#73 - L'art de vivre selon les Stoïciens (2)
Dans le stoïcisme, il y a un concept central qui est celui du détachement. Les Stoïciens disent qu'il faut distinguer d'un côté les choses qui dépendent de nous et sur lesquelles on doit concentrer nos efforts et de l'autre, les choses qui ne dépendent pas de nous. Et en fait, il est inutile, il est vain, d'essayer de lutter contre ces choses parce qu'on ne peut pas les changer. Épictète dit : « Il faut vouloir que les choses arrivent comme elles arrivent.».
Alors là, vous vous demandez peut-être à quoi ils font référence quand ils font cette distinction entre les choses que l'on contrôle et celles que l'on ne contrôle pas.
Les choses que l'on contrôle, ce sont par exemple nos pensées, notre jugement, notre attitude vis-à-vis des autres, notre comportement, nos actions, etc.
Au contraire, les choses que l'on ne contrôle pas, ce sont le passé (en fait, à quoi bon avoir des regrets ? A quoi ça sert d'avoir des regrets ? Parce que ce qui est fait est fait et on ne peut pas changer le passé), de la même manière, il est inutile de s'inquiéter par rapport au futur (on ne sait pas comment les choses vont se produire, comment les choses vont arriver et tant qu'elles ne sont pas arrivées, eh bah c'est Inutile de s'inquiéter). On n'a pas non plus de contrôle sur l'environnement dans lequel on est né. Par exemple, comme Épictète, on peut naître esclave (bon, à notre époque, c'est un peu plus rare, heureusement, de naître esclave). Mais on peut naître dans une famille très pauvre ou dans une famille très riche. On n'a aucun contrôle sur ça. On n'a pas non plus de contrôle sur le temps qu'il fait, sur l'attitude des autres à notre égard. C'est pour ça qu'il ne faut pas faire dépendre son bonheur des autres. Si on veut à tout prix être populaire, on risque de souffrir parce qu'on ne peut pas vraiment contrôler la façon dont les autres nous voient et quelle opinion ils ont de nous.
Ça, c'est vraiment la clé du bonheur, selon les Stoïciens : distinguer les choses que l'on contrôle et celles que l'on ne contrôle pas, et se concentrer sur les choses que l'on contrôle en se détachant du reste.
Alors, cette distinction, elle nous permet d'avoir un certain cadre pour prendre nos décisions. Mais les Stoïciens disent aussi qu'il est très important de mettre en pratique ces enseignements dans notre vie quotidienne et qu'il faut en permanence évaluer l'attitude qu'on a par rapport aux choses.
En fait ça, c'est une idée intéressante. Épictète dit : « ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les opinions qu'ils en ont.» Si on est triste ou si on est heureux, c'est pas forcément à cause des événements extérieurs, à cause de ce qui nous arrive, mais à cause de notre attitude par rapport à toutes ces choses. Les Stoïciens disent que notre souffrance existe seulement dans notre imagination, que l'homme est lui-même la cause principale de son malheur.
Par exemple, je suis sûr que certaines nuits, vous n'arrivez pas à trouver le sommeil. Peut-être que vous avez une réunion importante le lendemain, alors vous commencez à y penser. Et puis ça vous stresse, alors vous vous mettez à penser d'autres choses qui vous stressent. Vous voyez les heures qui passent. Il est 4h du matin, vous ne dormez toujours pas. Et le lendemain, quand vous vous réveillez, vous avez mal dormi, vous avez pas eu assez de sommeil. Donc vous allez passer une mauvaise journée, vous allez rater la réunion que vous aviez, etc. etc.
Et là, vous voyez que vous avez vous-mêmes créé votre malheur parce que vous auriez pu tout aussi bien ne pas penser à ces choses-là et dormir comme un bébé, être en forme pour votre réunion et tout se serait bien passé.
De la même manière, il y a des matins où on se lève, on est de très bonne humeur. On se dit qu'on va passer une bonne journée. Et effectivement, tout va bien. Et puis, le lendemain, rien n'a changé. Vous avez toujours la même vie, le même travail. Il fait le même temps dehors. Mais vous vous levez du pied gauche, vous êtes de mauvaise humeur. Et là, il y a de grandes chances que vous passiez une mauvaise journée. C'est en ça que les Stoïciens disent que notre malheur existe seulement dans notre imagination.
Et ils parlent aussi de la souffrance physique. Ils disent qu'on peut s'entraîner à résister à la souffrance physique. Évidemment, ça, c'est un peu plus compliqué.
Les Stoïciens conseillent de restreindre nos ambitions au sens où il ne faut pas trop en demander aux hommes. Il ne faut pas trop en attendre des hommes. Parce que, si l'on considère que les hommes sont bons, alors on sera forcément déçu et malheureux. Au contraire, si on considère que les hommes ont des défauts, alors là, on sera pas surpris, on sera pas attristé, quand on verra des exemples de ces défauts ou de ces imperfections.
D'ailleurs, Marc Aurèle encourageait à se préparer dès le matin aux mauvaises rencontres qu'on pourrait faire pendant la journée. Par exemple (bon, pas à son époque, mais plutôt maintenant), on peut penser au caissier malpoli qu'on va voir au supermarché, ou alors au collègue qui veut prendre notre place et qui est désagréable avec nous. Si, dès le matin, on pense à ces situations et qu'on s'y prépare. On ne sera pas surpris quand elles vont arriver et ce sera plus facile pour nous d'y être insensible et de ne pas se laisser influencer par elles.
Plus généralement, les Stoïciens disent qu'il faut se préparer mentalement aux difficultés en imaginant les pires scénarios possibles et en se demandant ce qu'on pourrait faire s'ils se produisaient. Par exemple, on peut imaginer qu'on va se faire licencier, qu'on va perdre notre travail. Et à ce moment-là, on se demande ce qu'on pourrait faire pour retrouver du travail rapidement, comment on pourrait réduire nos dépenses pour tenir plus longtemps sans emploi. On essaye de, peut-être, mettre à jour notre CV, de regarder dans nos contacts s'il y a des personnes qui peuvent nous aider, mais aussi de développer d'autres sources de revenus pour ne pas être complètement dépendant de son travail. Bref, imaginer ces scénarios, ça nous permet d'être mieux préparé et de mieux appréhender les difficultés quand elles se présentent.
L'exercice ultime pour ça, c'est quelque chose qui s'appelle le « memento mori ». Autrement dit, se rappeler qu'on va tous mourir un jour. Le but avec cet exercice, c'est pas de sombrer dans la tristesse et la dépression, mais au contraire d'essayer de vivre dans le présent, d'apprécier chaque moment comme un cadeau parce qu'on sait que tout peut s'arrêter demain. C'est pour ça qu'il ne faut pas se contenter de la médiocrité, de faire un travail qu'on déteste ou d'être fâché avec des personnes qu'on aime. Il faut vraiment essayer d'être la meilleure version de soi-même possible dès aujourd'hui, et ne pas tout repousser au lendemain. Quand on fait cet exercice, ça nous permet de savoir quelles sont nos priorités et de travailler dessus dès maintenant au lieu de procrastiner.
Bref, vous voyez que dans le stoïcisme, il y a plein de conseils très pratiques pour nous permettre de mieux vivre notre vie, de prendre du recul, de se poser les bonnes questions.
Et c'est d'ailleurs pour ça que le stoïcisme est un très bon sujet pour apprendre les langues étrangères. Parce qu'en général, ça concerne la vie quotidienne donc il y a du vocabulaire qui est vraiment utile au quotidien. D'ailleurs, moi, j'ai récemment fini un livre en polonais qui s'appelle Sztuka życia według stoików (autrement dit, l'art de vivre selon les Stoïciens). L'auteur, c'est Piotr Stankiewicz. Et j'ai trouvé que c'était vraiment un très bon livre parce que c'est un guide pratique avec plein de mots sur les émotions, par exemple, plein de verbes très utiles également, qui peuvent nous servir au quotidien.
Alors je vous déconseille de lire les classiques, de lire Marc Aurèle, Sénèque ou Épictète, parce que c'est une langue qui est un peu datée. Même dans les versions modernes, c'est pas du français vraiment quotidien. Et puis, il y a aussi du vocabulaire qui n'est pas toujours très utile parce qu'il parle de la vie quotidienne, mais dans la Rome antique, donc les conditions de vie étaient un peu différentes.
Non, je vous conseille plutôt de lire des livres des vulgarisateurs (donc des auteurs qui adaptent le stoïcisme au XXIème siècle). Malheureusement, à ma connaissance, il y a pas de bon vulgarisateur francophone du stoïcisme. Par contre, il y a cet auteur américain dont je vous ai parlé, Ryan Holiday, dont les livres sont traduits en français. Donc moi, je vous conseille de lire celui qui s'appelle L'obstacle est le chemin. J'ai un élève, d'ailleurs, qui le lit en ce moment et c'est lui qui m'en a parlé. J'ai trouvé que c'était une très bonne idée.
Et puis, vous pouvez aussi regarder des vidéos sur le stoïcisme sur YouTube. Par exemple, il y a un YouTubeur que j'adore, qui s'appelle Cyrus North, qui fait plein de petites vidéos sur la philosophie où il explique différents concepts. Et enfin, pour ceux d'entre vous qui ont un niveau vraiment avancé, je vous conseille le podcast de France Culture, qui s'appelle Les chemins de la philosophie. Je vais mettre tous les liens dans la description de l'épisode. Donc si vous avez pas bien entendu, vous pouvez aller sur mon site innerfrench.com et là, vous verrez les liens pour ces chaînes YouTube, ces podcasts, ce livre, etc. etc.
Maintenant, avant de se quitter, on va écouter un deuxième témoignage, celui d'Amy.
Bonjour Hugo,
Je m'appelle Amy. D'abord, je voudrais dire un immense merci pour tout ce que vous faites pour nous, les étudiants intermédiaires.
Je veux vous raconter un peu mon histoire. J'habite à Cape Town, en Afrique du Sud. Ma langue maternelle est l'anglais et ma deuxième langue est l'espagnol grâce à ma mère qui est argentine. Je sors depuis 8 ans avec un homme suisse, franco-suisse, et chaque année, nous allons passer quelques semaines avec sa famille à Genève (normalement, pendant les mois de juillet et août). Ce n'est pas facile de trouver la motivation d'apprendre le français parce que presque toutes les personnes que je connais à Genève parlent anglais. Mais dans la famille de mon copain, ils parlent surtout le français.
Pendant six ans, j'ai entendu beaucoup le français et comme je parle déjà espagnol, j'étais capable de comprendre un petit peu de la conversation. Mais comme je ne pratiquais pas régulièrement le français, c'était impossible de l'améliorer.
Début 2018, les deux parents de mon copain étaient un peu malades et j'ai décidé d'améliorer mon français pour être capable de communiquer avec eux en français. En mai 2018, j'ai commencé un cours de français, mais malheureusement, c'était un peu tard dans l'année et le cours était déjà avancé ([ils en avaient déjà fait] plus de la moitié). Mais j'ai essayé, même s'il ne restait pas beaucoup de temps. Bref, cet été-là, je n'arrivais pas à parler français. J'étais complètement bloquée. C'est comme tu dis : la langue est comme le marathon, pas un sprint. Comme tu peux imaginer, j'étais très démotivée.
J'ai découvert ton podcast au début de l'année et j'étais très contente de voir que je pouvais comprendre presque tout. Ça m'a donné la confiance nécessaire pour réessayer. J'espère que cet été, j'arriverai à parler un peu plus avec ma belle-famille.
Merci encore Hugo.
À bientôt.
Merci beaucoup, Amy, pour ton message. J'ai deux amis qui sont allés à Cape Town récemment. Ils m'ont montré leurs photos, j'ai trouvé ça magnifique. Je pense qu'il y a de très beaux paysages et une belle diversité. J'aimerais bien y aller un jour. Je suis vraiment content de savoir que mon podcast t'a remotivée après cette première expérience. Bon, pour être honnête, c'est souvent comme ça. Quand on apprend une langue, la première fois qu'on est confronté à la vie réelle avec des locuteurs natifs, ça peut nous sembler vraiment difficile parce que, dans les cours, les choses sont simplifiées donc voilà, on a l'impression de comprendre un peu. Mais comme tu le sais, c'est un marathon et ça demande des mois, voire des années, avant d'être vraiment capable d'utiliser la langue dans la vie réelle. Mais il ne faut pas se décourager. Il ne faut pas abandonner. Donc, je suis content que tu aies repris ton apprentissage.
Tu m'as envoyé ce témoignage il y a quelques mois donc, entre-temps, j'imagine que tu es allée voir ta belle-famille en Suisse. Je suis sûr que c'était plus facile que la première fois. Envoie-moi, un petit message pour me dire comment ça s'est passé. Je suis curieux de le savoir. Et merci encore d'avoir fait cet enregistrement pour moi.
Voilà, on va terminer cet épisode sur le stoïcisme. J'espère que ça vous a plu. Comme d'habitude, si vous voulez me soutenir, vous pouvez laisser une petite évaluation sur iTunes ou sur Facebook, ça me fera très plaisir. On se retrouve dans trois semaines ou un mois, je sais pas encore. Et en attendant, n'oubliez pas de faire un peu de français tous les jours.
Merci et à bientôt !