il y a beaucoup de Brésiliens parmi les auditeurs. Et je suis toujours aussi surpris de voir la vitesse à laquelle vous apprenez le français. On a l'impression que c'est un jeu d'enfants pour vous. Et Daniel, tu ne fais pas exception, ton français était déjà très bon après seulement une année d'apprentissage. Concernant ta demande, honnêtement je préfère me concentrer sur la France et le monde francophone parce que 1) j'aurais peur de dire des bêtises si je parlais d'autres pays, 2) je pense que c'est ce qui intéresse les personnes qui apprennent le français et 3) comme tous les Français, je suis un peu chauvin. Mais on verra, si j'épuise tous les sujets sur la France, peut-être que je passerai à d'autres pays ! Bref, j'espère que tu ne seras pas vexé Daniel et je te remercie encore une fois pour ton message.

Voilà, l'épisode touche à sa fin. Je vous rappelle que si vous voulez me soutenir, vous pouvez laisser une évaluation sur iTunes ou sur Facebook, ça m'aide énormément. Faites attention à vous et à vos proches pendant cette période difficile. Et on se retrouve dans quelques semaines pour un nouvel épisode. À bientôt !

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