#67 - La menace plastique (2)
Maintenant, on va essayer de comprendre pourquoi, concrètement, le plastique est si dangereux pour l'environnement et à fortiori pour nous, les humains.
Déjà, il faut savoir qu'entre 4 et 12 millions de tonnes de plastique se retrouvent dans l'océan chaque année. Aujourd'hui, les observateurs parlent de “continents de plastique”. Il y a de telles masses de déchets plastiques qui s'accumulent dans les océans qu'on peut avoir l'impression qu'il s'agit de petits continents. Par exemple dans le Pacifique, il y a une masse de plastiques qui flotte à la surface et qui s'est concentrée, et cette surface représente trois fois la taille de la France. Trois fois la taille de la France sous forme de déchets plastiques au milieu de l'océan Pacifique !
Alors, on peut se demander d'où viennent ces déchets. Évidemment, il y a les déchets des touristes à la plage. Donc c'est vrai que l'activité touristique est très polluante pour l'environnement. Également, les activités économiques dans les ports qui, elles aussi, produisent une quantité non négligeable de déchets. Il y a aussi parfois les catastrophes naturelles comme les tsunamis. Ou alors des bateaux commerciaux qui perdent leur cargaison, qui perdent les marchandises à cause d'un naufrage, par exemple, quand un bateau coule. Mais c'est surtout les déchets qu'on jette dans la nature qui se retrouvent dans l'océan.
Et puis, il y a une autre forme de pollution plastique qui est encore plus surprenante. En tout cas, moi, j'en étais pas du tout conscient. C'est la lessive. Vous savez qu'une partie de nos vêtements sont faits avec des micro fibres synthétiques. Et quand on lave ces vêtements, ces micro fibres passent dans l'eau de la lessive, dans les canalisations, dans les égouts, les rivières et elles arrivent évidemment dans les océans. Ça peut sembler un peu marginal mais ça représente l'équivalent de 50 milliards de bouteilles d'eau en plastique par an. Vous vous rendez compte ?! L'équivalent de 50 milliards de bouteilles d'eau en plastique qui sont rejetées dans les océans chaque année parce qu'on lave nos vêtements synthétiques ! Ça, c'est quelque chose d'assez énorme et d'assez visuel, à mon avis. En tout cas moi, ça m'a vraiment alerté sur tous ces risques qui concernent les micro fibres dans les vêtements.
Cette pollution plastique dans les océans, c'est bien évidemment un fléau pour la vie aquatique. Elle menace directement la vie de nombreuses espèces marines, des poissons, des crustacés etc.. Parce qu'au fur et à mesure des années, ces déchets plastiques sont cassés par les vagues, par l'océan, ils sont divisés et ils sont d'une taille de plus en plus petite. Ce qui fait qu'ils peuvent ressembler, pour certains poissons, à de la nourriture. Et les poissons mangent ces petits morceaux de plastique et s'empoisonnent à cause de ça.
Ce que certains scientifiques ont découvert il y a quelques années, c'est que ça ne menace pas seulement les poissons mais ça nous menace nous directement, les humains, parce que ces poissons qui mangent ces petits morceaux de plastique, ils sont parfois au début de la chaîne alimentaire. Ensuite, ils sont mangés par d'autres poissons plus gros et, à la fin de la chaîne alimentaire, il y a nous, les humains, qui mangeons ces poissons qui ont dans leur estomac des petits morceaux de plastique, ou en tout cas des microparticules de plastique. Donc ces poissons se retrouvent dans nos assiettes.
Enfin, pas pour tout le monde, pas pour les végétariens ni les végétaliens. Voilà, je fais encore un petit peu de pub pour le véganisme, comme d'habitude ! Mais, moi, je mange pas de poisson donc je suis pas directement concerné par ce danger.
Le problème, c'est qu'on ignore encore aujourd'hui les effets de cette consommation de plastique sur la santé. Il n'y a pas vraiment d'études pour analyser les effets à long terme de cette consommation de plastique. Je vous ai dit que les végétariens et végétaliens ne sont pas directement touchés par ça, mais même nous qui ne mangeons pas de poisson, on peut avoir une consommation de plastique parce que les aliments qu'on mange sont emballés dans du plastique. Donc on retrouve souvent des traces de ce plastique dans cette nourriture.
Heureusement, aujourd'hui, il y a de nombreuses organisations qui ont pris conscience de ce problème et qui essayent de le combattre même si, a priori, ça peut sembler impossible de nettoyer les océans. Les océans représentent des surfaces immenses et mouvantes, des surfaces qui bougent avec les différents courants. Je sais pas si vous avez déjà essayé d'attraper un petit objet qui flotte dans l'eau mais c'est quelque chose d'assez difficile à faire.
Et, parmi ces personnes qui essayent de lutter contre cette pollution plastique, il y a le Néerlandais Boyan Slat. Il est très jeune et quand il était encore au lycée, il est parti faire de la plongée en Grèce. Et là, il s'est rendu compte de l'ampleur de cette pollution plastique et il a décidé d'essayer de faire quelque chose pour changer ça. Donc un peu plus tard, il a lancé un projet qui s'appelle The Ocean Cleanup, quand il était encore au lycée. Et à travers ce projet, il a réussi à lever plusieurs millions d'euros (autrement dit, à collecter plusieurs millions d'euros) pour construire une machine qui serait capable de collecter ces déchets plastiques à la surface des océans.
Cette machine qu'il a imaginée avec son équipe, c'est en fait une espèce d'énorme barrière flottante en forme de U qu'on pose sur l'océan et qui permet de collecter ces déchets plastiques. C'est assez intelligent parce que, contrairement à toutes les autres machines qui avaient été imaginées jusque-là, ici, c'est pas quelque chose qui se déplace avec un moteur pour nettoyer les océans. C'est quelque chose qui flotte et qui, avec la force du vent et surtout des courants, peut collecter ces déchets.
Donc ça, je trouve que c'est un projet très inspirant. C'est une très belle initiative. Je vous invite à aller regarder les vidéos de Boyan Slat parce que, quand il parle de ce problème, on voit qu'il est vraiment passionné et qu'il a vraiment envie de changer quelque chose. Il a une énergie très communicative. On a vraiment envie de l'aider.
Malheureusement, tout le monde ne peut pas être comme Boyan Slat. Alors peut-être que vous vous demandez : qu'est ce que vous, vous pouvez faire à votre échelle pour inverser la tendance et pour combattre cette pollution plastique ?
D'abord, il y a tout ce qui concerne le tri sélectif et le recyclage. Le tri, ça vient du verbe “trier”, ça veut dire “séparer différentes choses pour les mettre dans différentes catégories”. Et quand on parle du “tri sélectif”, ça veut dire qu'on met les déchets dans différentes poubelles pour qu'ils puissent être recyclés : le plastique avec le plastique, le verre avec le verre, le carton avec le carton etc. etc.
Ça, c'est quelque chose qui est de plus en plus ancré dans les mentalités, quelque chose qui devient naturel parce qu'il y a eu beaucoup d'éducation sur ce sujet.
Et on voit qu'on a déjà fait du chemin (autrement dit, qu'on a déjà bien évolué, on a bien avancé sur cette question) parce que je me rappelle d'un épisode de la série Mad Men (si vous connaissez pas cette série, c'est une série qui se passe aux États-Unis dans les années 60) et à un moment, il y a une scène où une famille américaine typique, traditionnelle, fait un pique-nique. À la fin du pique-nique, le père prend la nappe sur laquelle étaient tous les emballages du pique-nique (les paquets de chips, les canettes de coca etc. ), le père prend la nappe et il jette tous les déchets dans l'herbe, là où la famille s'était installée. Et la famille s'en va comme ça, en laissant tous les déchets sur l'herbe.
Aujourd'hui, si on voyait une scène comme ça, je pense qu'on irait parler à la personne qui a fait ça pour lui dire de ramasser ses déchets et d'aller les mettre à la poubelle. Mais dans les années 60, c'était encore quelque chose de normal.
Le problème, c'est que ça, ce tri sélectif, ça peut pas complètement éradiquer la pollution parce que dans l'Union européenne par exemple, seulement 10% du plastique est recyclé. En France, parmi les 7 catégories de plastique qui existent, il y en a seulement 2 qui sont recyclées.
Donc vous voyez, ça, ça permet pas de résoudre tous les problèmes liés à la pollution plastique.
Ensuite il y a l'engagement citoyen. Donc comme Stephen, vous pouvez par exemple rejoindre une association, devenir bénévole, pour essayer de nettoyer les océans, nettoyer les forêts etc.
Une autre possibilité – ça, c'est un choix que font de plus en plus de citoyens européens, comme l'ont montré les dernières élections – c'est de voter pour les partis écologistes, les partis dont l'objectif principal est de protéger l'environnement.
Et puis, plus généralement, il faut essayer de faire pression sur les gouvernements. En France, depuis 2017, les sacs plastiques fins (donc les petits sacs plastiques qu'on utilise au supermarché pour mettre les fruits ou les légumes), ces sacs plastiques sont complètement interdits. Et maintenant, il y a une alternative dans les supermarchés, ce sont des sacs qui ressemblent à ces sacs plastiques fins mais qui sont compostables, qu'on peut composter.
Et puis, une autre avancée importante qui a eu lieu à la fin du mois de mars 2019, c'est l'adoption par le Parlement européen d'une loi pour interdire complètement les produits en plastique à usage unique à partir de 2021. Ces produits en plastique à usage unique, ça veut dire qu'on les utilise une seule fois. Par exemple les cotons-tiges (un coton-tige, c'est un petit bâton dont les extrémités sont recouvertes de coton qu'on utilise pour se nettoyer les oreilles) mais aussi les pailles (une paille, c'est un tube fin qu'on utilise pour boire quelque chose, si vous ne voulez pas que vos lèvres soient directement en contact avec le verre, vous pouvez utiliser une paille) mais aussi les touillettes à café (une touillette, c'est comme un petit bâton de plastique qu'on utilise pour touiller, pour remuer son café, pour le mélanger par exemple avec le sucre) puis également tous les couverts jetables : les fourchettes, les couteaux, les assiettes, toutes ces choses qui sont en plastique et qu'on utilise une fois pour manger et qu'ensuite on jette à la poubelle. Donc tous ces objets vont être interdits dans les pays membres de l'Union européenne à partir de 2021.
Il y a d'autres initiatives intéressantes. Par exemple, les lois sur la responsabilité élargie des producteurs. Autrement dit, certains Etats veulent forcer les producteurs à prendre en charge une partie du coût de collecte et de traitement des déchets. Comme ce sont ces entreprises qui fabriquent tous ces produits plastiques et qui choisissent d'utiliser du plastique, c'est normal qu'elles prennent en charge une partie de tout le processus de traitement des déchets, qu'elles contribuent à financer tout ça et que ce soient pas seulement les Etats qui s'occupent de ce problème.
Et pour finir, ce qu'on peut faire pour combattre cette pollution plastique, c'est bien évidemment de faire attention à notre consommation. Essayer de choisir des emballages qui sont plutôt en carton ou en verre, qui sont plus faciles à recycler que des emballages plastiques. Et ça, ça va permettre de faire pression sur les industriels, faire pression sur les entreprises pour qu'elles décident d'utiliser moins de plastique et de privilégier d'autres types d'emballages. Si les entreprises voient que les consommateurs préfèrent les emballages en verre ou en carton, eh bien elles vont pas s'acharner à utiliser du plastique, elles vont changer vers le carton ou le verre.
Et à terme, l'objectif le plus ambitieux peut-être, c'est de changer nos modes de consommation pour essayer de moins consommer. Vous vous rappelez peut-être de l'épisode que j'avais fait sur la décroissance. Il y a de plus en plus de personnes qui adhèrent à ce mouvement. Des personnes qui se disent qu'on n'est pas obligé d'acheter un nouveau portable chaque année, qu'on peut essayer de réparer les choses au lieu de les jeter et d'en acheter de nouvelles. Bref, sortir un peu de cette logique consumériste et faire attention aux choses qu'on achète. Acheter des choses de meilleure qualité mais en acheter moins souvent.
Il y a quelques jours, j'ai eu une discussion assez animée avec un de mes amis, et c'est en partie cette discussion qui m'a poussé à faire cet épisode. On se demandait si changer quelque chose à notre échelle, ça pouvait vraiment avoir un impact. Le point de vue de mon ami, c'était de dire : “bah, ça sert à rien tout ça, ça ne va rien changer. On peut pas avoir d'impact, nous, à notre niveau. Et le problème a une telle ampleur que finalement, on est condamnés. L'espèce humaine est condamnée. On court à notre perte et on ne peut rien y faire. Donc autant en profiter, autant consommer. Et c'est pas la peine de se prendre la tête avec ça. C'est pas la peine de se préoccuper avec ce genre de problèmes.”.
Évidemment, on peut penser que c'est une attitude un peu égoïste mais d'un certain point de vue, ça peut se justifier. Moi, je suis pas complètement d'accord avec ça. Je pense que c'est vrai que parfois, on peut avoir l'impression d'être impuissant. On peut se dire que tous ces petits efforts qu'on va faire nous, de notre côté, au final, ils ne vont avoir aucun impact. Mais si tout le monde essaye de changer ne serait-ce qu'une petite habitude, par exemple faire attention à sa consommation de plastique et privilégier les emballages en carton, si tout le monde commence à faire ça, ensuite les entreprises vont s'adapter à cette demande et finalement ça va créer un cercle vertueux. Vous savez, “un cercle vertueux”, c'est le contraire d'un cercle vicieux. Tous ces petits gestes vont avoir des conséquences positives qui vont en provoquer, à leur tour, de nouvelles etc etc.
Et puis, quand on voit des personnes comme ce Néerlandais; comme Boyan Slat, qui sont capables d'imaginer ce genre de projet et qui croient vraiment en la possibilité de nettoyer les océans, je pense que ça nous donne vraiment de l'énergie pour nous dire que si les humains ont été capables de créer un tel désordre, on doit aussi être capable de le réparer.
Pour finir sur une note positive, on va écouter un message qui nous vient du Nicaragua, d'un auditeur du podcast qui s'appelle Marcelo.Salut Hugo, Je m'appelle Marcello, j'ai 18 ans et j'habite au Nicaragua (c'est d'un pays qui est situé en Amérique centrale) et je veux te remercier pour ton podcast.
Maintenant, je parle bien l'espagnol, je parle bien l'anglais. Je suis en train d'apprendre le français et ton podcast m'a beaucoup aidé. C'est-à-dire que, dans mon processus d'apprentissage du français, ton podcast, je l'écoute tous les jours et tu m'as aidé à améliorer ma compréhension orale et aussi à apprendre du nouveau vocabulaire.
Maintenant, je suis en train de chercher un meilleur travail et je pense que le français me donnera beaucoup d'opportunités de le faire.
Quand j'étais petit, j'avais beaucoup de problèmes économiques. Et heureusement, j'ai surmonté ces obstacles quand j'ai appris à parler anglais. Et maintenant, j'espère trouver un meilleur travail avec le français. Et je peux dire que ça n'aurait été possible sans ton podcast.
Et voilà, c'est mon histoire. Peut-être qu'elle est trop brève mais c'est tout ce que je voulais dire. Merci beaucoup Hugo. Merci de m'aider à apprendre ma troisième langue.
Merci Marcello ! Ton message m'a fait très plaisir. C'est vrai que j'entends pas souvent ce genre d'histoires. Mais les langues peuvent aussi nous aider à améliorer notre situation économique. Tu nous dis qu'apprendre l'anglais t'a permis d'améliorer tes conditions de vie. Et maintenant, grâce au français, tu souhaites pouvoir trouver un meilleur travail. Moi, je suis vraiment flatté. Je suis vraiment touché que, grâce à ce podcast, en partie (parce que je suis sûr que tu utilises aussi plein d'autres ressources), mais en partie grâce à ce podcast, tu peux apprendre le français. Et ça, ça va te permettre de trouver un meilleur travail et d'améliorer tes conditions de vie.
Quand j'ai commencé innerFrench, j'avais pas du tout cette idée en tête. Je pensais pas pouvoir avoir ce genre d'impact sur la vie des gens. Mais je suis vraiment touché que tu m'aies envoyé ce message pour me dire ça. Et j'espère pouvoir continuer à t'aider le plus longtemps possible en publiant de nouveaux épisodes.
Justement, on va s'arrêter là mais il y aura un nouvel épisode, comme d'habitude, dans deux semaines. Et en attendant, n'oubliez pas de faire un peu de français tous les jours ! Bonne semaine, ciao !