L'HISTOIRE DE L'HUMANITÉ
Bonjour à tous et bienvenue au musée des beaux-arts de Valenciennes ! Arts et Histoire
sont souvent très liés et c'est pourquoi le British Museum s'est allié avec Valenciennes
pour nous présenter une expo qui raconte une histoire de l'Homme en 100 objets, en
toute modestie bien évidemment ! Mais avant de plonger au coeur de cette exposition et
de vous faire découvrir quelques objets incroyables de l'Histoire de l'humanité, j'ai envie
de vous livrer ma petite réflexion autour de la nature même de l'objet, en toute
modestie également !
Depuis le début de notre Histoire, l'homme sait manier l'outil, l'observer, le fabriquer,
l'échanger, le détourner même pour faire jaillir et s'exprimer l'art. Étudier
les objets que l'Homme a créés depuis la nuit des temps,
c'est sans aucun doute porter un regard attentif
sur son évolution, sur son histoire, sur la manière dont il a appréhendé son environnement
et s'y est adapté. Quand le savoir faire de l'homme devient une trace du passé,
on comprend alors l'importance de l'archéologie
et des questions qui animent tout scientifique qui tient dans ses mains un objet fabriqué
bien avant sa naissance. A quoi sert-il ? Par qui a
t-il été conçu et pourquoi ? Avec quels matériaux et quelles techniques ? Où a t-il
été découvert et que savons nous du contexte
dans lequel il a été créé et découvert ?
L'objet de tous les jours, celui qui nous côtoie, est un témoin silencieux de la vie
et de l'intimité de l'Homme. L'outil l'accompagne
chaque jour, lui permet d'effectuer des tâches
plus complexes quand le bijou, lui, revêt souvent une fonction sociale ou symbolique.
Il n'est pas forcément nécessaire à la survie physique
de l'homme mais à sa reconnaissance, autant par les autres hommes que par une quelconque
divinité qui pourrait l'accueillir le moment venu. L'objet reste tandis que l'homme
meurt et disparaît. L'objet n'est pas doué de
parole mais s'il pouvait le faire, avec des lèvres et une langue, il nous raconterait
cette Histoire de l'Homme. C'est ce que font
les archéologues, c'est ce que fait le musée des
beaux arts de Valenciennes, offrir la parole à ces objets qui témoignent d'une vie
passée et d'une constance chez l'Homme à vouloir
progresser, s'exprimer, célébrer.
Le plus vieil objet de la collection est un outil d'équarrissage datant de 2 millions
d'années retrouvé en Afrique. Ce galet coupant, indispensable
à l'Homo habilis, est alors utilisé pour découper les animaux afin de récupérer
la graisse de la moelle notamment. Satisfaire les
besoins caloriques des hommes leur permet ainsi, via un apport régulier et riche, de
mieux développer leur cerveau et donc, d'effectuer
des tâches toujours plus complexes. Tout ça
dans un seul but : survivre. L'homme observe ainsi son environnement et tente de l'utiliser
à sa profit. Si la technique utilisé pour fabriquer cet outil reste rudimentaire, celle
employée pour fabriquer cette hache, retrouvée dans
la même région d'Olduvai en Tanzanie, est, elle,
beaucoup plus élaborée.
Il y a 1,5 million d'années environ, l'homme a ainsi pensé cet objet pour être tenu dans
la main. La pierre, savamment taillée à l'aide
d'un marteau, est plus affutée sur les bords,
permettant elle aussi de découper une proie, tandis que la base est plus lourde, pour
s'assurer une bonne prise. Le perfectionnement de l'outil permet ainsi de travailler d'autres
matériaux, comme le bois. La hache, devient donc multitâche et perdure encore aujourd'hui,
s'étant frayé un chemin sur tous les continents. Mais plus qu'un intérêt pratique, on peut
voir dans la réalisation de cet objet une étape
dans le cheminement de la pensée de l'Homme. Il
a dû analyser et interpréter son environnement, il s'est nourri de ses expériences passées
pour parvenir à produire cette symétrie parfaite. Ce n'est peut être pas un hasard
si l'homme utilise alors la même zone de son cerveau pour parler et fabriquer cet objet…
Produire un tel outil, c'est communiquer son savoir faire, c'est aussi le début
d'une forme d'expression, d'un certain langage, c'est ce que l'on pourrait appeler
de l'art.
Depuis près de 100 000 ans, cet art se détache de sa fonction primaire, utile, au sens vital
du terme. Cette peinture retrouvée en France et datant de 14 000 ans représente ainsi
un bison, nourriture appréciée des chasseurs
et de leurs lances. Les premiers artistes utilisent
les formes de la pierre pour mettre en valeur la puissance de l'animal, les lignes tracés
sont précises car l'Homme, s'il est capable
d'interpréter son environnement, peut aussi le décrire.
De nombreuses peintures seront ainsi retrouvées par l'Homme moderne, témoins d'un
passé qu'il ne pourrait aujourd'hui plus affronter, faisant face au mammouth à l'aide
de ses armes et de sa seule ruse pour toujours survivre.
Mais bientôt l'Homme voit un des plus grands bouleversements de son histoire.
Majoritairement chasseur-cueilleur, il s'installe peu à peu, il se sédentarise. Il y a environ
10 000 ans, l'homme tente d'imposer, non
sans douleur, l'agriculture et l'élevage au centre de
sa vie. Après l'appréhension de son environnement, place à son exploitation et à sa
structuration. L'Homme, s'il se déplaçait déjà en groupe, se réunit désormais en
société plus large, c'est l'apparition des villes.
Dans le monde entier, elles poussent comme des
champignons, rassemblant des communautés toujours plus grandes.
En Chine, il y a 4000 à 5000 ans de cela, on trouvait sur les sites funéraires ce genre
de “jade cong”. On ne sait toujours pas très bien à quoi cela pouvait servir même
si la fonction religieuse semble évidente. En revanche, cet objet nous renseigne sur
la société chinoise de l'époque, car si il est aussi soigné, c'est que cette
société avait les moyens d'entretenir des artisans et donc, de se développer dans
bien d'autres secteurs.
Cet essor des villes, s'accompagne forcément par la création d'administrations. Car
en effet, pour vivre en société, il faut des règles,
tacites au départ, dictées par la suite, puis gravé
dans la roche ou l'argile quand l'Homme parvient à inventer un nouveau moyen de
communication : l'écriture. Elle permet de totalement structurer ces sociétés et
tout est prétexte à l'écriture afin d'établir
ce qui doit se faire.
Sur cette tablette vieille de 5000 ans, retrouvée au sud de l'Irak, on peut ainsi lire plusieurs
inscriptions qui nous renseignent sur...les rations de bières que devaient recevoir les
ouvriers. Oui, vous avez bien entendu. Une des plus vieilles traces écrites du monde
parle...de bière. Un des piliers de notre société moderne !
Retrouvons notre sérieux quelques minutes...un des véritables piliers de nos sociétés
occidentales a sans doute été la religion chrétienne. Mais cela signifie t-il que les
mythes et histoires qui composent cette religion lui
sont exclusifs ?
Si pendant longtemps l'Homme occidental pensait que oui, ses certitudes ont été
ébranlés quand au XIXe siècle fut traduite une tablette
de la bibliothèque royale d'Assurbanipal, toujours en Irak. Ces écritures cunéiformes
sont en réalité un des épisodes de l'épopée de
Gilgamesh, le premier poème épique dans le monde de la littérature écrit en 1700
avant notre ère. Il nous conte l'histoire d'un
homme, Uta-Napishtim, chargé par les dieux de
construire un immense navire pour protéger ses proches et les animaux qui y viendraient
d'un déluge soudain provoqué pour anéantir l'humanité.
Un homme, qui construit un bateau, pour échapper à une inondation, avec des tas
d'animaux. ça vous dit quelque chose non ?
Bien évidemment, le mythe de Noé et de son arche n'est que l'adaptation chrétienne
de mythes encore plus anciens et la figure du déluge est récurrente dans de nombreuses
religions à travers le monde. Durant l'Antiquité, on écrit donc pour transmettre, dicter et
célébrer. Et cette expansion de l'écriture et de la religion va de pair avec celle des
territoires. Les villages se regroupent pour former des alliances, les alliances se rejoignent
pour donner des royaumes, les royaumes s'agrandissent pour se muer en empires. Les populations sont
désormais soumises à des castes dominantes et le personnage religieux y tient une place
de choix.
Nesperennub, un prêtre égyptien mort en 800 avant notre ère, reçoit ainsi tous les
honneurs liés à sa fonction lors du passage vers
l'au-delà. On retire tous ses organes internes à
l'exception de son coeur puis on l'embaume avec une résine. Son corps est décoré de
pierres précieuses et d'amulettes puis placé dans un sarcophage peint et orné de
textes indiquant qu'il servait son dieu à Karnak.
Les embaumeurs sacralisent le corps du défunt et
y apportent tant de soins qu'il nous parvient près de 3000 ans plus tard, prêt à être
étudié. Une étude, qui aujourd'hui encore permet
d'en apprendre un peu plus sur les rites et
cérémonies religieuses des temps anciens. Au delà du corps, c'est aussi tout un tas
d'objet qui sont entreposés dans la tombe et qui nous sont transmis. Des objets témoins
de la richesse de cette époque et du développement de l'art.
Partout dans le monde, l'heure est à l'échange. On troque, on vend, on achète, l'Empire
romain, lui, s'étend désormais sur une grosse partie de l'Europe et de l'Afrique
du Nord, on y fait circuler des épices, du vin, de l'huile
d'olive ou encore du poivre venant d'Asie.
Cette poivrière à l'effigie d'une jeune femme romaine est dotée d'un mécanisme
qui lui permet de contrôler le débit de poivre.
Elle a été retrouvée en Angleterre, alors sous le
contrôle de l'Empire romain depuis l'an 43. Ces échanges croissants permettent une
propagation des idées et des dogmes hors norme.
Si certaines régions du monde y résistent, les monothéismes comme le judaïsme, le
christianisme ou l'islam s'installent peu à peu en occident et dans le monde arabe.
C'est l'arrivée de ces religions qui vient mettre à bas les vieilles idoles et
envoie aux oubliettes de nombreux dieux.
Ce bronze, qui représente une main droite, symbole de chance dans le Yémen
pré-islamique, a été retrouvé dans le temple de Talab Riyam au Yémen. Il est dédié
au dieu du même nom qui protégeait la ville avant
l'installation de l'Islam comme religion dominante
sur le territoire. Les anciennes tribus arabes, désormais unies, partagent la même langue,
le même dieu, et font bientôt partie du même
empire qui s'étendra du Moyen-Orient à l'Asie au
cours VIIIe siècle.
Le califat abbasside, au sommet de sa puissance, négocie des biens avec toute l'Europe,
tout comme la Chine de la dynastie des Tang. La route de la soie tourne à plein régime,
quand la conquête n'est pas militaire, elle doit être économique. Liu Tingxun,
un général et conseiller impérial, meurt en 728 à l'âge
de 72 ans.
Son tombeau est alors garni de statues funéraires de toute beauté, douze au total, qui
représentent ses futurs serviteurs dans l'autre monde. Ces céramiques s'exposent aux yeux
des morts et des vivants en restant les témoins de cette époque faste de la Chine,
lorsqu'elle était la nation avec l'administration la plus avancée du monde.
Il y a 1500 ans de cela au Pérou, en plein milieu de la Cordillière des Andes, la civilisation
Moche accordait un statut privilégié au soldat. Des scènes violentes représentant
la mort et les sacrifices ornent alors les plus belles
céramiques que l'on produit. En ce qui me concerne, cette ambiguïté de la représentation
du beau, pour l'Homme moderne que nous sommes, est particulièrement intéressante à analyser,
car elle nous renvoie à une image de nous même que nous ne pouvons plus regarder en
face aujourd'hui sans en avoir honte. Les valeurs et la morale étant subjectives, elles
évoluent tout de même avec la société et l'histoire fait ainsi passer pour monstrueuses
des pratiques courantes qui ne choquaient pas à l'époque. Et pourtant, nous représentons
aussi la violence mais à travers de nouveaux modes de communication, qui nous semblent
peut être plus aseptisés, nous la rendant plus lointaine, moins réaliste qu'une peinture
sanglante sur un objet du quotidien.
Ce que l'on connait bien en revanche, c'est la violence politique, celle de l'affrontement
idéologique et des manigances qui font toujours leurs preuves de nos jours. Le cristal de
Lothaire, datant du IXe siècle, est l'illustration parfaite de cette violence. Huit scènes sont
gravées sur ce cristal de roche. Un travail d'une incroyable précision ! Dans l'ancien
testament, elles décrivent l'histoire biblique de Suzanne, une jeune femme refusant les
propositions indécentes de deux vieillards qui l'accusent d'adultère et la font
condamner à mort. Seule l'intervention du prophète
Daniel lui sauve la vie. Un mythe qui fait étrangement
écho, pour certains historiens, à la situation de Lothaire II, arrière petit-fils de Charlemagne.
tente de répudier sa femme en l'accusant d'adultère pour épouser une concubine.
Mais le pape s'oppose à cette nouvelle union et
malgré les nouvelles tentatives de Lothaire, il
mourra avant d'avoir pu évincer sa femme du pouvoir.
Il ne faut jamais sous estimer le pouvoir d'une reine...ou celui de la justice !
Les européens l'ont bien compris quand ils ont modifié le jeu d'échecs, importé
par les arabes au Xe siècle, en y plaçant la femme
du souverain, absente jusqu'alors. Car si l'art
peut être au service de la religion, de la guerre et de la politique, il peut également
entretenir l'oeil aguerri du joueur qui saura profiter
de la réflexion de son prochain coup pour admirer la
qualité de l'ouvrage. Les figurines de Lewis, vraisemblablement fabriquées au XIIe
siècle en Norvège, sont des pièces d'échecs à
la forme particulièrement travaillée et au style assez
original qui marqueront de leur influences certaines productions modernes. Comme le
premier film Harry Potter qui reprendra la figure d'une reine de Lewis lors de la fameuse
partie d'échecs version sorciers.
A la fin du XVe siècle, les européens placent leurs pions sur l'échiquier des mers afin
d'ouvrir de nouvelles voies et de contrôler de nouveaux mondes. Pour la civilisation inca,
ça sera malheureusement échec et mat. Les conquistadors
viendront en quelques dizaines d'années à peine à bout d'un des empires
les plus vastes de l'époque. La très grande majorité des objets en or, que l'on offrait
alors aux dieux, a ainsi disparu durant cette période, fondue par les européens qui voulaient
récupérer le précieux matériau. Cette statuette en or représentant un Lama, symbole
de la région, était notamment utilisé par les
incas pour apaiser les esprits de la montagne. Ils sacrifiaient un enfant de sang noble en
l'abandonnant en pleine montagne, le laissant à son funeste sort.
Si cette effervescence autour de l'exploration porte gravement préjudice à certains peuples,
l'Homme fait pour la première fois le tour de la Terre, des connexions se créent entre
les cultures et les échanges de marchandises explosent.
Ici, cette plaque qui ornait les murs d'un palais nous indique que les marchands portugais
étaient autorisés à commercer avec l'abu, le roi du Bénin. Ils échangeaient alors
de l'huile de palme, de l'ivoire, mais aussi...des
hommes, devenus esclaves, contre du laiton, dont est
faite cette plaque.
Si l'on prend un temps soit peu de recul et que l'on analyse le parcours de l'Homme
au cours des siècles, son objectif est toujours
le même, produire pour s'assurer de survivre, dans ce monde comme dans l'autre. L'objet
est finalement porteur d'espoir, il est le symbole
de l'évolution, d'une prise de conscience de la fragilité de la vie et de la vulnérabilité
de l'Homme face à la nature. Si aujourd'hui
l'on produit en masse toutes sortes d'objets qui
perdent leur symbolique, que l'on se noie sous les produits, que l'on surévalue nos
besoins, c'est peut être là la manifestation d'une
anxiété, d'une peur de l'inconnu, de l'avenir, de la
mort même, c'est peut être pour s'assurer de vivre et survivre, de laisser une trace
de nos rites, de nos usages, de nos moeurs, que les
futures générations trouveront et analyserons. Et pourtant nous l'avons vu, des objets
datant de 2 millions d'années sont exposés ici et ont
trouvé leur chemin jusqu'à nous. Peut-être la preuve que notre surproduction et notre
surconsommation pourraient être évités, limités, que nous pourrions de nouveau être
plus raisonnable dans la gestion de nos ressources
et que l'objet individuel devrait peut être reprendre une fonction plus symbolique si
l'on tient tant que ça à se rassurer sur le sort de
l'humanité. En tout cas, ça ne pourrait pas faire de mal à notre bonne vieille mère,
la planète Terre.
Merci à vous d'avoir suivi cet épisode, je compte sur vous pour lâcher un pouce,
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Bien évidemment je vous encourage fortement à venir visiter cette magnifique exposition
et je remercie le musée des beaux arts de Valenciennes pour cette collaboration. A la
prochaine !