Ancrer sa Voix avec Marie Verguet, Coach Vocale (2)
Léa : “Donc une voix bien posée c'est avant toute une personne relaxée.” Marie Verguet : “Oui, alors, ça a à voir beaucoup effectivement avec... avec le corps et notamment quand on a des grandes prises de parole à faire. Il y a tout un travail avant si on ne le sait pas et qu'on n'a pas les bonnes bases de respiration. C'est-à-dire que plus on va correctement utilisé, notamment, pas uniquement, mais notamment sa respiration abdominale et qu'on va prendre les bonnes respirations aux bons endroits et que ce travail préparatoire de confiance -entre guillemets- on l'aura fait, c'est-à-dire de visualiser sa prise de parole de se voir dans des scénarios positifs et quand bien même ce serait moins un scénario positif d'imaginer des solutions, on va partir plus confiant. Donc du coup, la voix va s'en ressentir et quand bien même, on a notamment au début des prises de parole une voix qui chevrote un peu parce que l'on est stressé, c'est pas très grave, ça arrive. Il y a plein de gens qui parlent très très souvent, et au début, et bah c'est impressionnant de parler et quelque soit la prise de parole, que ce soit devant énormément de gens, ou que ce soit devant sa réunion avec ses collaborateurs. C'est pas évident, c'est pas une situation facile. Donc le fait d'avoir bien appris à respirer correctement, de savoir ponctuer et de se percevoir soi-même comme quelqu'un qui va avoir des choses à dire. Si elle est là, c'est qu'elle a des choses à dire. Pour moi, on met pas une personne en posture de prendre la parole si on estime qu'elle n'a rien à dire. Donc les managers qui vont vous demander de prendre la parole, ou vous-même qui allez avoir quelque chose à dire, ou vous-même qui êtes encadrant, si vous êtes à ce poste là, quelque part, c'est que vous en avez les capacités. Oui, ça s'apprend de prendre la parole, il y a des gens qui ont des bonnes capacités de manager mais qui pour prendre la parole ne sont pas performants pour l'instant. Mais ça s'apprend et c'est vrai que la cohérence, j'dirais la…on va dire... l'équilibre entre la technique et ce travail de confiance préparatoire, pour moi, c'est au bout du compte, ça va plus ou moins vite en fonction des gens, mais au bout du compte, on arrive à de très bons résultats.”
Léa : “Donc je résume. Une voix bien posée ça va être une voix ancrée qui permet des modulations mais en même temps qui est assez solide, une voix qui chauffe pas, qui va pas être douloureuse on peut travailler sur la respiration. Bien respirer, la respiration abdominale. Et au niveau du corps, qu'est-ce que vous recommandez comme posture qui aide à ancrer la voix ?”
Marie Verguet : “Oui, alors il y a plusieurs postures, parce que… soit on est assis, soit on est debout, en gros. On va dire qu'il y a pas forcément de bonnes postures. Il y a évidemment des postures qui sont plus engageantes que d'autres, ça c'est sûr mais encore une fois si la personne qui parle elle est dans ce qu'elle dit, qu'elle est convaincue par ce qu'elle dit, qu'elle a bien préparé ce qu'elle a à dire, quel est pleinement consciente de ce qu'elle est en train de dire et qu'elle ne lit pas en se disant Oh làlà, pourvu que ce soit vite ou en pensant à ses courses du soir. Pour moi, sa posture va dégager quelque chose. Après c'est vrai que si on parle par exemple de la posture debout. Être plutôt bien ancré au sol, ne pas trop exagérer les déplacements ou se déplacer quand il y a une vraie motivation pour se déplacer. Par exemple on me pose une question quand je suis debout, je vais m'approcher un peu de la personne, c'est une vraie raison. Ou je vais moi, solliciter quelqu'un dans le public ou les personnes qui sont avec moi, là c'est une vraie raison. Mais, si je me déplace et je fais des allers-retours juste parce que moi ça me déstresse, mais ça pollue le champ visuel des autres, c'est pas bon. Là je vais juste ajouter un petit truc, moi je parle dans ce cas-là, les gens qui se déplacent tout le temps comme ça, de ce que j'appelle le syndrome Roland-Garros. C'est à dire que quand on est à Roland-Garros qu'on est spectateur, on passe son temps à faire ça pour voir les échanges de balles, et bien c'est pareil pour le public ou pour les personnes qui vous écoutent s'elles sont obligées en plus de vous écouter, de passer leur temps à faire ça, ça pollue le champ visuel. Donc ça par exemple c'est pas très bon. Et en posture assise, ce qu'on peut avoir tendance à faire quand on est pas très à l'aise qui peut,je dirais, renvoyer une image pas très confiante c'est un : de fermer ses bras, de se fermer. Alors, ça ne veut pas dire que c'est interdit de le faire, encore une fois, si vous le faites et que vous êtes vraiment confiant dans votre prise de parole et que vous êtes charismatique, ça peut passer. Mais si vous vous êtes plutôt pas très confiant et que c'est dans vos premières prises de parole et que vous souhaitez montrer quelque chose de confiant, je dis que c'est pas forcément la bonne chose à faire.”
Léa : “Et donc, même chose pour une personne qui puis surtout comme vous disiez à être spontanée. Ce qui compte c'est le message, ce qui compte c'est ce que vous avez à dire et il faut le dire avec le cœur.”
Marie Verguet : Tout à fait ! Et puis les gens qui vont vous écouter la plupart du temps, en France, on est quand même pas hyper doué pour les langues étrangères, donc ils vont déjà être hyper impressionné par déjà le niveau que vous avez, et jamais ils vont vous dire Ohlàlà tu parles mal, ça m'étonnerait, ce n'est pas possible ! Ou alors, il ne faut pas fréquenter ce type de personnes.”
Léa : “Oui tout à fait, tout à fait,et vous aviez dit avant, vous avez dit “Fake it, until you make it”, et justement ça me fait penser à… au côté rétro-actif des postures, ou de la voix parlée. Alors, j'ai remarqué que - bon, ça c'est une expérience personnelle - que si un matin je me réveille de bonne humeur, spontanément ma voix va être bien posé, je vais bien parler. Un autre matin, si je me réveille un peu plus morose, j'ai un peu moins confiance en moi, ma voix va être un peu plus basse, mais si je me force à parler mieux et bien en fait au fur et à mesure de la journée je vais en quelque sorte retrouver ma confiance en moi. Est-ce que c'est vrai ça, est-ce qu'il y a un effet rétroactif sur la voix et notre humeur?”
Marie Verguet : “Oui. C'est vrai que l'état d'esprit que vous allez avoir, le mindset comme on dit en anglais aussi. Il va avoir un impact sur votre manière de parler sur votre voix. Et c'est vrai aussi que la voix, elle est traversée par nos émotions. C'est pas toujours évident de cacher ce qu'on peut ressentir parce que quelque part, la voix...souvent les gens ils disent “la voix elle m'a trahie parce qu'elle a montré ceci ou cela”. Mais c'est l'inverse, la voix elle ne trahit pas, la voix est le reflet de vos émotions, donc si vous avez une voix qui est plus ou moins douce, plus ou moins...qui chevrote un petit peu, qui n'est pas très bien placée parce que, en ce moment dans votre vie, vous vivez des choses qui sont pas évidentes, elle ne vous trahit pas. Elle dit ce que vous êtes. Donc c'est vrai que ça a une incidence. après ça marche pas à tous les coups parce qu'il y a des personnes qui sont vraiment en fragilité, en période peut-être un peu de dépression, où là le fake it c'est un peu compliqué. Voilà, donc ça dépend vraiment des cas...”
Léa : “C'est un peu compliqué, vous voulez dire qu'elles ne sont pas capables d'elles-même de “fake it”.
Marie Verguet : “Voilà, c'est-à-dire que même le fait de faire semblant de se forcer un petit peu, il y a des gens qui sont dans de tels états émotionnels que ce n'est pas possible dans le sens où elles ne s'en sentent pas capables, elles sont vraiment au fond du gouffre quoi. Alors que… bon généralement, quelqu'un qui va à peu près bien, effectivement, si il se sent un peu plus bas mais qu'il se donne de l'énergie et qu'il se met de la motivation, la voix va s'en ressentir absolument.”
Léa : “Oui, oui donc là, pour quelqu'un, pour un étudiant – qui serait en visite à Paris il peut faire semblant, il peut essayer de parler avec un peu plus d'assurance juste pour voir la réaction des parisiens. Et là, bah peut-être qu'il verra que les Parisiens, il vont réagir… enfin...Ca vaut le coup d'essayer.”
Marie Verguet : “Ca vaut le coup d'essayer !”
Léa : “Ca vaut le coup de le fake it !”
Marie Verguet : “Voilà, et puis quelque part, le fake it il sera plus fake it quoi, il sera, ce sera la personne en tant que telle, donc c'est plutôt bien.”
Léa : “Et donc, en parlant des Américains en visite, on sait que les Américains sont les champions du développement personnel. On a des supers livres de développements personnels qui ont été écrits par des auteurs américains. Alors est-ce que ça commence en France un peu ça ?”
Marie Verguet : “Oui, beaucoup, beaucoup, et je dirais de plus en plus. En tout cas dans ceux que je peux côtoyer, moi les personnes que je peux côtoyer, de plus en plus on se rend compte de l'importance du travail sur soi, des techniques de développement personnel. Là en France, il y a une très très grosse arrivée de tout ce qui est autour de la méditation. Il y a énormément de gens qui s'y mettent, énormément d'entreprises qui ont compris que faire travailler leurs salariés sur eux, ne pas être uniquement dans la performance technique mais également utiliser l'humanité des personnes avec lesquelles elles travaillent, c'était un point important donc je me réjouis de cette cette arrivée en force de tout ce qui est technique de développement personnel, tout ce qui est livre qui sont de plus en plus traduit en français, et puis de prise de conscience de cet aspect-là. Alors je pense qu'on a encore du travail à faire en France, vraiment, mais ça va dans le bon sens à mon avis. Vraiment, vraiment.”
Léa : “Et le coaching vocal dans tout ça ?”
Marie Verguet : “Et le coaching vocal, tel que moi j'aime le pratiquer en tout cas, c'est vraiment ça, c'est faire ce pont entre la technique du coaching vocal et le développement personnel parce qu'encore une fois je ne pense pas qu'on puisse travailler de manière, je dirais, impliquée et impliquante, si on n'est que sur de la technique. En tout cas, c'est pas ce qui m'intéresse. Je sais qu'il y en a qui le font et qui le font certainement très bien. Mais je n'arrive pas, moi, à me décoller de cette idée que si on travaille uniquement sur le placement de la voix, la posture, sans s'occuper la personne, il va manquer quelque chose. Donc ce lien, c'est ce que je fais de plus en plus, ce que j'essaie de plus en plus de transmettre. C'est ça. Et c'est aussi peut-être en ce sens que j'essaie, moi en tout cas, à ma mesure à moi et à mon niveau, de transmettre et de faire peut-être une différence par rapport à d'autres personnes.”
Léa : “C'est ce qui vous différencie de la technique vocale, de la technique vocale appliquée au chant. Parce que, pour avoir un peu fréquenté les conservatoires, bah là, dans la technique de chant opéra par exemple, on est très précis, on est très rigoureux, mais par contre on peut produire des voix assez froides qui ne touchent pas le public. Parce que c'est juste technique alors qu'est-ce qu'un public aime ? Qu'est-ce que les gens aiment ? C'est la communication, c'est ce qu'on dit avec la voix et donc le coaching vocal ça fait sens, puisque le but c'est de transmettre quelque chose avec notre voix.”