Julie Barlow, The Bonjour Effect: Part 3
Ça tu l'expliques très bien.
Oui, c'est malpoli en fait parce que on est en train de demander la permission.. Il faut attendre une réponde, il faut attendre le « oui » en fait. Pour commencer à parler. C'est quelque chose qui est vraiment facile à oublier, surtout dans la vie quotidienne, on y pense pas pour nous les Nord-américains. Et, nous malgré nos années en France, quand on est retourné en France en 2013, on avait tendance à oublier ça. Donc on raconte dans le livre, quand on va à l'épicerie demander, quand j'allais chercher des œufs, et je rentre, et il y a quelqu'un qui... un employé qui s'affaire à faire quelque chose...et moi dans ma tête américaine, nord-américaine, je dis toujours « excusez-moi monsieur...tatatata ». Et puis là, il était vraiment pas content avec moi, il s'est moqué de mon accent anglais et il a pointé du doigt en fait les œufs, il ne m'a pas montré, il ne pas amené au coin du magasin ou je trouverai ça. Et puis je me suis rendu compte après, qu'est ce que j'ai fait ?... En revenant du magasin, ah oui, je n'ai pas dit « bonjour » !
Ah bah oui c'est ça, le « bonjour » fatidique.
C'est ça, c'est sa place, son environnement. Je rentre, une étrangère, je sais que c'est à personne puisque c'est un magasin, mais c'est son espace et il faut que je demande permission de commencer à parler avec quelqu'un. Ça pour les Nord-américains, c'est vraiment, vraiment difficile à comprendre, surtout dans les magasins où, on se considère...quand on rentre, nous on a l'impression que les gens sont là pour nous servir. C'est aux autres de nous dire « bonjour ». Et s'ils ne le font pas, c'est vraiment malpoli, mais c'est le contraire en France. Il n'y a aucun problème avec ça. Voilà, donc on a eu ce genre de problème, même sachant qu'il fallait le faire. C'est vraiment une habitude, ça prend du temps avant d'avoir le « bonjour, bonjour ». Et, à un moment donné, on le fait vraiment tout le temps et on n'y pense plus.
Oui, ça devient un réflexe. Comme tu dis le « bonjour », c'est quelque chose de territorial, donc vous rentrez dans un magasin vous dites « bonjour ». Vous croisez quelqu'un dans une rue un peu étroite, on dit « bonjour ». Dans la nature, dans la forêt, si on croise quelqu'un qui fait son jogging et bah on va faire, on va prononcer le « bonjour » avec la bouche. C'est une question de territoire, d'entrer dans le territoire.
Et même dans l'autobus. On raconte une anecdote dans le livre, on rentrait un matin dans l'autobus pour s'en aller à Fontainebleau, et le conducteur...on a simplement, on a rien dit... Dès fois, on va dire « bonjour », mais c'est pas vraiment nécessaire et il était vraiment insulté. Ils nous a appelé des mal-élevés devant nos enfants.
Non mais c'est vrai ! Quand un groupe d'enfants rentre dans un bus, s'il y a 30 enfants on va entendre 30 « bonjour », « bonjour », « bonjour Monsieur », « bonjour », c'est la ribambelle de « bonjour ».
Donc la vie est beaucoup plus plaisante, les choses se passent bien une fois qu'on a compris le « bonjour ». En ensuite on parle d'une série de codes.
Ok, il y a autre chose dont tu parles dans le livre. C'est que les Français aiment bien dire « non ». Et tu expliques que ce « non », eh bien, il fait partie de la dynamique de la conversation en France. Est-ce que c'est bien ça ?
C'est ça, j'avoue que l'origine du réflexe de dire toujours « non », je ne comprends pas trop. Les Français sont toujours aptes à dire « non », ils vont souvent souvent dire « non ». Mais pour l'étranger, ce qu'il faut comprendre, c'est pas logique derrière. Mais le fait que le non, c'est pas mettre fin à la conversation, c'est pas pour dire, je ne veux plus en discuter, c'est la réponse finale. Moi, je décris ça comme plus « bargaining position » en anglais...Je ne sais pas comment traduire... C'est une position qu'on prend pour achever une négociation.
Oui, ça fait sens. Pour moi, il y a un fondement dans ce « non » qui vient de l'art de la dialectique française. C'est que dans les écoles en France, vous savez tout le monde étudie la philosophie pendant plusieurs dizaines et des dizaines d'heures pendant l'adolescence et on apprend la dialectique. La dialectique c'est le fait d'apprendre à s'auto-contredire nous-mêmes. C'est-à- dire si j'ai une opinion, je dois pouvoir déconstruire ma propre opinion pour rendre la pensée, la réflexion plus intéressante. Et dans les réunions de famillen dans les réunions, mais aussi avec des personnes qu'on rencontre pour la première fois on aime bien créer de l'opposition.Car on trouve que ça enrichit le dialogue et que si dans une dans une conversation, les deux personnes sont d'accords, au final, la conversation est finie, il n'y a plus rien à dire. Et ça c'est une attitude qui est fréquente chez les professeurs. Les professeurs, ils peuvent contredire un élève même s'ils sont d'accord avec cet élève mais pour encourager l'étudiant à développer sa pensée.
Ouais, c'est bien ça. Mais moi, une Canadienne qui arrive à Paris justement pour chercher une carte de métro. Et j'arrive au comptoir et je présente mon problème : « bonjour », « bonjour ». Je pose un peu le problème et puis là, je n'avais pas les papiers d'identité qu'il fallait et la dame derrière le comptoir me dit « non ». Je veux bien qu'on apprenne...mais…
Ouais, ça c'est pas vraiment de la dialectique. C'est plutôt de la bougonnerie !
Mais, j'ai compris que c'est quand même, cet espèce de « non » automatique qui veut pas vraiment dire « non » mais « montrez-moi ce que vous avez là ». C'est ce que j'ai compris et j'ai sorti des mots, des expressions, des noms, l'adresse d'école de mes filles pour indiquer que j'étais vraiment une parisienne. Parce que, ce qu'elle doutait, ce qu'elle voulait c'était des techniques pour prouver que j'étais vraiment une parisienne, une résidente de Paris. Donc, elle commence par me dire « non » et puis j'aurais pu m'en aller frustrée, mais au lieu de faire ça, j'ai comme ramassé mes filles à côté de moi et puis on a parlé, j'essaye de lui montré de façon un peu convaincante, sans les papiers qu'il fallait que j'étais parisienne. Et puis elle m'a cru, et elle m'a donné la carte de métro. Les Français peuvent dire « non », ils ont l'air agaçant, peut-être hyper bureaucratique. Moi je pense que tous les pays ont la bureaucratie. Mais les Français disent « non » et les gens se découragent vraiment rapidement, les étrangers. Mais en fait c'est juste, ça fait partie de la discussion, ça fait partie de la façon qu'on discute avec les Français. Ils vont souvent, souvent souvent dire « non ». Et c'est différent du négativisme. En fait ce que tu viens de décrire, la façon d'apprendre à approfondir la conversation. Çà, il y a le « non », il y a aussi l'espèce de posture négative que les Français ont tendance à prendre aussi et qui est un peu différent. Nous ce qu'on a compris, ce qu'on décrit dans le livre, c'est ce que tu viens de dire, c'est que les Français trouvent beaucoup plus intéressant la…
La confrontation !
C'est vraiment ennuyant pour un Français, d'être autour de la table et d'avoir tout le monde qui est d'accord. Ils ont raison ! Pour un étranger, il faut comprendre que le « non » et le négativisme, c'est pas une fermeture. C'est le contraire, c'est une façon d'inviter les gens à discuter, à approfondir le sujet.
Oui Julie, il faut le voir comme un piment.
Oui.
Comme quelque chose qui pimente la conversation. C'est comme ça que les Français le voient. Et puis comme tu dis si c'est dans des contextes plus pratiques comme obtenir une carte de transport, obtenir un service, eh bien là, faut insister, faut oser, faut pas hésiter à être chiant soi-même. Excusez-moi pour le mot.