#66 - Français ou européen ? (2)
En 1999, onze pays ont officiellement adopté une monnaie unique : l'euro. Et un peu plus tard, la Grèce a, elle aussi, rejoint cette nouvelle zone euro.
Alors moi, en 1999, j'avais 10 ans donc ça ne m'intéressait pas trop. Par contre, le 1er janvier 2002, c'est devenu très concret parce que, à cette date, la transition a été officielle en France et les premières pièces et les premiers billets en euros ont commencé à circuler. Donc moi, j'avais 13 ans à cette époque et j'ai reçu, je m'en rappelle très bien, j'ai reçu mes premiers euros en pièces et en billets. C'est mon grand père qui me les a offerts.
Donc à ce moment-là, je me suis rendu compte qu'il y avait quelque chose qui était en train de changer parce que, par exemple, sur ces pièces, on pouvait voir les symboles de différents pays de la zone euro, des autres pays européens. Donc je me rappelle que j'ai eu ce sentiment, pour la première fois, d'appartenir à une communauté qui dépassait les frontières de la France. C'est devenu quelque chose de très concret à mes yeux. Je me rappelle aussi que les prix ont changé dans les magasins. Donc on a arrêté d'afficher les prix en francs et on les a affichés en euros.
Au moment de cette transition, le taux de change, c'était 1 euro pour 6,6 francs. Pour acheter 1 euro, il fallait donner environ 6,6 francs. Vous imaginez bien que c'était pas facile de calculer tout ça. Donc une façon plus simple de le faire, je me rappelle, c'était de se dire que pour avoir 15 euros, il fallait donner 100 francs; que 100 francs équivalait à 15 euros.
Je garde d'assez bons souvenirs de cette époque. Il y avait des choses un peu bizarres. Par exemple pendant quelques mois, quand on payait dans un commerce avec des francs, les commerçants nous rendaient la monnaie en euros. Ah oui ça, “rendre la monnaie“, c'est par exemple quand quelque chose coûte 8 euros, vous donnez un billet de 10 euros et le commerçant vous rend 2 euros. Ça, ça s'appelle “rendre la monnaie”. Donc pour assurer cette transition, pour remplacer les francs par des euros, dans les commerces il a été possible pendant quelques semaines de payer en francs et en échange les commerçants nous rendaient la monnaie en euros.
Tout ça, pour moi, en tant qu'enfant, c'était assez cool. C'était nouveau, il y avait des choses qui changeaient. Donc à ce moment-là, je me suis rendu compte de la dimension économique de l'Union européenne. Je me suis rendu compte que l'Union européenne avait une véritable influence sur ma vie quotidienne en France.
Ensuite, quelques années plus tard, en 2005, quand j'étais au lycée, il y a un autre évènement qui m'a fait prendre conscience de l'importance de l'Union européenne. A cette époque, l'Union européenne voulait adopter une Constitution pour améliorer son fonctionnement parce qu'il y avait 25 Etats membres donc ça devenait difficile de gouverner avec les institutions qui étaient en place à l'époque. Donc pour faciliter tout ça, l'Union européenne a voulu se doter d'une Constitution. Pour la valider, chaque Etat membre devait accepter cette Constitution soit par vote parlementaire à l'Assemblée, soit par référendum. Et en France, le président de l'époque, Jacques Chirac, a choisi le référendum.
Tous les grands partis de l'époque (le Parti socialiste, l'UMP,) etc. ont appelé à voter “oui”. Ils ont fait campagne pour que les Français acceptent cette Constitution européenne. Moi, j'étais pas en âge de voter parce que j'avais seulement 15 ans. Mais avec ce que j'entendais aux informations et avec ce que j'avais appris pendant mes cours d'histoire, ça me semblait être plutôt une bonne idée d'adopter une Constitution européenne.
Par contre, j'avais un ami qui était plus âgé que moi (il avait deux ans de plus que moi) et cet ami, il était très engagé dans la campagne pour le “non”. Lui, il voulait absolument que la France refuse d'adopter cette nouvelle Constitution. Son principal argument, c'était de dire que cette Constitution avait une vision trop libérale de l'Union européenne. C'est vrai que, quand on regardait dans le texte, on voyait souvent apparaître les termes “marché libre”, “concurrence libre”. Et d'ailleurs, on parlait plus souvent de “consommateurs” que de “citoyens”. C'était clair, avec cette Constitution, que la priorité, c'était vraiment l'économie et la concurrence entre les pays, et pas forcément une véritable union politique avec des objectifs communs.
Moi, j'étais assez crédule. “Crédule”, ça veut dire qu'on croit facilement ce qu'on nous dit. Et j'ai fait confiance à mon ami parce que je trouvais qu'il avait des arguments vraiment convaincants. Donc si j'avais été en âge de voter, j'aurais certainement voté “non”. Mais heureusement, c'était pas le cas donc j'ai pas voté à ces élections.
Simplement, je me suis rendu compte à ce moment-là que l'Union européenne avait aussi une véritable dimension politique parce que ça impliquait que les citoyens votent et fassent des choix assez concrets quant à leur avenir. Plus tard, j'ai eu la chance de voter à deux élections européennes : j'ai voté en 2009 et en 2014 pour élire les membres du Parlement européen. Et ce weekend, je vais participer à ma troisième élection européenne.
Mais c'est un peu plus tard, à 19 ans, que je me suis rendu compte de tous les avantages de l'Union européenne. À 19 ans, j'ai fait mon premier voyage à l'étranger parce que je voulais améliorer mon anglais avec un ami. Au départ, on avait pour idée de partir à Londres mais quand on a regardé les prix de la vie sur place, on s'est dit que c'était peut être pas raisonnable. Donc on a cherché la deuxième ville la plus dynamique au Royaume-Uni après Londres et on a vu que c'était Glasgow. Donc c'est là qu'on a décidé de partir pour trois semaines.
Et une fois qu'on a pris cette décision, ça a été très facile à faire, notamment parce qu'on n'avait pas besoin de passeport grâce, justement, à cet espace Schengen dans lequel on peut voyager librement. Et puis parce que, depuis quelques années, il existait des compagnies aériennes low cost (donc oui, on utilise le terme anglais, on dit “low cost”). Et je me rappelle qu'on a acheté des billets chez Ryanair qui étaient vraiment pas chers parce qu'on a payé, il me semble, 60 euros pour l'aller-retour. Donc voilà, on a acheté tout ça sur internet, on a réservé une auberge de jeunesse et on est partis à Glasgow en été.
Ça a été une expérience géniale. On a rencontré beaucoup de personnes de pays différents. Ça m'a permis d'apprendre des mots d'anglais que j'avais jamais vus à l'école mais qui sont très utiles. Bref, ça a été un peu comme dans ce film, L'Auberge espagnole, ce film culte dont je vous ai déjà parlé parce que j'ai fait une vidéo sur ce sujet. C'était vraiment un mélange de cultures et ça a changé ma vision du monde. Ça m'a donné envie de voyager et de découvrir les autres pays de mes voisins européens.
Evidemment, ça aurait pu être le cas si j'avais voyagé dans un pays à l'extérieur de l'Union européenne. Simplement, en tant qu'étudiant, c'était plus facile pour moi de rester dans l'Union européenne parce que c'était moins cher, ça demandait pas de démarches administratives particulières.
Et ça, c'est une vraie chance, à mon avis, qu'ont les jeunes Européens. Il y a beaucoup de programmes et d'initiatives, notamment le programme Erasmus, qui permettent de faire ses études dans d'autres pays de l'Union européenne et de découvrir des cultures différentes. Ça, c'est vraiment génial et c'est une grande chance qu'on a en Europe à mon avis.
D'ailleurs, j'en ai profité parce que j'ai passé, pendant mes études, j'ai passé un an à Londres et là aussi, ça m'a permis de beaucoup apprendre. C'était pas dans le cadre du programme Erasmus mais c'était vraiment une expérience très enrichissante.
À ce moment-là, avec ce premier voyage et ensuite mes études à Londres, j'ai vraiment pris conscience de cette dimension sociale et culturelle de l'Union européenne, de notre histoire commune et de certaines valeurs qu'on partage.
Aujourd'hui, je dois dire que j'ai vraiment l'impression d'être un citoyen européen. J'ai visité plus de la moitié des pays de l'Union européenne, 14, et quand je vais dans ces pays, il n'y a pas de dépaysement comme quand j'étais aux États-Unis ou en Asie. Je trouve que toutes les villes européennes ont certains points communs, que ce soit au niveau architectural, au niveau de leur organisation, au niveau de l'urbanisme. Ce qui fait que quand je suis en Europe, je me sens toujours un peu chez moi. Alors certes, les langues sont différentes, mais c'est vrai que grâce à l'anglais, ça reste assez facile de communiquer et de vivre dans ces différents pays.
Comme vous le savez, aujourd'hui je vis en Pologne, ça va faire bientôt 5 ans que j'y habite, dans un autre pays de l'Union européenne. J'y ai créé une entreprise. Mes meilleurs amis sont dans trois pays différents : la France, l'Allemagne et la Pologne. Grâce à l'Union européenne, c'est très facile pour nous d'aller se voir, de passer du temps chez les uns et chez les autres. Bref, j'ai vraiment un attachement profond pour l'Union européenne et je me sens européen.
C'est pour ça que je suis assez triste, depuis quelques années, de voir cette division qui est en train de se dessiner en Europe avec les pro-européens d'un côté et les anti européens de l'autre. C'est ça qui explique en partie la décision du Brexit qui m'attriste beaucoup. Et puis aussi, la montée de certains partis populistes. D'un côté, je comprends que certaines personnes se sentent exclues de cette Union européenne, des personnes qui n'ont peut-être pas eu la chance de voyager dans ces autres pays, qui sont dans une situation économique précaire et qui ont l'impression que la concurrence des autres pays européens leur est défavorable.
Il y a aussi beaucoup de partis politiques qui agitent la menace de l'immigration, qui disent qu'avec l'Union européenne, c'est très facile pour les migrants d'autres pays d'entrer et de venir leur “voler” leur travail (“voler” entre guillemets).
Je comprends tous ces arguments mais je trouve que c'est dommage parce qu'à mes yeux, l'Union européenne a déjà fait ses preuves. Elle a déjà prouvé qu'elle était capable d'assurer la paix entre les pays membres de cette communauté et ça, quand on regarde l'histoire, c'était pas gagné.
Donc j'espère que cette tendance va s'inverser et que les citoyens européens vont continuer de soutenir la construction de l'Union européenne. Certes, il y a sûrement beaucoup de choses à changer, par exemple au niveau des décisions économiques, mais l'idée initiale, l'idée de construire une communauté qui permette d'assurer la paix, je pense qu'elle est toujours aussi vitale aujourd'hui.
Voilà, on verra ce weekend ce que les citoyens européens auront décidé. On verra les résultats des différentes élections. Je pense aller faire une petite vidéo à l'ambassade française à Varsovie parce que je vais aller voter là-bas et je vais essayer de faire quelques interviews des Français que je vais rencontrer. Je posterai la vidéo mardi prochain sur YouTube. Bon, je suis pas sûr d'en être capable mais je le dis publiquement pour m'engager à le faire comme ça, ça sera une source de motivation supplémentaire.
Avant de terminer cet épisode, je voulais vous rappeler que les inscriptions pour mon programme Build a Strong Core seront ouvertes la semaine prochaine, à partir de lundi prochain, vous pourrez rejoindre le programme. Ce programme, il est plus complet que le podcast parce qu'il y a une trentaine de leçons en vidéo qui sont très structurées avec de la grammaire, de la phonétique, des exercices pour s'entraîner. Et, à côté de ça, il y a également une communauté privée, comme l'Union européenne, avec les membres du programme, pour me poser vos questions directement et surtout pour se soutenir mutuellement, pour faire des progrès et aller au bout de ce programme.
Si ça vous intéresse, je vous encourage à visiter mon site pour voir tous les détails ou à m'envoyer un email si vous avez des questions. Sinon, bien entendu, vous pouvez continuer d'écouter le podcast et de lire les transcriptions gratuitement.
Pour terminer et pour respecter la parité, cette fois, on va écouter le témoignage d'une auditrice du podcast.Bonjour Hugo,. Je m'appelle Holly, je viens d'Angleterre et je suis en train de faire mes A-levels au lycée. En fait, j'ai commencé à apprendre le français quand j'avais environ 5 ans. Et bien que j'aie été élevée en Angleterre, j'ai aussi des membres de ma famille qui vivent au Luxembourg et à Genève, et qui parlent le français.
Je n'ai pas toujours été inspirée par la langue en fait. Au début de l'école secondaire, j'avais des notes très basses en français et je pense que si je n'avais pas eu l'obligation de continuer avec une langue pour mes GCSE (les GCSE, c'est l'équivalent du brevet en fait), je pense que j'aurais complètement arrêté d'apprendre le français.
Mais c'est grâce à ça que j'ai trouvé ma passion. J'ai travaillé dur et ça m'a donné la confiance de continuer avec le français au lycée. Cependant, j'ai redécouvert sa difficulté pendant ma première année au lycée. À la fin de l'année, mes résultats n'ont pas été assez bons pour poursuivre avec la deuxième année. Donc j'ai choisi de persévérer et de redoubler. Maintenant, je suis très proche de passer mes examens de A-level et j'ai postulé pour étudier le français à l'université en septembre.
L'été dernier, je suis allé à Montpellier et j'y ai passé trois semaines dans une école de langues pour améliorer mon français. C'était une expérience incroyable dans laquelle j'ai rencontré beaucoup de nouveaux amis qui venaient de beaucoup de pays différents comme l'Italie, la Suisse, l'Allemagne, les Etats-Unis etc. Et je suis restée en contact avec eux sur les réseaux sociaux. J'ai aussi une correspondante qui habite en Normandie et après avoir passé trois semaines à Montpellier, je lui ai rendu visite, à elle et sa famille.
Ce que je trouve malheureux, c'est que, en Angleterre, la popularité des langues, y compris du français, est en déclin. Je pense que c'est dû au fait que choisir une langue au niveau du GCSE, ce n'est plus obligatoire. Et les étudiants de 13 à 14 ans ne choisissent pas les langues parce qu'elles semblent difficiles. Et ça, je pense que ça décourage les étudiants en fait.
Je pense que c'est aussi parce que presque tout le monde peut parler en anglais et malheureusement, les Anglais ne pensent pas qu'il soit nécessaire d'apprendre d'autres langues. Mais je pense qu'il y a un besoin croissant de personnes bilingues dans le monde du travail. Et je crois qu'il faut rester unis, surtout avec la situation très précaire de l'Angleterre en ce moment.
Apprendre une langue n'est pas facile. Il faut être déterminé et persévérant. Bien sûr, on fait des erreurs mais c'est très naturel et ça va prendre du temps, surtout si on ne vit pas dans un pays francophone. Il est nécessaire d'être patient et de faire des progrès peu à peu. Mais le résultat est très gratifiant et en y réfléchissant, je suis très heureuse d'avoir trouvé ma passion pour les langues et je suis prête à faire encore plus de progrès.
Avant de finir cet enregistrement, je veux te remercier. J'écoute quotidiennement tes podcasts depuis plus d'un an quand je me maquille le matin. Tes podcasts n'ont pas seulement amélioré ma compréhension orale mais ils m'ont aussi aidé à prendre confiance en moi pour parler de sujets très intéressants et captivants.
Merci beaucoup, au revoir !Merci pour ton témoignage Holly ! Je trouve que toi aussi, tu as un très très bon niveau de français. À mon avis, tu vas avoir aucun problème pour réussir ton A-level. Et je vois aussi que tu es vraiment motivée et que tu a une bonne discipline, une bonne stratégie, parce que tu as noué des liens (autrement dit, tu as créé différents contacts) en te faisant des amis à l'école de langues de Montpellier, et également ta correspondante. Ça, je pense que c'est quelque chose d'essentiel quand on apprend une langue; d'avoir des liens avec cette langue et, en particulier, de connaître des gens qui la parlent et avec lesquels on peut communiquer régulièrement.
Je partage complètement ton avis sur l'apprentissage des langues. Il faut être patient et c'est vrai qu'ensuite, les résultats sont très gratifiants.
Merci encore une fois d'avoir pris le temps de faire cet enregistrement et merci, plus généralement, à tous les auditeurs et toutes les auditrices du podcast. Merci pour vos commentaires sur Facebook, sur iTunes. Je les lis tous et ça me fait énormément plaisir de voir comment ce podcast vous aide dans votre apprentissage du français. Continuez de m'écrire. Pour moi, c'est une grosse source de motivation.
On se retrouve dans deux semaines pour un nouvel épisode et en attendant, n'oubliez pas de faire un peu de français tous les jours. À bientôt, ciao !