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Nota Bene, La véritable histoire du Roi Arthur - Nota Bene (1)

La véritable histoire du Roi Arthur - Nota Bene (1)

En des temps lointain, le chevalier Norvay parcourait le monde pour protéger les faibles

et les anonymes. Norvay, le chevalier qui sauvegarde la Paix et repousse la Haine ! Oui,

cet épisode est sponsorisé par...NordVPN ! Et en fin d'épisode, tu trouveras plus

d'informations laissées par ce preux chevalier que je me ferai une joie de te partager. Bon

visionnage ! Mes chers camarades, bien le bonjour !

Le roi Arthur a-t-il existé ? Je vais couper court au suspens insoutenable de cette question

: A priori, non ! Il existe en effet aujourd'hui un consensus entre les historiennes et les

historiens pour dire qu'Arthur est très certainement une création littéraire. Mais

comment Arthur a t-il pris à ce point autant de place dans notre culture ? Est ce que tout

ça c'est grâce à Alexandre Astier ? Pas sûr… mais on va explorer ensemble quelques

pistes qui, vous allez le voir, sont particulièrement intéressantes…

Le premier texte qui parle de lui date du IXe siècle. Il est intitulé Historia Brittonum

(l'Histoire des Bretons), le terme « bretons » désignant ici les habitants de l'île de

Bretagne. Rédigé en latin, il a été attribué à un moine gallois appelé Nennius. On peut

y lire un vaste récit dans lequel Arthur apparaît brièvement, au détour d'une

page dont voilà un extrait :

« En ce temps-là, les Saxons s'affermissaient […] Alors Arthur lutta contre eux en ces

jours-là, aux côtés des rois des Bretons, mais lui-même était un dux bellorum [chef

des batailles]. […]

La huitième bataille eut lieu dans la forteresse de Guinnion, bataille où Arthur porta l'image

de Sainte Marie Toujours Vierge sur ses épaules, et les païens furent en ce jour contraints

à la fuite, et il y eut un grand massacre parmi eux par la force de Notre Seigneur Jésus

Christ et par la force de la Sainte Vierge Marie sa mère.

[…] La douzième bataille eut lieu in monte Badonis

[sur le mont de Badon] : là neuf cent soixante hommes tombèrent en une journée par une

seule charge d'Arthur, et personne ne les abattit que lui seul.

Et de toutes les batailles il sortait vainqueur. Et eux, parce qu'ils s'inclinaient dans

tous les combats, envoyèrent chercher de l'aide en Germanie : ils augmentèrent et

se multiplièrent alors sans répit. » [trad. Alban Gautier]

Alors je blablate, mais on le voit bien, ce n'est pas grand chose à se mettre sous

la dent tout ça ! Nennius ne donne que très peu d'éléments. Pas de dates précises,

très peu de lieux. Arthur, qui n'est même pas roi, est seul. On n'aperçoit pas d'autres

personnages à ses côtés, ni Merlin, ni Guenièvre, de Lancelot, pas plus que ne sont

évoqués le Graal, la Table ronde ou Camelot. Et pour cause, tous ces éléments seront

inventés plus tard ! En fait, le moine gallois semble tirer son

inspiration de références bibliques et antiques, comme c'est souvent le cas avec des ecclésiastiques

du Moyen âge. Arthur livre ainsi douze combats, nombre qui rappelle évidemment les douze

tribus d'Israël et les douze apôtres du Christ. Par ailleurs, la description de la

huitième bataille où l'on voit le chef de guerre repoussant les païens à l'aide

d'une image de la Vierge qu'il porte sur les épaules renvoie à l'arche d'Alliance

portée par les prêtres pour entraîner la chute des murs de Jéricho (Josué 6:12),

mais aussi de Constantin à la bataille du pont Milvius en 312 de notre ère. Celui-ci,

d'après la légende, aurait fait peindre sur les boucliers de ses soldats, après avoir

aperçu une vision divine, les deux premières lettres du mot Christ en grec : Chi et Rho

. Ce n'est pas d'ailleurs la première fois que la victoire de Constantin, qui permet

d'imposer le christianisme dans l'Empire romain, inspire les chroniqueurs médiévaux.

À la fin du VIe siècle, Grégoire de Tours avait déjà copié-collé l'épisode pour

décrire la bataille de Tolbiac dans laquelle Clovis aurait promis à Dieu de se convertir

en échange de la victoire. Bref, dans l'histoire Nennius n'innove

pas vraiment dans son texte et son Arthur ressemble plus à un général chrétien qu'à

un chef celte. Le second passage le plus ancien faisant référence

à Arthur, les Annales de Cambrie, a été écrit un siècle après l'Histoire des

Bretons. Toujours rédigé en latin, il fait une très brève allusion à Arthur.

« [518] an' Bataille de Badon, où Arthur porta la croix de Notre Seigneur Jésus Christ

pendant trois jours et trois nuits, et les Bretons furent vainqueurs.

[…] [539] an' Gueith Camlann [combat de Camlann]

dans lequel tombèrent Arthur et Medraut[c'est-à-dire Mordred]. » [trad. Alban Gautier]

En traduisant un peu plus vers notre français contemporain ça nous donne “Combat de Camlann

dans lequel tombèrent Arthur et Mordred ! On le voit, l'auteur anonyme reprend le motif

constantinien qui avait déjà inspiré Nennius. Mais il ajoute deux éléments.

Tout d'abord, le personnage de Mordred, qui, dans des textes médiévaux bien plus

tardifs, deviendra l'ennemi juré d'Arthur en plus d'être, d'après ces versions,

soit son neveu, soit son fils né d'une relation incestueuse. Sauf qu'ici, impossible

de savoir s'il est l'adversaire ou l'ami du chef de guerre. Ensuite, on peut voir également

des dates qui apparaissent. Selon ce texte, Arthur aurait donc vécu au VIe siècle. Sauf

que l'un des rares ouvrages rédigés à cette époque, La Chute et la conquête de

la Bretagne, écrit par le prêtre Gildas, ne fait aucune référence à un quelconque

Arthur (mais parle bien de la bataille du Mont Badon). D'ailleurs, on a fait des fouilles

archéologiques qui ont été menées dans les années 1960 pour trouver la trace du

véritable roi de Camelot et elles n'ont rien donné.

Bref, pour l'instant, impossible de dire qu'il a existé un Arthur historique. Au

mieux peut-on supposer qu'il aurait été tiré de plusieurs personnages réels qui

auraient été mélangés les uns aux autres pour en inventer un autre, ce qui revient

à affirmer de toute façon qu'Arthur est bel et bien un personnage de fiction.

En tout cas, il n'y a pas que ça qui serait pas très histo ! Le caractère celtique du

cycle arthurien, c'est un autre mythe auquel il faut tordre le cou.

Le texte de Nennius a été composé dans l'actuel pays de Galles, non pas dans la

langue celtique locale, mais en latin et en s'appuyant, comme nous l'avons vu, sur

des éléments bibliques ou romains. En plus, il est frappant de constater que nombre de

régions que nous considérons aujourd'hui comme « celtique » ne produisent presque

pas de textes arthuriens, comme l'Irlande par exemple. En Écosse, il existe même des

récits qui font du souverain de Camelot un usurpateur auquel s'oppose le roi du Nord

Lot et son fils Mordred. En fait, l'idée que Arthur et la légende de la Table ronde

soit rattachés à la culture celtique apparaît surtout durant les XIXe et XXe siècles, au

moment où se développent les mouvements nationalistes au Pays de Galles puis en Bretagne

continentale. Arthur, comme d'autres figures, est ainsi enrôlé par ces courants politiques

qui s'inventent un roman national scandée par des ancêtres prestigieux censés prouver

la grandeur de leur peuple.

Franchement, je peux vous le dire après 6 ans de Nota Bene, dés que ça pu le coup

fourré de toute façon une fois sur deux c'est le XIXe siècle et les réécritures

nationalistes hein... Mais revenons au mythe durant l'époque

médiévale. Celui-ci ne connaît pas de diffusion importante avant le XIIe siècle, jusqu'à

ce qu'un auteur, Geoffroi de Monmouth , ne s'en empare. Comme Nennius, celui-ci

a le projet d'écrire une vaste chronique des bretons en latin, l'Histoire des rois

de Bretagne (1135), mais en se concentrant sur la figure de ses souverains qu'il fait

descendre des Troyens : une habitude qu'ont toutes les dynasties d'Europe depuis les

empereurs romains. D'ailleurs Histony a fait une bonne vidéo sur le sujet, je vous

la met en description ! C'est donc cet auteur qui fait d'Arthur

une star en lui consacrant non plus quelques lignes, mais des dizaines de pages où il

invente de nombreux éléments. La naissance hors-mariage d'Arthur : c'est lui. Guenièvre

: c'est lui. Merlin et Morgane rattachés au mythe : c'est lui. La trahison de Mordred

: c'est lui. Le départ final d'Arthur vers Avalon : c'est encore et toujours lui.

Son texte connaît un immense succès, notamment auprès de la cour des souverains d'Angleterre

dont il était proche. Très vite, son récit est traduit en langue d'oïl par Wace

vers 1155, qui ne se prive pas, comme c'est courant à l'époque, de rajouter des éléments

de son cru, comme la Table ronde. Clairement, on se plaint des remakes au cinoche

mais vous le voyez bien, c'est pas nouveau !

Par la suite, la mode arthurienne fait tellement fureur que l'on ne se contente plus d'écrire

des chroniques, mais aussi des romans destinés à distraire un public noble et laïc. Des

auteurs comme Chrétien de Troyes (seconde moitié du XIIe siècle) se distinguent dans

ce genre, en produisant des œuvres comme Lancelot ou le Chevalier de la charrette,

Yvain ou le Chevalier au lion, et Perceval ou le Conte du Graal, où il invente respectivement

les personnages de Lancelot, de Perceval, mais aussi le Graal !

Et on y reviendra dans un autre épisode sur le Graal, parce que c'est un sacré morceau

et c'est pas les Monty Python qui vont me contredire.

Les auteurs du XIIIe siècle vont broder à partir de ces textes fondateurs en produisant

des suites (les « continuations ») ou ce que l'on appellerait aujourd'hui des

préquels. Très vite, il y a tellement de versions qu'il faut offrir au public des

compilations. L'une des premières, que l'on appelle de nos jours la Vulgate, est

tellement énorme qu'elle occupe des milliers de pages. En fait, il faut attendre la fin

du XVe siècle pour qu'une synthèse suffisamment courte pour être accessible à un public

plus large soit écrite : il s'agit de Le Morte d'Arthur rédigé en anglais par Thomas

Malory vers 1470. Cet ouvrage connaît un franc succès dans les îles britanniques,

d'autant qu'il est le premier texte arthurien à être imprimé en 1485 et reste aujourd'hui

la référence dans le monde anglo-saxon. Mais il faudra toutefois attendre la fin du

XXe siècle pour qu'il soit traduit en français. En tout cas le succès d'Arthur et de la

légende de Camelot auprès des élites est clairement au rendez vous ce qui fait que

quelques souverains médiévaux vont tenter de l'utiliser à leur profit. Et sans surprise,

la plupart d'entre eux sont anglais vous l'imaginez bien !

En 1188, le clerc Giraud de Barri justifie la conquête de l'Irlande, entamée alors

par le roi Henri II, en expliquant que ses habitants étaient déjà les vassaux d'Arthur

et que cette suzeraineté s'est transmise à ses successeurs. Malin non ? C'est d'ailleurs

à la fin du règne du même souverain qu'une tombe d'Arthur est très opportunément

découverte à l'abbaye de Glastonbury, sous protection du monarque. Édouard Ier,

à la fin du XIIIe siècle, fait enterrer le corps trouvé dans cette sépulture (qui,

selon les textes, était celui d'une géant) dans une chapelle spéciale. Il organise aussi

en 1284 un tournoi où les participants se déguisent en chevaliers arthuriens avant

d'ordonner la construction à Winchester d'une reproduction de la Table ronde.

Bien évidemment tout cela a pour but de justifier ses conquêtes du pays de Galles puis de l'Écosse

se réclamant de l'héritage du monarque de Camelot.

À la fin du XVe siècle, lorsque, suite à la guerre des Deux-Roses, les souverains Tudor

prennent le pouvoir, leur légitimité est si faible qu'ils prétendent vite être

les descendants directs du roi légendaire. Henri VII baptise ainsi son premier fils Arthur

tout en favorisant la diffusion du texte imprimé de Malory. Arthur Tudor meurt à l'âge

de quinze ans et ne régnera jamais. Mais son frère cadet, sous le nom d'Henri VIII,

continuera d'utiliser à son profit le mythe de Camelot. Il fait repeindre la Table ronde

Winchester, où elle est toujours exposée aujourd'hui, au début du XVIe siècle de

manière à affirmer son pouvoir. Comme on peut le voir, le roi y est seul représenté

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