Chapitre 7 Ange ou démon ?
Le lendemain, Raoul retrouve Christine à l'Opéra.
Elle est contente de le voir. Le vicomte lui annonce qu'il va quitter la France dans un mois, car il fait partie de la prestigieuse mais dangereuse expédition organisée pour retrouver les restes d'un bateau perdu dans les glaces du pôle Nord. Christine semble maintenant inquiète. — Dans un mois, nous devrons nous dire adieu, dit-elle tristement, car nous ne nous reverrons peut-être plus jamais.
— Christine, nous pouvons nous marier et nous attendre pour toujours.
— Je ne pourrai jamais me marier avec vous, Raoul !
dit-elle, les yeux remplis de larmes. Elle réfléchit quelques instants, puis elle lui dit joyeusement :
— J'ai une idée !
Fiançons-nous secrètement pendant un mois ! Personne ne le saura. Nous aurons ainsi un beau souvenir à partager, pour toujours ! Raoul sourit : il est heureux.
Il trouve l'idée de Christine excellente. Il accepte donc sa proposition. Les jours suivants, les deux fiancés se voient à l'Opéra.
Ils passent leurs journées à discuter et à se promener dans toutes les pièces. Un jour, alors qu'ils marchent sur la scène, Raoul aperçoit une trappe ouverte. — Vous m'avez montré des endroits magnifiques, dit-il, mais nous n'avons pas visité les sous-sols de l'Opéra.
Nous pourrions y aller ? Christine a l'air terrorisée.
— C'est impossible, dit-elle à voix basse.
Tout ce qui est sous terre Iui appartient... — Érik habite dans les souterrains, n'est-ce pas ?
— Qui vous a dit son nom ?
demande-t-elle, effrayée. — Vous-même, Christine !
Le soir du bal masqué, j'étais caché dans votre loge, derrière le rideau. — Oubliez ce nom et oubliez cette voix, Raoul !
Vous voulez être tué ? Christine l'entraîne loin de la trappe.
Alors qu'ils s'éloignent, Raoul entend un bruit. Il se retourne et s'aperçoit que la trappe s'est refermée. — C'est lui ?
demande-t-il. Christine ne répond pas et continue de marcher.
Raoul lui saisit le bras. — Écoutez-moi, je sais qu'il vous fait peur.
Je peux vous aider, Christine, si vous me racontez toute l'histoire ! Christine regarde le vicomte, les yeux remplis d'espoir.
— Vous pensez que c'est possible ?
demande-t-elle à voix basse. — Oui, je vous emmènerai loin d'ici.
Il ne vous retrouvera jamais. Laissez-moi vous aider ! La diva entraîne Raoul sur le toit de l'Opéra.
— Ici, nous sommes en sécurité, dit-elle.
Je vais tout vous raconter car il faut que vous me compreniez. Elle fait une pause, puis ajoute :
— Tout a commencé avec la voix.
Vous savez que j'ai perdu ma belle voix lorsque mon père est mort : je ne pouvais donc plus devenir une célèbre chanteuse d'opéra. Mais une nuit, j'ai entendu une voix merveilleuse à travers les murs. J'ai pensé que c'était l'Ange de la musique que m'envoyait mon père. Je le lui ai demandé, et il m'a répondu que oui. Nous sommes alors devenus amis, et il a commencé à m'apprendre le chant. C'est un excellent professeur. Grâce à lui, ma voix s'est considérablement améliorée. Mais un soir, alors que je chantais sur scène, je vous ai vu dans le public. J'ai tout de suite compris que j'étais amoureuse de vous, Raoul. J'ai alors parlé de vous à l'Ange de la musique, mais s'est mis en colère... il était jaloux. Il m'a demandé de choisir entre vous et lui. C'est pour cette raison que j'ai prétendu ne pas vous connaître dans ma loge, le soir de mon triomphe. J'avais peur de perdre l'Ange de la musique, vous comprenez ? — Oui, je comprends, dit Raoul.
Mais dites-moi ce qui s'est passé ensuite. Christine regarde rapidement autour d'elle.
On dirait qu'elle a peur que quelqu'un les ait suivis. Elle se retourne ensuite vers Raoul. — Vous vous souvenez de la nuit tragique lorsque le lustre s'est écrasé sur le public ?
J'étais effrayée. Je suis allée dans ma loge et quelque chose d'étrange s'est passé. J'ai marché vers le miroir quand, soudain, il a disparu. Je me suis alors retrouvée dans une pièce très sombre. Je ne savais pas où j'étais. Puis, un personnage masqué est arrivé dans l'obscurité. J'avais très peur mais je ne pouvais pas crier. il m'a soulevée et m'a mise sur son cheval : j'ai reconnu César, le cheval blanc qui avait disparu des écuries de l'Opéra. Nous sommes descendus dans les souterrains, il faisait très sombre. Nous sommes arrivés près d'un lac ; un petit bateau nous attendait sur la berge. Il m'a fait monter à bord, et il m'a conduite au milieu du lac, dans la demeure du lac. Là, il m'a installée sur un divan en me disant de ne pas avoir peur. Il s'est mis à genoux, en face de moi. Il m'a parlé lentement et calmement, mais sa voix était étrange à cause de son masque. « Christine, je vous ai menti », m'a-t-il dit. « Je ne suis ni l'Ange de la musique, ni un génie, ni même un fantôme. Je suis seulement Erik, et je vous aime. Restez avec moi, Christine ! Restez avec moi pendant cinq jours ! Après, je vous laisserai partir, vous avez ma parole. Mais vous devez me promettre une chose : n'essayez jamais de voir mon visage ! Christine s'arrête de parler un instant pour reprendre son souffle.
— J'ai été stupide, Raoul, car à ce moment-là, j'ai retiré son masque d'un geste rapide.
Il a poussé un cri en essayant de tourner la tête, mais j'ai vu... j'ai vu son horrible visage ! C'était. terrible, Raoul ! Il a une tête de mort à la place du visage, avec des yeux rouges comme le feu ! Ensuite, il a attrapé mes mains, m'a regardée et m'a dit en hurlant : « Regarde-moi, Christine ! Regarde le visage d'Erik. Tu connaissais ma voix, à présent, tu connais mon visage ! Je suis horrible, affreusement horrible ! Mais maintenant que tu as vu mon visage, tu es à moi. Je ne te laisserai plus jamais partir ! — Que s'est-il passé ensuite ?
demande Raoul, visiblement très inquiet. — J'avais peur, continue Christine, mais en même temps, j'avais de la peine pour lui.
Il m'aimait tellement, et il était si triste. Cependant, je voulais retrouver ma liberté. J'ai donc décidé de lui faire croire qu'il ne m'effrayait plus. Cela a été difficile, Raoul, mais j'ai réussi. Je lui ai promis de revenir. Il m'a crue et m'a laissée partir. — Mais vous êtes retournée le voir, dit le vicomte.
Pourquoi ? — j'étais très triste pour lui, dit-elle simplement.
Soudain, Raoul et Christine entendent un bruit.
Il fait nuit maintenant. Les deux fiancés se retournent et aperçoivent une ombre noire aux yeux rouges comme le feu. Terrifiés, ils se sauvent en courant.