#38 - L'immigration en France (2)
Mais une fois arrivées en France, les conditions de vie de ces familles sont difficiles. Elles doivent vivre dans les cités. Les cités, ce sont des quartiers créés en périphérie des grandes villes pour les travailleurs pauvres comme les ouvriers. Les familles vivent dans des petits appartements sans confort. Il n'y a pas vraiment de commerces pour faire ses courses ni d'activités pour les loisirs. Ces quartiers sont isolés du reste de la ville et ils deviennent des sortes de ghettos.
En plus des Maghrébins, à partir des années 70 on voit aussi arriver des immigrés d'Afrique Subsaharienne, autrement dit les pays qui sont au sud du Sahara et qui étaient sous domination française : le Sénégal, le Mali, la République du Congo et le Cameroun. Mais leur immigration est moins massive que celle des Maghrébins.
Et puis après la guerre du Vietnam, qui était une ancienne colonie française sous l'Indochine, beaucoup de Vietnamiens quittent leur pays pour fuir le communisme et ils s'installent en France.
Donc voilà, vous avez compris que l'Etat français a fait venir beaucoup d'immigrés, soit pour participer aux guerres, pour reconstruire le pays ou pour travailler dans les usines. Pas vraiment une partie de plaisir si vous voulez mon avis ! Mais tout s'arrête au moment de la crise économique avec le choc pétrolier de 1974. Là, les frontières se ferment et des tensions apparaissent dans la société. On commence à se poser la question de l'intégration de tous ces immigrés. C'est ce qu'on va voir dans la 2ème partie.
Depuis les années 80, la question de l'intégration des immigrés est très présente dans les débats politiques. Certains partis, comme le Front National, le parti d'extrême droite dirigé par Marine Le Pen, utilisent cette question pour diviser les Français et convaincre des électeurs de voter pour eux. Ils affirment que les immigrés sont responsables de tous les problèmes : du chômage, de la dette nationale, des attaques terroristes, etc. En fait, ils font des immigrés des « boucs émissaires ». Ah ça c'est une expression que j'aime beaucoup utiliser car ça donne l'impression que je suis intelligent ! « Un bouc émissaire », c'est une personne ou un groupe de personnes qu'on accuse d'une faute alors qu'elle est innocente. Certains politiciens disent que les immigrés sont responsables du chômage parce que, apparemment, ils « voleraient » le travail des autres. Mais en réalité, il n'existe aucune étude qui montre un lien entre immigration et chômage. Au contraire, l'immigration a toujours un impact positif sur l'économie.
Mais parfois, il y a des évènements qui montrent que le modèle d'intégration des immigrés en France ne fonctionne pas. Par exemple en 2005, il y a eu dans les cités ce qu'on appelle des émeutes. Je vous ai déjà parlé de ces cités plus tôt. Vous savez que ce sont surtout des personnes issues de l'immigration qui y vivent et que les conditions de vie sont difficiles. Il y a souvent des incidents entre la police et les jeunes de ces quartiers. Donc en 2005, deux jeunes sont morts parce qu'ils voulaient échapper à un contrôle de police dans la cité de Clichy-sous-Bois à côté de Paris. Les autres jeunes de cette cité ont commencé à se battre avec la police et les combats sont devenus de plus en plus violents. Bientôt, des jeunes d'autres cités se sont mis à faire la même chose et à incendier des voitures et des lieux qui représentaient l'Etat français comme des écoles et des bibliothèques. Ces combats entre les jeunes de cité et les forces de police ont duré 3 semaines. On n'avait pas vu de telles violences urbaines en France depuis les manifestations de mai 1968.
Plus récemment, on a aussi vu la situation dramatique dans les cités avec les attentats, les attaques terroristes. Bon c'est un sujet assez compliqué et les sociologues ne sont pas tous d'accord sur la façon d'analyser ça. Mais la plupart des auteurs des attentats de Paris en 2015 venaient des cités. Certains jeunes qui se sentent rejetés par la société française se tournent parfois vers l'Islam et se radicalisent. Évidemment, ce sont des cas assez rares, mais les cités et les prisons sont des endroits parfaits pour propager ce genre de messages radicaux.
En tout cas, ces événements ont attiré l'attention du grand public sur la situation dans les cités. Souvent, les jeunes n'ont pas d'opportunité de s'en sortir, de réussir leur vie. Les écoles dans ces quartiers sont très mauvaises, il y a beaucoup de délinquance et de chômage. Si on caricature un peu, les seules options qu'ont ces jeunes pour réussir c'est de devenir footballeur ou rappeur… Évidemment, ces conditions créent un sentiment d'injustice et de frustration. Ces jeunes ont l'impression d'être rejetés par la société et victimisés par la police. D'ailleurs il y a un très bon film sur ce sujet qui date de 1995 et qui s'appelle « La Haine » avec l'acteur Vincent Cassel. Ça vous donne une image assez fidèle de la vie des jeunes de cité. Je vous propose d'en écouter un petit extrait :
« C'est l'histoire d'un homme
qui tombe d'un immeuble de 50 étages.
Au fur et à mesure de sa chute,
pour se rassurer, il se répète :
“Jusqu'ici, tout va bien.”
“Jusqu'ici, tout va bien.”
“Jusqu'ici, tout va bien.”
Mais l'important, c'est pas la chute.
C'est l'atterrissage… »
Vous voyez, l'attitude de cet homme qui se répète « jusqu'ici, tout va bien » alors qu'il est en train de tomber d'un immeuble de 50 étages, c'est un peu la même que celle de l'Etat français. Les politiciens savaient que la situation était de pire en pire dans les cités. Mais au lieu d'essayer de faire quelque chose pour changer ça, ils ont préféré ignorer le problème pendant toutes ces années. Et maintenant, la situation est tellement dramatique que personne ne sait comment la changer.
Justement, pourquoi l'intégration des immigrés et de leurs enfants n'a pas marché ? On dit qu'il existe deux modèles d'intégration : l'assimilation et le multiculturalisme. Dans le modèle multiculturaliste, l'Etat reconnaît les différences liées aux origines. On ne demande pas aux immigrés d'adopter complètement la culture du pays d'accueil. On les laisse vivre en communauté et garder leur culture et leurs traditions. C'est le modèle des Etats-Unis et du Royaume-Uni par exemple. Mais en France, on a choisi le modèle de l'assimilation. L'Etat exige que les immigrés deviennent complètement français, notamment qu'ils prennent la nationalité française.
Obtenir la nationalité française, c'est souvent une étape nécessaire pour pouvoir s'intégrer plus facilement, pour avoir les mêmes droits. Surtout pour les étrangers qui ne viennent pas d'un pays de l'Union européenne. Ça peut être compliqué pour eux de rester sur le territoire français, il faut un visa, une autorisation. Mais c'est faux de penser que devenir un citoyen français suffit pour s'intégrer à la société.
Ici, je vais vous parler de quelque chose qui est très paradoxal et problématique à mon avis. Dans la tradition républicaine française, il n'existe pas de différences entre les citoyens. Tous les Français sont égaux et ont les mêmes droits. On ne peut faire aucune distinction entre les Français, même quand ils ont des origines différentes. C'est pour ça par exemple que la notion de « race » n'existe pas dans le droit français.
Alors en théorie, c'est génial. Et ça peut sembler être une bonne idée pour éviter les discriminations liées aux origines. Mais ça ne correspond pas à la réalité multiculturelle de la France ! Si on décide d'ignorer ces différences, c'est difficile de montrer qu'il existe des inégalités, que tous les Français ne sont pas toujours traités de la même manière. On ne peut pas montrer qu'une personne avec un nom d'origine maghrébine a plus de mal à trouver du travail qu'une autre avec un nom qui sonne français, tout simplement parce que, aux yeux de l'Etat, ces deux personnes sont françaises et elles ont théoriquement les mêmes chances de réussir.
Si on ferme les yeux sur ces inégalités, si on refuse de les voir, les gens qui en sont victimes finissent par se sentir rejetés. Ils ont l'impression que leur pays d'adoption ne veut pas d'eux. C'est un sentiment terrible pour ceux qui ont le choix de venir vivre en France, mais c'est peut-être encore plus dur pour leurs enfants parce qu'ils n'ont pas choisi de vivre en France. Ils vont à l'école avec les autres, ils apprennent le français et l'histoire de France, mais ensuite ils ne trouvent pas de travail parce qu'ils s'appellent Mohamed ou Samira. Et ça, je ne l'invente pas. Il y a de nombreuses études qui montrent que le chômage est beaucoup plus élevé chez les Français dont les parents viennent d'Afrique que chez les autres.
Et il y a une deuxième chose vraiment triste, c'est qu'en France on ne valorise pas cette diversité. Si vous avez des origines Portugaises ou Vietnamiennes, vous vous sentez peut-être un peu différent des autres Français, mais la société ignore ces différences. Au lieu d'être une source de fierté pour vous, vous avez l'impression que c'est juste un détail et qu'il ne faut pas en parler. Personnellement, je pense qu'on devrait célébrer ces différences, célébrer les traditions de chacun. Peut-être que je me trompe, mais j'ai l'impression qu'aux Etats-Unis c'est quelque chose qui est perçu de façon plus positive. Par exemple dans les grandes villes, il y a les quartiers Chinatown ou Little Italy. En France, non. On préfère les immigrés qui s'intègrent discrètement, qui ne sont pas trop visibles. C'est vraiment dommage et j'espère que les mentalités vont évoluer.
Actuellement, en plus des problèmes d'intégration, il y a aussi des nouveaux défis liés à l'immigration. Ces défis ne concernent pas seulement la France mais tous les pays de l'Union Européenne. Il y a de plus en plus de personnes qui cherchent à quitter leur pays à cause de la guerre, des problèmes environnementaux ou de la pauvreté.
Donc logiquement, la France reçoit de plus de demandes d'asile, autrement dit d'étrangers qui demandent à pouvoir venir car ils ne peuvent plus vivre dans leur pays. Et malheureusement, le gouvernement actuel veut adopter une loi qui va réduire les droits de ces réfugiés. Officiellement, cette loi doit permettre de donner une réponse plus rapidement aux réfugiés qui demandent le droit d'asile. Mais ça veut aussi dire que les autorités pourront renvoyer plus rapidement les réfugiés qu'elles auront refusés. En fait, l'objectif est de dissuader, de décourager les réfugiés de venir en France. Donc au lieu d'être solidaire et d'accueillir les réfugiés, le gouvernement préfère voter une loi pour leur rendre l'accès plus difficile. Personnellement j'ai honte d'être Français quand je vois ce genre de décision politique. Je pense que la France a un rôle à assumer, un devoir de solidarité, et qu'en ce moment elle ne le fait pas.
Pour finir ce podcast sur une note plus positive, on va prendre un peu de recul. L'intégration des immigrés en France n'est pas totalement en panne. Il y a des statistiques encourageantes. Par exemple, 40% des immigrés sont en couple avec quelqu'un dont les parents sont français. C'est ce qu'on appelle un « mariage mixte ». Mais quand on regarde leurs enfants, on voit que cette part est de 65% ! Donc ça veut dire que d'une génération à l'autre, il y a plus de mariages mixtes, de mélanges entre les personnes de différentes origines. Alors bon, l'intégration est loin d'être parfaite, mais on voit qu'elle progresse petit à petit. Elle donne son nouveau visage à la France et elle lui offre de nouvelles richesses venues de différentes cultures.
Voilà, c'est tout ce que j'avais à vous dire aujourd'hui. Évidemment c'est un sujet très complexe et j'ai essayé de vous donner une vision d'ensemble. Mais si vous voulez en apprendre plus, vous pouvez m'envoyer un email et je vous conseillerai des articles et des vidéos.
En tous cas, c'était un plaisir de préparer cet épisode pour vous et j'espère que ça vous a intéressé. Comme d'habitude, je vous rappelle que vous pouvez laisser une évaluation sur iTunes si vous voulez soutenir ce podcast et aider d'autres personnes à le découvrir.On se retrouve dans deux semaines et en attendant, n'oubliez pas de faire un peu de français tous les jours.Salut, à bientôt !