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InnerFrench - Vol. 1, #72 - Faut-il abolir l'héritage ? (2) – Text to read

InnerFrench - Vol. 1, #72 - Faut-il abolir l'héritage ? (2)

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#72 - Faut-il abolir l'héritage ? (2)

Déjà, la situation aujourd'hui n'est évidemment plus la même qu'au 19ème siècle. D'autres structures existent et le capitalisme ne repose plus vraiment sur ces grandes fortunes familiales. Par exemple, si on prend le classement des personnes les plus riches du monde, on trouve à sa tête Jeff Bezos. Jeff Bezos, c'est le patron d'Amazon et c'est quelqu'un qui a construit sa fortune lui-même, il ne l'a pas héritée. C'est la même chose pour Bill Gates et Warren Buffett. Eux, ils venaient de familles aisées. Ils ont grandi avec de bonnes conditions économiques. Mais ils ont quand même construit leur fortune monumentale grâce à leur travail et pas grâce à un héritage.

Ensuite, à cause du vieillissement de la population, les parents meurent quand on a en moyenne 60 ans. Et à 60 ans, on n'a plus les mêmes besoins. On n'a pas vraiment besoin d'argent. En général, on a déjà une bonne situation. Donc quand on reçoit un héritage à cet âge-là, on a plutôt tendance à garder l'argent, à le mettre de côté ou à le dépenser pour faire des voyages. Mais on ne va pas l'injecter dans l'économie du pays en investissant, en créant des entreprises etc.

Donc non seulement, la situation a changé, mais le principal problème avec l'héritage, c'est qu'il permet aux inégalités de s'accumuler d'une génération à l'autre. Et ça, c'est assez visible en France parce que si on prend le classement Forbes des dix plus grandes fortunes, eh bien six d'entre elles sont des fortunes qui ont été héritées alors que quatre seulement ont été obtenues par des entrepreneurs. Parmi les héritiers célèbres, on trouve par exemple Françoise Bettencourt-Meyers, qui est l'unique héritière de L'Oréal, elle est à la deuxième place des plus grandes fortunes françaises. Ou Serge Dassault qui est le fils de Marcel Dassault et qui a hérité de cette entreprise.

Mais bien sûr, ce phénomène n'est pas seulement visible chez les grandes fortunes. Il est aussi visible chez les familles moyennes. Par exemple, dans les années 70, la partie héritée du patrimoine des Français était d'un tiers. Autrement dit, un tiers des possessions, des biens, des appartements etc. d'un Français moyen provenait d'un héritage, et le reste avait été gagné grâce au travail. Aujourd'hui, cette part dépasse la moitié. Autrement dit, le patrimoine d'un Français vient pour plus de la moitié d'un héritage et il n'est pas le fruit du travail de cette personne. Ça, ça montre bien, cette évolution de la part du patrimoine hérité, ça montre que ces inégalités augmentent au fur et à mesure des années.

Au contraire, 50% des Français n'héritent de rien ou de presque rien. Et quand je dis « presque rien », ça veut dire entre 5 et 10 000€. Donc on a d'un côté, des Français qui ont un patrimoine de plus en plus important parce que les héritages transmis d'une génération à l'autre sont de plus en plus importants, et de l'autre côté, la moitié des Français qui n'héritent de rien, qui ne perçoivent aucun héritage, parce que leurs parents n'ont pas pu accumuler de richesse pendant leur vie.

Résultat, si on ne fait rien, ces inégalités vont continuer d'augmenter mécaniquement d'une génération à l'autre. Les plus pauvres seront de plus en plus désavantagés dans la compétition. Et, finalement, l'ascenseur social sera en panne. Ça, c'est une expression qu'on utilise assez souvent, « l'ascenseur social ». Un ascenseur, vous savez, c'est pour aller du rez-de-chaussée au premier, au deuxième, au troisième, au quatrième étage, pour monter dans un bâtiment. Et quand on dit « l'ascenseur social est en panne », ça signifie qu'il ne fonctionne pas. Autrement dit, c'est impossible pour quelqu'un qui vient d'une famille pauvre de monter dans la hiérarchie sociale.

Parce que si ces inégalités de patrimoine et d'héritage continuent d'augmenter, on va finir par revenir au système d'Ancien régime, un système où notre destin est entièrement déterminé par notre naissance. Si on a la chance de naître dans la famille royale, tout va bien se passer pour nous au cours de notre vie. Par contre, si on est parmi le tiers état, parmi les pauvres, eh bien on n'aura aucune chance de sortir de cette classe sociale.

En plus, quand on y regarde de plus près, on peut voir que l'héritage va à l'encontre du principe de méritocratie, autrement dit d'une société basée sur les mérites individuels. Par exemple, on trouve injuste le fait d'hériter des dettes de ses parents. On se dit que c'est pas de notre faute si nos parents ont pris de mauvaises décisions alors c'est pas à nous d'en payer les conséquences. Mais d'un autre côté, on trouve ça complètement normal d'hériter des richesses accumulées par nos parents alors que, de la même manière, on n'y a pas du tout participé. C'est pas nous qui avons travaillé pour accumuler ces richesses, mais on trouve normal le fait d'en hériter. Alors là, vous voyez que c'est un peu à géométrie variable.

Et puis l'héritage va contre l'égalité des chances. Déjà, on a beaucoup d'avantages quand on naît dans une famille riche parce que ça nous permet de bénéficier d'un important capital social et culturel. On accumule beaucoup de connaissances. Nos parents nous transmettent, par exemple, un goût pour la lecture. Ils nous encouragent à bien travailler à l'école etc. Pour essayer de limiter ces inégalités de capital culturel, on a inventé l'école publique. Bon, c'est pas une solution parfaite, mais elle a le mérite d'exister. Par contre, il y a pas beaucoup de mesures pour limiter les inégalités de capital économique, ces inégalités qui sont en grande partie liées à l'héritage.

C'est notamment pour ça que le milliardaire Warren Buffett a décidé de ne pas léguer l'intégralité de sa fortune à ses enfants. Il va leur en léguer seulement une petite partie parce qu'il a envie que ses enfants fassent des efforts, qu'ils travaillent pour devenir riches (en tout cas, s'ils veulent devenir riches). Et il a une analogie assez intéressante, il dit : « on ne va pas envoyer aux Jeux olympiques les enfants de ceux qui ont gagné la précédente édition des Jeux olympiques ». Autrement dit, c'est pas parce que nos parents ont réussi des exploits que nous, on va réussir à faire la même chose et qu'on devrait être récompensés de la même manière.

Alors tout ça, c'est bien joli mais vous pouvez vous demander : Ok Hugo, qu'est-ce que tu proposes ? Si l'héritage est quelque chose d'aussi négatif, s'il a tellement d'effets nocifs pour la société, qu'est ce qu'on doit faire ? Eh bien, on a de la chance parce qu'aujourd'hui, il existe de nombreuses propositions pour essayer de résoudre ce problème.

Il y a par exemple un économiste français très célèbre et très renommé, qui s'appelle Thomas Piketty, qui propose de taxer très fortement les successions pour permettre de créer un héritage pour tous. Autrement dit, on collecterait l'argent de l'héritage au niveau national et ensuite on pourrait le redistribuer. Dans la pratique, Piketty propose que l'Etat verse 120 000€ à chaque Français à ses 25 ans. Comme ça, avec ce capital, les personnes pourraient décider soit d'acheter un appartement, de financer des études plus longues ou alors de créer une entreprise.

En fait, chacun aurait le même héritage et pourrait décider d'en disposer de la façon qu'il le souhaite.

Ça, évidemment, ce serait une petite révolution. C'est un véritable choix de société. On choisirait de redistribuer les richesses d'une génération à l'autre, autrement dit, de commencer une nouvelle partie de Monopoly. Avec une telle mesure, la réussite dépendrait davantage du mérite personnel, autrement dit, du talent des joueurs, que simplement du fait d'être né dans la bonne famille.

Et puis, les études psychologiques montrent qu'on est moins jaloux de la réussite individuelle d'une personne que des inégalités de situation. C'est plus facile de respecter quelqu'un qui a réussi grâce à ses efforts, à son travail, à ses mérites, que quelqu'un qui a réussi simplement parce qu'il a hérité de la richesse de ses parents.

Et même avec ce type de mesure, il sera toujours possible d'amasser des richesses, de devenir riche. Mais ça se fera seulement sur une génération. Donc ça sera quelque chose d'un peu plus rare et les richesses récompenseront véritablement des personnes exceptionnelles ou alors des personnes très chanceuse qui auront gagné à la loterie.

Dans ce scénario, les parents auraient toujours la possibilité de transmettre un capital à leurs enfants mais ce serait pas un capital économique, ça serait un capital culturel. Ça, c'est assez intéressant parce que, pour transmettre ce capital, les parents devraient passer beaucoup de temps avec leurs enfants et leur donner une véritable éducation. Alors que pour transmettre un capital économique, il faut souvent passer énormément de temps à travailler. Et ça, ça coupe un peu les liens entre les parents et les enfants. Donc encore une fois, ce serait un changement assez radical dans le modèle de transmission de capital.Bien sûr, un tel changement, adopter une telle mesure comme la taxation à 100% de l'héritage, c'est pas quelque chose qu'on peut mettre en place du jour au lendemain. Ça implique un véritable changement de mentalité à l'échelle de la société. Et si on voulait le mettre en place, ça demanderait sûrement de le faire sur plusieurs générations. Bref, vous voyez qu'il y a plein de questions intéressantes autour du sujet de l'héritage. Évidemment, cet épisode avait pas vocation à couvrir entièrement le sujet. C'est impossible de le faire en 30 minutes. Et en plus, je suis pas du tout un expert sur la question. Si vous voulez en savoir plus, je vais mettre les liens vers les articles et les références que j'ai utilisés dans la description de l'épisode, comme d'habitude. Et ça, vous pouvez le retrouver sur mon site.

Avant de vous laisser, on va écouter un dernier témoignage, celui de Nancy.Bonjour Hugo, Je m'appelle Nancy et je suis Américaine. Je sais que vous avez reçu beaucoup de messages de jeunes gens qui ont étudié le français pendant peu de temps et qui, maintenant, parlent couramment. Mais moi, j'ai une autre histoire : celle de la persévérance.

J'ai plus de 60 ans maintenant et je viens de prendre ma retraite. J'avais besoin d'un nouveau défi donc j'ai décidé de rafraîchir mon français. Je l'ai étudié pendant de nombreuses années au lycée et à l'université. Mais dans les cours de français avec beaucoup d'étudiants, je ne parlais pas très souvent, ce n'était pas possible. Donc j'ai appris la grammaire etc etc.. Mais après, des années de français, je n'étais pas capable de tenir une conversation. Après mes études, c'était impossible d'entendre le français dans ma vie quotidienne et j'ai beaucoup oublié, presque tout.

Mais j'ai recommencé à étudier il y a quelques années avec l'aide d'Internet qui est vraiment un miracle pour les apprenants des langues étrangères. Au fur et à mesure, j'ai réussi à ressusciter mon français, beaucoup mieux que jamais. Et j'ai trouvé vos podcasts et vidéos il y a quelques mois et je les trouve vraiment excellents pour améliorer ma compréhension, la compétence la plus importante à mon avis.

Je veux dire que c'est tout à fait possible d'apprendre une langue étrangère, même si on n'est plus tout jeune. Et je veux encourager les autres apprenants de mon âge. Merci Hugo pour votre bon travail. Je vous souhaite beaucoup de succès dans le futur. Merci encore.

Merci beaucoup Nancy. J'adore ce genre de témoignage. Bravo pour ta persévérance ! C'est vrai que c'est quelque chose d'essentiel quand on apprend une langue. On a besoin d'être patient. Je vous le répète très souvent. Malgré ce que vous pouvez lire sur Internet ou quand vous entendez des personnes vous dire qu'elles ont appris le français en 3 mois ou en 6 mois, en général, apprendre une langue, ça demande du temps, de la patience et de la persévérance. C'est un long voyage et il ne faut pas abandonner. Et Nancy, tu peut être fière de toi parce que tu as ressuscité ton français, comme tu dis, et aujourd'hui tu parles très bien. C'est très agréable de t'entendre.

D'ailleurs, je suis d'accord avec toi : Internet est un vrai miracle pour les apprenants. Pour être honnête, je sais pas comment les gens faisaient pour apprendre les langues avant Internet. Il fallait être vraiment très motivé ! Mais aujourd'hui, ça devient de plus en plus facile grâce à tous les contenus qui sont accessibles.

Je termine en vous remerciant, comme d'habitude, pour tous vos messages, vos évaluations sur iTunes, vos recommandations sur Facebook, vos commentaires, vos emails. J'en reçois vraiment de plus en plus. Malheureusement, c'est physiquement impossible de répondre à tout le monde. Je fais de mon mieux et j'essaye de lire tout ce que vous m'envoyez. Sachez que ça me fait vraiment très plaisir et ça me motive à continuer de faire tous ces contenus pour vous.

Un grand merci et on se retrouve dans deux semaines pour un nouvel épisode. À bientôt, ciao !

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