#50 - De quoi parler avec les Français ? (1)
Salut à tous et bienvenue pour ce 50ème épisode du podcast ! Eh oui, ça fait déjà 50 épisodes ! Le temps passe très vite ! Mais je suis toujours aussi content de vous retrouver, de passer un peu de temps avec vous. Et j'espère que vous, vous ne vous ennuyez pas d'entendre ma voix, que vous avez toujours envie de m'écouter et d'apprendre le français avec moi. A priori, les statistiques montrent que oui parce que vous êtes de plus en plus nombreux à écouter le podcast. Et je sais aussi que vous le partagez avec vos amis et avec votre famille. Donc un grand merci à vous ! C'est vraiment super de voir tous les progrès que vous faites, de recevoir vos messages chaque jour, vos messages d'encouragement et de remerciement. Donc voilà, moi je suis super motivé pour continuer et j'espère que bientôt, on arrivera au 100ème épisode tous ensemble !
Depuis la dernière fois, j'ai reçu beaucoup de messages. Vous m'avez envoyé vos enregistrements audio. Donc un grand merci à vous ! C'est super pour moi de pouvoir entendre vos voix et de vous entendre parler français. Ça me fait toujours très plaisir. À vrai dire, j'ai reçu tellement de messages que, aujourd'hui, on va en écouter deux parce que sinon toutes les personnes qui m'ont envoyé leur enregistrement vont devoir attendre très longtemps avant de l'entendre dans le podcast. Donc voilà, aujourd'hui on va en écouter 2 et dans le prochain épisode, a priori, on en écoutera également 2.
Le premier, pour commencer, c'est celui de Miłosz.
Bonsoir Hugo,.
Je m'appelle Miłosz et je vis au sud de la Pologne. Je t'envoie un message pour te remercier pour tes podcasts. Il y a un certain temps que j'ai trouvé tes enregistrements. Je ne suis pas sûr mais, on était l'hiver. Je dois te dire que tes matériaux sont extrêmement intéressants en comparaison du reste. J'ai commencé à apprendre le français en 2012. Mais au début, la prononciation me semblait un peu trop difficile. À cause de ça, j'ai décidé de la découvrir totalement devant moi. Après beaucoup de travail passé sur la lecture des règles phonétiques et sur les exercices oraux, j'ai rendu ma prononciation presque hyper correcte.
Et il y a un problème parce que j'ai du mal à m'exprimer oralement couramment. Je dois faire tous les accords dans ma tête, prendre soin des sons que je vois dans mon esprit, à la forme des lettres et construire une phrase avec un accent convenable. Tant d'opérations très compliquées. Alors je vais donner un avertissement léger mais important à tous les apprenants du français qui l'étudient eux-mêmes pour qu'ils ne remettent pas les exercices pratiques de conversation à plus tard. C'est un aspect puissant des langues que l'on ne peut pas omettre.
C'est la raison pour laquelle j'ai dû trouver un podcast de français, et c'est la manière dont je suis venu te dire un grand merci. J'espère que tes projets réussiront.
Bonne nuit,
Miłosz.
Dziękuję bardzo, Miłosz, merci beaucoup à toi ! Je suis très content d'avoir reçu un message d'un Polonais, et en plus je tiens à préciser que Miłosz n'est pas un de mes étudiants, on ne se connaît pas. Donc voilà, je vois qu'il y a aussi des auditeurs du podcast en Pologne.
Miłosz, je suis d'accord avec toi. Je pense que c'est très important, quand on apprend une langue, de commencer à parler le plus tôt possible. C'est un peu comme quand on apprend à faire du vélo. On peut pas apprendre à faire du vélo simplement en lisant des livres sur comment faire du vélo. Pour apprendre à faire du vélo, il faut tout simplement en faire ! Il faut monter sur le vélo et commencer à pédaler. Donc si votre objectif, quand vous apprenez une langue, c'est d'être capable de parler le plus tôt possible, vous devez essayer de le faire. Bon, j'imagine que si vous écoutez ce podcast, vous êtes déjà bien plus loin que le niveau débutant. Mais voilà, ça peut être un conseil si vous décidez d'apprendre une autre langue un peu plus tard.
Et puis, si c'est quelque chose qui vous fait toujours peur, si vous avez toujours peur de parler français, encore une fois je vous recommande vraiment de chercher un partenaire d'échange ou alors un prof particulier sur internet. Au début, forcément, ça va peut-être vous sembler difficile, ça va vous faire un peu peur, mais progressivement, au fur et à mesure, ça va devenir de plus en plus facile. Et puis, si vous êtes avec un prof particulier ou un partenaire d'échange, cette personne sait que vous êtes en train d'apprendre et que vous allez faire des erreurs. C'est complètement normal. Donc il n'y a pas de stress à avoir. Quand on apprend une nouvelle langue, c'est normal de faire des erreurs. On a besoin de temps et de pratique pour pouvoir progresser.
Maintenant, on va passer à notre sujet du jour. D'ailleurs, c'est un sujet qui m'a été suggéré par une autre auditrice du podcast qui s'appelle Ahn. Ahn est vietnamienne et elle vit à Lyon avec son mari et sa fille depuis quelques mois. Ah oui, d'ailleurs, j'en profite pour vous dire : quand on a une nationalité, on peut l'utiliser directement avec un article pour parler d'une personne. C'est-à-dire que, au lieu de dire “une femme vietnamienne”, on peut dire tout simplement “une Vietnamienne” en mettant une majuscule au début du mot. Donc “une Vietnamienne” avec un V majuscule. Je sais que pour les anglophones, c'est quelque chose qui n'est pas très naturel. Mais pour les francophones, c'est plus naturel de dire “une Vietnamienne” que de dire “une femme vietnamienne”. C'est pareil, vous pouvez dire “une Française”, “un Français”, “une Américaine”, “un Américain”, “un Australien”, “une Australienne”, etc. Voilà, c'est juste une petite précision. Et maintenant, je vais vous lire un passage de l'email qu'Ahn m'a envoyé.
Bonjour Hugo,.
Je me permets de vous écrire pour vous demander une faveur. Est-ce que vous pouvez faire un podcast pour expliquer comment faire la conversation à des Français ? Pour les gens qui arrivent en France, comme moi, c'est difficile de savoir quelles choses on peut demander et lesquelles sont interdites. Je voudrais savoir quelles questions je peux poser quand je rencontre une nouvelle personne et de quel sujet je peux parler.
Merci, Ahn, pour ta question. Je pense que c'est un sujet très intéressant et je vais essayer de le traiter aujourd'hui.
D'abord, on va voir pourquoi la conversation est considérée comme un art en France, pourquoi on parle de “l'art de la conversation”. Et puis ensuite, on verra plus concrètement quelles sont les situations dans lesquelles vous pouvez engager la conversation avec des Français. Et puis, je vous donnerai quelques exemples de questions que vous pouvez poser, si vous êtes par exemple à un dîner avec des Français, pour avoir une discussion intéressante.
Vous êtes prêts ? Alors, on commence !
Je sais pas si vous avez déjà entendu ce stéréotype, mais on dit parfois que les Français ont tendance à croire qu'ils ont tout inventé. Ils croient qu'ils ont inventé la démocratie, les droits de l'Homme, la mode, les parfums, etc. etc. Evidemment, c'est assez exagéré, mais si on continue dans cette caricature, on pourrait dire que les Français ont inventé la conversation.
En fait, aux XVIIème et XVIIIème siècles, il y a ce qu'on appelle “les salons”. Le salon, vous le savez, c'est une pièce de la maison qu'on utilise en général pour lire ou regarder la télévision. Évidemment, au XVIIème siècle, la télévision n'existait pas encore. Donc certaines aristocrates utilisaient cette pièce pour réunir des personnes très importantes; en général des artistes mais aussi des membres de la noblesse. Et ces réunions se faisaient de façon assez régulière. Pendant ces réunions, les gens discutaient de sujets comme la philosophie, l'art. Parmi les salons les plus célèbres, il y avait par exemple celui de madame Geoffrin et celui de Mademoiselle de Lespinasse.
D'ailleurs, au XVIIIème siècle, c'est dans les salons que les idées des philosophes des Lumières ont commencé à se diffuser, à se propager. On parlait un peu moins d'art et un peu plus de politique. Donc évidemment, dans ces salons, on trouvait beaucoup de personnes brillantes, de personnes très intelligentes, et le niveau des conversations était extrêmement élevé. Il fallait montrer aux autres invités qu'on avait le sens de l'humour, qu'on savait être ironique, parler rapidement, être impertinent et faire preuve d'une grande éloquence.
– Que sollicitez-vous à Versailles ?
– La charge d'assainir les marais de la Dombes, un paradis pour les moustiques. La vie d'un paysan n'y dépasse pas 35 ans.
– Pauvres gens. Comme un malheur ne vient jamais seul, leur simple évocation provoque l'ennui.
– C'est que voyez-vous, Monsieur, les paysans ne nourrissent pas seulement les moustiques, ils nourrissent aussi les aristocrates.
Il est moins sot qu'il en a l'air.
C'est toute la différence entre nous, Monsieur.
Source : Ridicule, de Patrice Lecomte
Finalement, la conversation dans ces salons, c'était plutôt un jeu. Il fallait obtenir l'admiration du public. Il fallait provoquer et tout faire pour ne pas être ennuyeux. Surtout, il était essentiel d'avoir une opinion sur tout et de ne jamais dire “je ne sais pas”.
Ça, c'est quelque chose qu'on trouve toujours en France aujourd'hui. En France, on a peur de dire “je ne sais pas”. Quand on parle d'un film ou d'une série ou de n'importe quoi, il est très important d'avoir une opinion. Et quand justement, on n'a pas vu le film en question ni la série, la façon la plus simple de se tirer de cette situation, c'est simplement de le dénigrer, de dire que ce film est nul ou alors que vous détestez ce réalisateur. Si vous faites ça, c'est un moyen pour vous de sauver la face. “Sauver la face”, c'est une expression pour dire qu'on garde notre image vis à vis des autres.
Et l'autre héritage qui nous vient de ces salons, c'est que, dans une conversation, les Français ne cherchent pas le compromis. Ils cherchent à avoir raison. C'est ça, pour eux, qui est le plus important : montrer aux autres qu'on a raison. Je sais qu'au contraire, dans certaines cultures, chez les Américains, chez les Canadiens et chez les Britanniques également, la conversation, c'est l'occasion de trouver des points communs, de faire des compromis pour passer un moment agréable. C'est pour ça que ça peut sembler bizarre aux étrangers et un peu malpoli quand le débat commence à être un peu animé. Mais il faut savoir que pour les Français, c'est quelque chose de parfaitement normal. Les Français adorent débattre, échanger des idées et essayer de convaincre les autres. Pour les Français, c'est simplement une forme de jeu, d'échange et de socialisation.
Evidemment, il ne faut pas imaginer que toutes les conversations entre Français traitent d'art, de philosophie et de sujets très sérieux, et qu'il faut d'être un intellectuel pour pouvoir y participer. Dans la vie quotidienne, les Français ont différents types de conversation et celles que j'ai mentionné jusqu'ici, ce sont plutôt les conversations qu'on a avec des amis à un dîner après quelques verres de vin parce que, voilà, comme je vous l'ai dit, ça fait partie d'une forme de jeu et de rituel, auxquels les Français aiment se livrer.
Au contraire, dans la vie quotidienne, les Français n'ont pas toujours envie de se lancer dans des longues conversations philosophiques. Par exemple dans les grandes villes, il faut savoir que les habitants sont très sollicités. Il y a par exemple des touristes qui viennent demander leur chemin ou alors des personnes qui ont besoin d'argent ou d'un service.