#64 - Faut-il sauver Notre-Dame ? (2)
Mais quand la flèche centrale de la cathédrale s'est effondrée devant les caméras du monde entier, tout le monde a commencé à avoir très peur. Tout le monde a commencé à se dire que cet incendie allait peut être détruire complètement la cathédrale. Je suis sûr que vous avez vu ces images. La flèche centrale, vous savez, c'était cette grande tour qui était au centre, sur le toit de la cathédrale, qui à cause des flammes, à cause de l'incendie, s'est effondrée. À ce moment-là, en voyant la flèche enflammée tomber, s'effondrer, on peut dire que la cathédrale a été amputée d'un de ses symboles.
Et pendant les premières heures, les 400 pompiers qui étaient sur place pour essayer d'éteindre l'incendie disaient qu'ils étaient pas sûrs de pouvoir le maîtriser et de pouvoir sauver la cathédrale. Tout le monde a eu très peur. Mais vers 23h, on a reçu des nouvelles un peu plus rassurantes parce que les pompiers en chef des opérations ont dit que la structure et les deux tours, vous savez, les deux tours qui sont au niveau de la façade de la cathédrale, étaient hors de danger. Autrement dit, que l'incendie n'allait pas complètement détruire la cathédrale et que les pompiers allaient pouvoir sauver cette structure.
Malgré ça, ils ont dû combattre le feu pendant encore de longues heures. Et finalement, il a été complètement éteint seulement le lendemain, le jour suivant, à 10h du matin. Ça veut dire que le combat entre les pompiers et l'incendie a duré plus de 15 heures.
Après cette sidération et cette grande tristesse, la tristesse des Parisiens, des touristes et des personnes du monde entier qui ont vu ces images, est venu le temps des questions. On s'est demandé comment il était possible qu'un tel incendie ait lieu dans la cathédrale de Notre-Dame de Paris.
Pour le moment, on n'a pas encore déterminé quelle était la source de l'incendie. L'enquête est en cours. Autrement dit, les personnes qui font des recherches, la police, les enquêteurs, sont toujours en train de chercher des indices pour déterminer à cause de quoi cet incendie a commencé. Mais pour le moment, ils ont pas encore accès à l'ensemble de la cathédrale parce qu'elle est pas complètement sûre. Il y a des problèmes de sécurité pour ces enquêteurs. Donc les enquêteurs ne peuvent pas encore visiter librement la cathédrale, l'intérieur en tout cas, pour chercher des indices.
A priori, ce serait pas quelque chose de criminel, de volontaire. C'était vraiment un accident. Mais pour le moment, les enquêteurs, comme je vous l'ai dit, attendent d'avoir plus d'indices avant de formuler des hypothèses officielles.
Bien évidemment, avec cet incendie, les Français ont l'impression d'avoir perdu une partie de leur patrimoine. “Le patrimoine“, ça veut dire “l'ensemble des choses que vous possédez”. En général, quand on parle de son “patrimoine immobilier” par exemple, ça signifie les maisons et les appartements dont vous êtes le propriétaire. Et le patrimoine des Français, c'est l'ensemble des monuments et des lieux historiques. Évidemment, Notre-Dame fait partie des symboles du patrimoine français. Donc en la voyant brûler, beaucoup de Français ont eu l'impression de perdre une partie de leur trésor.
Notre-Dame, en plus d'être un monument très visité, c'est également l'héroïne de plusieurs œuvres artistiques. Par exemple, vous connaissez sûrement ce roman de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, dans lequel il y a les personnages célèbres de Quasimodo et Esmeralda. Bon, je pense que pour beaucoup de Français, notamment ceux de ma génération, on connaît surtout Notre-Dame de Paris à travers le film de Disney. Mais pour les gens un peu plus âgés, Notre-Dame, c'était l'héroïne du roman de Victor Hugo.
D'ailleurs, un des Français qui semble avoir été le plus affecté par cet événement, c'est le président Emmanuel Macron. Il est arrivé très vite sur place pour voir l'étendue des dégâts, pour voir ce qui se passait, pour soutenir les pompiers. Il a fait un petit discours sur le parvis de Notre-Dame. Et pendant ce discours, on a vu qu'il était extrêmement ému. Il avait du mal à cacher ses larmes. Les larmes, vous savez, c'est quand on pleure. Quand on pleure, on a des larmes qui coulent sur nos joues. Et le président, au moment de faire ce discours, il était au bord des larmes. Ça, c'est une expression, “être au bord des larmes“. Ça veut dire que vous êtes sur le point de pleurer, vous allez quasiment pleurer. Macron était au bord des larmes et, dans son discours, il a déclaré :.
“Et nous rebâtirons. Nous rebâtirons Notre-Dame.”
Pour faire ça, il a décidé d'organiser une grande collecte nationale, et même internationale, pour demander aux Français et à tous les admirateurs de la cathédrale de financer ces rénovations. Parce qu'il faut savoir que la cathédrale appartient à l'État français. Effectivement, c'est un édifice religieux mais depuis la loi de la séparation de l'église et de l'État, l'État est devenu le propriétaire d'une partie des églises et des cathédrales, dont Notre-Dame de Paris. Donc c'est lui qui est en charge d'assurer la rénovation.
Une communauté qui a été très touchée par cet incident, c'est bien évidemment la communauté catholique. Ils ont été très attristés de voir la cathédrale brûler. Mais moi, ce qui m'a un peu dérangé personnellement, c'est que dans les médias, on a entendu beaucoup de déclarations de différents prêtres qui ont un peu instrumentalisé cet incident en disant que les Français étaient tristes parce qu'ils se rappelaient de leurs racines chrétiennes, et qu'ils voyaient cet incident comme un symbole de la rupture entre les Français et Dieu. Autrement dit, le lien qui, pendant des siècles, avait uni les Français à Dieu, s'est rompu. Et cet incendie, c'était un peu le symbole de tout ça. Alors qu'évidemment, cet incendie, c'était purement et simplement un accident. Ça n'avait rien à voir avec la volonté divine ni avec les Français qui ne croient plus en Dieu ou qui ne sont pas pratiquants.
Moi personnellement, je suis pas croyant. Mais ma réaction, comme tout le monde, ça a été un certain choc en voyant ces images très impressionnantes de la cathédrale en flammes, ce symbole de Paris, ce bâtiment devant lequel je suis passé des centaines de fois. Evidemment, ça m'a fait un petit choc, ça m'a fait quelque chose.
Mais une fois qu'on a été sûr que personne n'avait été tué dans l'incendie, qu'il n'y avait pas eu de victimes, je me suis senti soulagé et j'ai même commencé à être un peu énervé. J'ai été un peu énervé face à la réaction des médias. Parce que vous savez que les médias ont des dispositifs spéciaux pour ce genre d'évènements. Par exemple, sur les chaînes d'information télévisées, ils mettent en place un dispositif spécial “live” avec un direct 24h sur 24. Mais ça, c'est quelque chose qui est rarement activé. Ça avait été activé par exemple pendant les attentats en 2015 chez Charlie Hebdo et ensuite au Bataclan.
Et là, pour moi, c'était un peu disproportionné. En fait, j'avais l'impression que les médias, eux aussi, utilisaient cet événement pour essayer de faire de l'audience, pour essayer de toucher un maximum de spectateurs. Certes, c'était un incident grave, un incident important, mais je trouve que la façon de traiter l'information de certains médias était franchement exagérée.
Et puis je me suis demandé pourquoi on était tellement choqués face à cet incendie alors que voir une forêt brûler, c'est quelque chose qui nous touche beaucoup moins. C'est un peu paradoxal parce qu'en réalité, les dégâts qu'on fait sur la nature, quand quelqu'un oublie d'éteindre sa cigarette et que ça fait brûler une forêt entière, c'est quelque chose qui est beaucoup plus grave que de détruire quelque chose qu'on a construit nous-mêmes. Je trouve que l'homme est franchement arrogant, qu'il a tendance à croire qu'il est le maître de l'univers alors qu'en réalité, c'est simplement une espèce animale parmi les autres.
Mais je m'éloigne un peu du sujet donc revenons-en à nos moutons.
La vraie polémique suscitée par l'incendie de Notre-Dame, c'est la réaction qu'ont eue les grandes fortunes et les grandes entreprises françaises. Par exemple, la famille Arnault (peut-être que vous connaissez Bernard Arnault, c'est l'homme le plus riche de France qui possède le groupe LVMH), la famille Arnault a promis de donner 200 millions d'euros pour rénover Notre-Dame. Il a été suivi par la famille Bettencourt qui, elle, possède une grande partie de L'Oréal. C'est la quatrième fortune de France. Cette famille aussi, la famille Bettencourt, a promis également 200 millions d'euros. Et puis, il y a d'autres familles qui ont fait la même chose, comme par exemple la famille Pinault qui ont promis 100 millions d'euros, les entreprises JC Decaux, les entreprises Bouygues qui font de l'immobilier, Disney, Axa (les assurances), l'entreprise Total etc..
Très rapidement, on a fait les calculs et on s'est rendu compte que grâce à ces familles et à ces entreprises, la France avait déjà récolté un milliard d'euros pour financer les rénovations. Donc a priori, c'est quelque chose de très positif. On pourrait se réjouir de la générosité de ces donateurs. Mais c'est pas exactement la réaction qu'ont eue les Français.
En réalité, ces dons ont provoqué une énorme polémique. En fait, certains ont commencé à dire que c'était très bien d'agir pour Notre-Dame, mais à ce moment-là, pourquoi ne rien faire pour les misérables ? Ça, c'est une référence à Victor Hugo. Comme je vous l'ai dit, Victor Hugo a écrit ce livre Notre-Dame de Paris. Mais il en a écrit un autre, qui est très connu, qui s'appelle Les Misérables. D'ailleurs, il y a eu une comédie musicale, je crois, un film qui a été fait. Je suis sûr que vous en avez peut-être déjà entendu parler. Les Misérables, ça parle de ces personnes très pauvres qui vivent en France et qui doivent lutter pour survivre.
Avec cette critique, les gens ont voulu dire qu'ils étaient choqués de voir la vitesse à laquelle ces familles et ces entreprises étaient capables de donner autant d'argent alors que, face à l'urgence sociale, elles ne faisaient rien. L'urgence sociale, c'est celle qui a été dénoncée par les gilets jaunes. Si vous avez écouté l'épisode, vous savez que ce mouvement des gilets jaunes, il a été provoqué en partie parce que certains Français ont l'impression de ne pas gagner assez d'argent pour pouvoir vivre dignement, pour pouvoir payer leurs factures etc. Et c'était assez choquant de réunir en une nuit un milliard d'euros pour rénover un monument alors que, pour aider les Français à sortir de la pauvreté, là, on trouvait beaucoup moins de volontaires.
Et puis, certains Français ont commencé à se poser des questions sur les véritables intentions de ces donations. Est-ce que c'était vraiment de la générosité ou est-ce que c'était peut-être l'occasion de faire une opération de communication ? Parce que c'est vrai que si c'était simplement de la générosité, peut-être que ces entreprises et ces familles auraient pu le faire de manière plus discrète. Or, dès le soir de l'incendie, les médias ont commencé à relayer très fortement ces informations, à en parler un peu partout. Donc on avait l'impression que c'était vraiment l'occasion pour ces familles et ces entreprises de se montrer sous leur meilleur jour.
Ça, cette expression, “se montrer sous son meilleur jour“, ça veut dire que vous essayez de donner la meilleure image de vous-même. Ces entreprises essayaient de se montrer sous leur meilleur jour en faisant des donations avec des montants énormes. Vous avez entendu, des centaines de millions d'euros. Donc pour elles, c'était vraiment l'occasion de montrer à tous les Français leur grande générosité.
Et à côté de ça, il y a eu une deuxième polémique sur ces dons qui concernait plutôt l'optimisation fiscale. Parce que quand les entreprises donnent de l'argent pour rénover des bâtiments ou pour acheter des œuvres d'art, elles peuvent bénéficier d'une défiscalisation de 60%. Autrement dit, sur ces donations, les entreprises ne payent pas d'impôts, elles ne payent pas de taxe.Donc certains Français ont commencé à se dire : “attends, si ces entreprises et ces familles font ces donations, ça va leur permettre de payer moins d'impôts”. Alors face à ces polémiques, certaines des grandes fortunes, notamment Arnault et Pinault, ont déclaré qu'ils allaient y renoncer, qu'ils n'allaient pas bénéficier de cette optimisation fiscale. Mais quand même. Les Français ont continué de se poser des questions sur les véritables intentions de ces grandes fortunes.
Surtout que ces familles et ces entreprises sont connues en France pour faire de l'optimisation fiscale et parfois de l'évasion fiscale. Par exemple, Bernard Arnault a une partie de ses actifs en Belgique (parce que là-bas, ça lui permet de payer moins d'impôts). Et puis, il possède également un yacht, un des yacht les plus chers du monde, sur lequel il fait de l'optimisation fiscale. Ça a été révélé dans un reportage récemment.
Et en plus de ça, il y a quelques années, il a fait construire à Paris la Fondation Louis Vuitton. C'est un très beau bâtiment dans lequel il y a des expositions d'art contemporain. Et en construisant ce bâtiment, comme c'est un bâtiment à vocation artistique, il a économisé 480 millions d'euros. Il a bénéficié de 480 millions d'euros d'exonération fiscale. Et ça veut dire que, de facto, ce sont les Français avec leurs impôts qui ont financé une partie de la construction de ce bâtiment. Parce que quand ces grandes fortunes ont des réductions d'impôts, eh bien pour compenser ça, c'est l'Etat qui doit payer. Et le budget de l'Etat, évidemment, il vient des Français qui payent leurs impôts.
Bref, personnellement je sais pas quelles étaient les intentions exactes de ces familles et de ces entreprises, en faisant ces dons. J'espère sincèrement que c'était par patriotisme et pour valoriser le patrimoine français. Mais j'ai l'impression qu'elles ont perdu pas mal de points dans l'opinion publique. En essayant de trop montrer leur générosité, elles ont obtenu le résultat contraire.
Le dernier point, pour terminer, c'est plutôt au niveau artistique. Il y a des personnes qui se demandent s'il faut véritablement reconstruire Notre-Dame. Et, si oui, faut-il la reconstruire à l'identique ? Parce qu'on reconstruit pas les ruines. Par exemple, on ne reconstruit pas l'Acropole d'Athènes ni les ruines des vieux châteaux. C'est un peu bizarre parce que, si on le fait c'est plus vraiment le bâtiment original. C'est quelque chose qui peut sembler artificiel.
D'un côté, on peut comprendre que les gens sont attachés à leur patrimoine et qu'ils ont pas envie de le perdre, de le voir partir en fumée. Mais de l'autre, on peut penser que c'est simplement le processus naturel de l'histoire, qu'il faut accepter ces évolutions, que rien n'est éternel et que, parfois, il faut tourner la page (ça veut dire qu'il faut passer à autre chose).
Justement, nous, on va tourner la page en terminant cet épisode sur Notre-Dame. Si vous voulez en savoir plus, comme d'habitude je vais mettre les liens de différents articles dans les sources de l'épisode. Donc vous pourrez les retrouver sur mon site. Mais avant de finir, on va écouter un deuxième témoignage, celui d'Anita.
Bonjour Hugo,Je m'appelle Anita, j'habite à Sydney en Australie. Je suis une fidèle auditrice de tes podcasts depuis l'année dernière et je les attends tous avec impatience ! Quand j'étais jeune, j'habitais en Angleterre. Et à cette époque, je prenais des cours de français à l'école ; mais cela dit, toute ma vie, je suis restée totalement amoureuse de la langue !
Donc, en 2015, j'ai décidé de reprendre mes études et depuis 4 ans, j'apprends à nouveau le français.Hugo, je fais bon usage de chacun de tes podcasts. Je les aime beaucoup. Je les utilise pour m'entraîner dans 3 domaines de compétences :la compréhension orale, la compréhension écrite et l'expression orale. Et voilà comment fonctionne ma routine… Premièrement, je lis attentivement les transcriptions et je note les nouveaux mots et expressions que je ne connais pas. Maintenant, heureusement, il y en a de moins en moins !Cela fait partie de la compréhension écrite. Deuxièmement, j'écoute le podcast; une fois sans lire la transcription et une fois en la lisant attentivement en recherchant les mots inconnus, la prononciation des mots et l'intonation des phrases. Cela fait partie de la compréhension orale.
Pour la troisième partie, je fais un enregistrement de ma voix en lisant la transcription à voix haute. Je trouve cela utile pour entraîner mes cordes vocales à bien produire le son des mots et le rythme des phrases. Et ça fait partie de l'expression orale.
En fin de compte, c'est une routine qui me convient et à ce rythme, j'espère améliorer mon niveau progressivement.
Alors, je te remercie beaucoup Hugo pour créer cette plateforme d'apprentissage pour nous, les intermédiaires. Nous apprenons beaucoup de chaque épisode et de chaque sujet que tu abordes.
Vivement le prochain !
Merci Anita pour ton message. Ça me fait plaisir de voir que tu mets les podcasts à bon escient. Autrement dit, que tu profites bien des podcasts, que tu les utilises au maximum. À la fois, comme tu l'a dit, pour améliorer ta compréhension orale, écrite, et ton expression orale. Je pense que peut-être, ça va inspirer d'autres auditeurs à faire la même chose.
Parfois, vous me demandez, justement, comment utiliser les podcasts de manière optimale. Et comme l'a dit Anita, je pense que ça dépend un peu de chacun. Je pense que l'important, c'est de trouver une routine qui vous convient à vous et d'essayer de la suivre, de la pratiquer le plus longtemps possible. Parce que c'est seulement comme ça, en faisant les choses de manière répétée, qu'on peut petit à petit faire des progrès.
Après, je pense quand même que c'est mieux de commencer par écouter le podcast sans la transcription pour vraiment vous concentrer sur la compréhension orale. L'écouter peut-être une ou deux fois et puis ensuite utiliser la transcription pour voir les mots que vous avez pas compris pour, comme le fait Anita, répéter certaines phrases, répéter certaines expressions. Mais voilà, si vous avez déjà une routine qui vous convient et que vous faites des progrès, ne la changez pas, continuez comme ça.
C'est tout pour cet épisode. Un grand merci de m'avoir écouté. Et on se retrouve dans deux semaines. En attendant, n'oubliez pas de faire un peu de français tous les jours. À bientôt !