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InnerFrench - Vol. 1, #50 - De quoi parler avec les Français ? (2)

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#50 - De quoi parler avec les Français ? (2)

Donc comme les habitants sont très pressés parce qu'ils vont au travail ou qu'ils vont faire les courses, qu'ils ont beaucoup de choses à faire, ils sont peut-être un peu stressés, souvent ils ne veulent pas commencer les conversations. On peut dire qu'ils sont assez fermés parce qu'ils en ont assez d'être sollicités en permanence. Et c'est vraiment difficile d'engager la conversation avec quelqu'un dans la rue.

Au contraire, moi quand j'étais à New York, j'étais assez surpris de me faire aborder régulièrement dans la rue. Quasiment à chaque fois que je sortais pour aller visiter quelque chose ou faire des courses, il y avait au moins une personne qui venait me parler. Et, en tant que Français, c'était quelque chose de très bizarre, j'étais pas du tout habitué à ça. Parce que c'est vrai que, quand quelqu'un vient nous parler dans la rue en France, c'est souvent pour nous demander quelque chose. Alors que, à New York, c'étaient simplement des personnes qui voulaient discuter pendant quelques minutes. Au final, j'ai trouvé que c'était quelque chose de vraiment sympa ! Mais au début, c'était assez surprenant.

Mais même dans les grandes villes, si on veut être poli, on essaye de dire “bonjour”, au moins aux personnes qu'on croise régulièrement, mais aussi aux commerçants (c'est-à-dire aux personnes qui ont des magasins), et puis à vos voisins, aux personnes qui habitent dans le même bâtiment que vous. Bref, si ce sont des personnes que vous avez l'habitude de voir régulièrement, c'est normal de leur dire “bonjour”. Mais par contre, on ne leur demande pas “comment ça va ?”. Cette question “ça va ?” ou “comment ça va ?”, on la réserve plutôt aux personnes qu'on connaît vraiment, que ce soit nos amis ou nos collègues au travail éventuellement, mais pas aux personnes que vous croisez dans la rue.

De la même manière, dans les transports, par exemple dans le train, le métro ou l'avion, là aussi, c'est assez rare d'engager la conversation avec les personnes qui sont assises à côté de nous. Je sais que pour les Américains, c'est quelque chose qui est assez normal mais pas pour les Français. J'ai parlé de ça avec une de mes élèves américaines qui m'a dit quelque chose de très intéressant. Elle m'a dit que pour les Américains, comme ils savent qu'ils ne vont jamais revoir la personne à côté de laquelle ils sont assis dans l'avion, c'est complètement normal de commencer à parler et même à raconter des choses assez personnelles parce qu'ils savent que ça n'aura pas de conséquences.

Au contraire, les Français ne vont pas commencer à raconter des choses personnelles à une personne qu'ils ne connaissent pas, même s'ils savent qu'ils ne vont jamais la revoir. Avant de parler de ces choses, ils ont besoin d'être en confiance, ils ont besoin de faire confiance à cette personne et ça, ça demande du temps. Donc ça ne veut pas dire que les Français sont froids ou distants. Ça veut simplement dire qu'ils construisent leur amitié d'une façon un peu différente et également qu'il y a des sujets qui sont considérés comme personnels pour les Français qui ne le sont pas dans d'autres cultures. Mais ça, on va en parler juste après.

Donc c'est vrai que si vous êtes comme Ahn et que vous habitez en France sans peut-être travailler ni faire d'études, ça peut être difficile d'avoir des situations dans lesquelles vous pouvez engager la conversation avec des Français. Les situations sont assez limitées. Parce que la majorité des gens ont déjà leurs amis, leur cercle, leurs proches et ils n'ont pas forcément le temps pour faire la rencontre de nouvelles personnes. Un conseil que je peux vous donner, c'est de chercher des activités dans lesquelles vous allez être en contact avec d'autres Français. Ça peut être par exemple du sport. Ça, c'est une très bonne façon de rencontrer des gens.

Bref, pour finir cette partie sur la situation, je veux vous dire que si vous voulez devenir amis avec des Français et être capables d'avoir des conversations plus profondes avec eux, eh bien il faut vous laisser du temps. Il ne faut pas être trop pressé. Les Français ont besoin de temps pour être sûrs qu'ils peuvent vraiment vous faire confiance. Mais ensuite, une fois que vous êtes amis, c'est une amitié qui va être très solide.

Pour finir, on va parler des différents sujets de conversation. D'après ce que j'ai pu observer quand je vivais à Londres ou quand j'ai voyagé à New York, j'ai l'impression que les Français font un peu moins de “small talk” (comme disent les anglophones). D'ailleurs, on n'a pas de bonne traduction pour ça en français. On dit “des conversations informelles”, “des petites conversations”, ou quand vous parlez de la météo, on dit “parler de la pluie et du beau temps“. Donc ça, c'est quelque chose que les Français font un peu moins, en général, sauf par exemple au travail. Si vous êtes au travail et que vous ne connaissez pas bien vos collègues, ça peut être assez normal de parler de votre weekend, de poser quelques questions quand vous êtes à la machine à café. Mais encore une fois, c'est pas quelque chose qu'on fait quand on est dans la rue ou quand on fait nos courses au supermarché.

Ensuite, concernant les sujets tabous, eh bien c'est un peu comme dans toutes les cultures, je dirais. Quand c'est la première fois que vous parlez à une personne, il y a des sujets qu'il faut éviter. Par exemple : la politique, la religion ou l'argent. Ça ne veut pas dire qu'on ne parle pas du tout de ces sujets en France, mais on en parle plutôt avec les personnes qu'on connaît bien, avec nos amis ou notre famille. Et je connais même des familles dans lesquelles on évite de parler de politique parce que ça provoque toujours beaucoup de disputes au repas.

D'ailleurs, c'est intéressant parce qu'il y a un cliché en France. On pense que l'une des premières questions que posent les Américains, c'est “how much do you make?” (combien d'argent tu gagnes ?). En France, on croit que pour les Américains, c'est complètement normal de poser cette question, que c'est une des premières questions qu'ils posent. Alors qu'en fait, beaucoup de mes élèves m'ont dit que c'était complètement faux, que cette question est indiscrète et assez malpolie aux Etats-Unis. Et évidemment, elle l'est aussi en France.

Ensuite, l'autre sujet qui peut être un peu sensible, c'est la famille. En fait, ça dépend complètement des personnes. En France, il faut éviter de poser des questions trop personnelles. Il faut attendre qu'elle vous dise, par exemple, “j'ai deux enfants” ou alors qu'elle vous parle de sa femme et de son mari. Si vous faites ça, c'est plus prudent que de poser vous même la question, que de demander si elle est mariée et si elle a des enfants. C'est assez rare quand on ne connaît pas bien la personne de montrer des photos de sa famille et d'entrer vraiment dans les détails. En général, pour les Français, la famille c'est quelque chose d'assez personnel et on n'en parle pas nécessairement avec des inconnus.

Maintenant imaginez que vous êtes à un dîner organisé par votre amie française, Caroline. Vous ne connaissez pas la personne qui est assise à côté de vous et vous cherchez un sujet pour entamer la conversation (ça veut dire pour “lancer” la conversation). Vous pouvez par exemple lui demander : “Et, vous vous connaissez d'où avec Caroline ?“. Comme ça, elle va vous raconter quelle est la nature de leur relation. Elle va peut-être vous raconter quelques histoires, si elles travaillent ensemble, comment elles se sont rencontrées, etc. Bref, ça donne l'occasion de parler de choses qui ne sont pas trop personnelles avec votre voisin ou votre voisine de table.

Ensuite, vous pouvez aussi interroger cette personne sur sa ville d'origine. Par exemple, si vous êtes à Paris, vous pouvez lui demander : “Et vous êtes de Paris ?” ou alors si vous tutoyez cette personne, si vous utilisez “tu”, vous pouvez lui demander : “Et tu es de Paris ?” (ça signifie “est-ce que tu viens de cette ville ?”). Si oui, ensuite vous pouvez l'interroger sur son arrondissement par exemple, dans quel quartier elle habite. Vous pouvez lui dire quels quartiers de Paris vous, vous préférez. Et si elle répond “Non”, eh bien ça permet de passer au sujet suivant qui est la ville d'origine de cette personne. Ensuite, vous pouvez parler des spécialités locales de cette ville. Vous pouvez lui dire si vous l'avez visitée ou non, si vous connaissez le nom etc. etc. Bref, ça c'est des sujets qui ne sont pas considérés comme trop personnels donc vous pouvez en parler sans danger.

Et en règle générale, le conseil que je veux vous donner, c'est d'être attentif aux réactions de votre interlocuteur. Si vous voyez que la personne donne des réponses qui sont assez brèves, assez courtes, peut-être qu'elle n'a pas envie de parler de ce sujet, ou peut-être qu'elle n'a pas envie de parler en règle générale, donc ça ne sert à rien d'insister. Il ne faut pas non plus poser trop de questions, sinon ça donne un peu l'impression de faire une interview et ce n'est pas quelque chose de très naturel. Et puis, essayez de ne pas surréagir, de ne pas dire : “Ah c'est génial ! C'est excellent !” à chaque réponse que vous donne cette personne parce que ce n'est pas quelque chose que les Français font et ils n'y sont pas vraiment habitués donc ils peuvent avoir l'impression que vous êtes un peu hypocrites (alors qu'en réalité, c'est simplement une différence culturelle).

Et puis pour finir, n'oubliez pas que, malgré la culture, chaque personne est différente. Il y a des personnes qui sont plutôt introverties, d'autres qui sont plutôt extraverties. Donc ça va dépendre vraiment de chaque situation et de chaque personne. Mais si vous êtes quelqu'un d'ouvert et que vous n'avez pas peur de parler aux autres, je suis sûr que vous allez rencontrer des Français avec lesquels vous pourrez avoir des conversations passionnantes.

Mes amis et moi, on est toujours très contents quand on rencontre des étrangers. On est curieux, on veut leur poser des questions. Donc en général, pour ces personnes, il n'y a pas beaucoup de choses à faire. La situation est assez facile. Mais encore une fois, ça dépend vraiment des gens. Moi, ce que je vous ai décrit aujourd'hui, c'est simplement, je dirais, l'attitude un peu générale des Français. Mais ça ne veut pas dire que tous les Français sont comme ça. Donc soyez ouverts d'esprit, allez vers les autres et soyez attentifs aux signaux qu'ils vous envoient, à leurs réactions, et je suis sûr que tout va très bien se passer pour vous !

Avant de terminer ce podcast, on va écouter un deuxième message comme je vous l'ai promis. C'est un message d'une Allemande qui s'appelle Magdalena.

Bonjour Hugo,.

Je suis Magdalena et je viens d'Allemagne, de Bavière. L'année dernière, j'ai fini l'école et je vais commencer mes études de traduction en français-allemand, portugais-allemand et arabe-allemand en octobre. J'écoute ton podcast depuis un peu moins d'un an et je profite enfin de cette occasion pour te remercier. Ton podcast est génial ! Il est bien compréhensible, pas trop long, et il parle toujours de sujets intéressants. J'adore écouter les histoires des autres auditeurs. Elles me motivent à continuer d'apprendre le français et elles montrent les dimensions énormes de ton aide. Bravo !

En ce moment, je me trouve au Québec, la province francophone du Canada. Moi, personnellement, j'adore l'accent québécois. Et je demandais si ça ne serait pas aussi un bon sujet pour un des tes podcasts : les accents français. J'adorerais également écouter un podcast sur les mouvements séparatistes en France, s'il y en a !Meilleures salutations du Québec,MagdalenaMerci beaucoup Magdalena pour ton message et bravo pour tes futures études ! Je ne savais pas qu'il était possible de faire des études de traduction dans trois langues simultanées (en français, en arabe et en portugais). C'est vraiment très impressionnant. Et je trouve que c'est une très bonne idée de faire un épisode sur les accents français ! Je vais essayer de trouver une façon assez interactive de le faire avec peut-être des extraits de différentes vidéos. Donc je vais avoir besoin d'un peu de temps pour le préparer.Et concernant le sujet sur les pays séparatistes, c'est intéressant que tu le mentionnes parce que c'est un sujet dont je parle dans le programme sur lequel je suis en train de travailler. Il y a une leçon sur les régions françaises qui aimeraient bien devenir indépendantes. Donc je vais pas faire de podcast sur ça. Mais si tu veux en savoir plus, quand le programme sera publié (normalement en octobre, si tout va bien) tu pourras voir cette leçon sur les mouvements séparatistes en France.Voilà, c'est tout pour aujourd'hui. On va s'arrêter là. Encore une fois, merci à tous de m'avoir écouté. Merci pour vos messages, vos enregistrements, pour les évaluations que vous me laissez sur iTunes et sur Facebook. Je trouve qu'on a vraiment une communauté géniale autour de ce podcast. Je suis très content de voir votre motivation et vos progrès. Je suis vraiment impressionné par tout ce que vous faites. Donc continuez vos efforts et n'oubliez pas de faire un peu de français tous les jours. À bientôt !

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