Art et débat sur la grammaire
Bonjour à tous et bienvenue sur mon podcast « Balades ». En ce 28 septembre, je vous emmène dans un parc où se trouve un très grand nombre de sculptures assez spéciales. Ensuite, il sera question de règles grammaticales. N'ayez pas peur, je ne vous ferai pas un cours de grammaire. Non, je vous parlerai d'un débat qui est mené en France sur l'accord du participe passé. Accord ou pas accord : telle est la question.
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Vous vous rappelez dans « Intouchables », la scène dans une galerie d'art où Philippe regarde longuement un tableau et que Driss est choqué par le prix de l'œuvre ? Driss demande à Philippe pourquoi il s'intéresse à ce tableau qui ne lui plaît pas du tout. D'après lui, on dirait que le peintre a saigné [1] du nez. Il faut dire que l'œuvre montre un fond [2] blanc sur lequel se trouve une traînée [3] rouge. Philippe lui répond : « Les gens s'intéressent à l'art parce que c'est la seule trace de notre passage sur terre. » Par la suite, Driss s'achète une toile, de la peinture et crée son propre chef-d'œuvre que Philippe vendra pour plusieurs milliers d'euros. Cette scène du film « Intouchables » m'est revenue à l'esprit quand je me suis baladée dans le Frognerpark à Oslo cet été. Tel [4] un musée dédié à un seul artiste, ce parc rassemble [5] la quasi-totalité [6] des sculptures de Gustav Vigeland, probablement le sculpteur le plus connu de Norvège. Il a vécu de 1869 à 1943. Dans sa jeunesse, il a assisté à des cours d'Auguste Rodin à Paris. Des voyages dans d'autres pays européens ont également influencé son art. Ah, j'allais oublier… Vigeland est également le créateur de la médaille du prix Nobel de la paix. FemmeMais revenons au parc et à ses sculptures. En traversant le grand portail [7], vous entrez dans un monde que je trouve fascinant. Des sculptures d'hommes, de femmes et d'enfants bordent les allées [8]. Ces sculptures, par contre, ne représentent pas des motifs, je dirais, classiques. Non, les quelque [9] 200 sculptures prennent des poses inattendues, parfois carrément bizarres. Il y a, par exemple, une jeune fille qui semble danser en faisant voler ses cheveux, un homme paraît jouer avec un enfant en le jetant en l'air. Et puis, il y a la sculpture la plus photographiée du parc. C'est celle d'un petit garçon qui est en train de faire un caprice [10]. Il tape du pied tout en faisant une grimace. Si vous continuez votre chemin, vous arrivez à une grande fontaine derrière laquelle se trouve la sculpture appelée le Monolithe. Cette œuvre est une immense colonne [11] qui représente tous les âges de l'homme, de l'embryon à la vieillesse. Au pied du Monolithe se trouvent d'autres sculptures dont celle qui a le plus attiré mon attention. Il s'agit d'une femme à quatre pattes [12] et deux enfants se trouvent à cheval [13] sur son dos. Ils tiennent une sorte de rênes qui sont en fait les cheveux tressés [14] de la femme. Et cette tresse [15] sert en même temps de bâillon [16] à la femme. Quand j'ai vu cette sculpture, j'ai appelé mes enfants et je leur ai dit en rigolant : « Vous voyez, Vigeland a sûrement voulu représenter la maternité [17] par cette sculpture. La femme, c'est moi, et les enfants qui sont sur son dos, c'est vous. » Vous savez quoi ? Mes enfants étaient d'accord avec moi. C'est donc à ce moment-là que je me suis souvenue de la scène du film « Intouchables ». Et je me suis posé la question sur ce qu'est l'art. Est-ce la représentation de la beauté, de la perfection ? C'est quoi la beauté ou la perfection ? Non, à mon avis, l'art c'est ce qui attire votre attention, ce qui vous interpelle [18] et qui provoque une réaction en vous. En cela, Vigeland a très bien réussi. Ses sculptures ont fasciné toute la famille.
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Suite à un article dans un quotidien français un débat fait rage en France. En effet, un groupe d'anciens professeurs belges a lancé l'idée de simplifier la grammaire française. Ils argumentent que la complexité de certaines règles renforce les inégalités socio-culturelles. Mais de quoi s'agit-il au juste ? Ces professeurs belges veulent simplifier la règle de l'accord du participe passé après l'auxiliaire avoir. Leur proposition : plus d'accord du participe passé avec avoir. On ne serait donc plus obligé d'écrire – et de dire : « Ce sont les fleurs qu'il m'a offertes. » avec -es au participe passé du verbe offrir. À la place, il serait correct de dire et d'écrire : « Ce sont les fleurs qu'il m'a offert. » Donc sans -es à offert. Ceux qui sont favorables à cette simplification expliquent que les élèves perdent énormément de temps à apprendre la règle du complément d'objet direct placé devant le verbe. Ils feraient mieux de consacrer [19] ce temps à l'apprentissage du vocabulaire, à améliorer la syntaxe [20] ou à découvrir la littérature. Alors, ce n'est pas la première fois qu'on simplifie la langue française. Mais jusqu'à présent, ces simplifications portaient surtout sur l'orthographe des mots. Ceux qui sont contre la proposition belge argumentent maintenant qu'avec la simplification de l'accord du participe passé, on s'attaque à la structure de la langue. C'est tout autre chose que l'orthographe. Ils trouvent que si on simplifie cette règle, alors on s'adapte au niveau le plus bas de la langue et à ceux qui la parlent. On rend ainsi tous égaux. Égaux à un niveau très bas. Bien entendu, l'école doit donner les mêmes chances de réussite à tous. Mais l'école devrait aussi permettre aux meilleurs de se distinguer [21]. Vous voyez, la débat est lancé. Pour ma part, je dois dire que je serais extrêmement déçue de ne plus pouvoir expliquer cette règle à mes élèves. Car il s'agit de mon cours préféré, oui, c'est vrai. Je trouve à chaque fois très satisfaisant de montrer pas à pas à mes élèves comment faire pour comprendre cette règle. Ce n'est vraiment pas si difficile que ça. Bien sûr, comprendre la règle et appliquer la règle sont deux choses différentes, je le sais. Et vous, que pensez-vous de la proposition belge de simplifier la grammaire française ? Dites-le-moi dans les commentaires sur podclub.ch.
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Et voilà, l'émission d'aujourd'hui touche à sa fin. J'espère vous retrouver dans 15 jours, le 12 octobre, sur podclub.ch ou sur notre application. Nous allons alors faire du shopping ensemble. D'ici là, n'oubliez pas de travailler votre lexique grâce à la fonction vocabulaire de notre application. Et rejoignez-moi sur Instagram sous #podclubisabelle et #balades. Je vous fais la bise et vous dis à bientôt pour une nouvelle balade !
Glossaire: Balades [1] saigner: perdre du sang
[2] le fond: partie arrière
[3] la traînée: trace allongée
[4] tel, telle: comme
[5] rassembler: réunir
[6] la quasi-totalité: presque tous
[7] le portail: très grande porte d'une église, d'un parc
[8] l'allée (f): chemin large bordé d'arbres
[9] quelque: environ
[10] faire un caprice: réaction d'un enfant, en général, quand il n'obtient pas ce qu'il veut
[11] la colonne: monument en forme cylindrique
[12] à quatre pattes: sur ses genoux et ses mains
[13] à cheval: assis avec une jambe de chaque côté
[14] tressé(e): coiffé avec une tresse
[15] la tresse: cheveux entrelacés
[16] le bâillon: bandeau placé sur la bouche pour empêcher une personne à parler
[17] la maternité: fait d'être mère
[18] interpeller: demander à réagir, questionner
[19] consacrer: dédier, employer
[20] la syntaxe: partie de la grammaire qui définit les relations entre les éléments de la phrase
[21] se distinguer: se faire remarquer, s'élever au-dessus des autres