Chapitre 6 Le bal masqué
Depuis cette soirée tragique, Christine n'a plus interprété de rôle à l'Opéra.
Elle est même introuvable. Raoul est désespéré car il ne sait pas où il peut la chercher. Un soir, très tard, alors qu'il marche dans une rue déserte, il voit une voiture qui se dirige vers lui. Il regarde et aperçoit la silhouette d'une femme à l'intérieur. — Christine !
crie-t-il. Le vicomte se précipite vers la voiture.
Soudain, il entend une voix d'homme à l'intérieur. Puis, le cocher fait claquer son fouet et le cheval part au galop. Raoul se met à courir derrière la voiture, mais il est trop tard : elle est déjà très loin. Il est maintenant convaincu que Christine aime un autre homme. Désespéré, il rentre chez lui dans le silence glacial de la nuit. Le lendemain matin, son serviteur lui apporte une lettre qu'un passant a trouvée près de l'Opéra.
Cher Raoul,
Je vous attends après-demain à minuit au bal masqué de l'Opéra, dans le petit salon.
Mettez un masque et un domino3 blanc. Ne dites rien à personne. Je compte sur vous. Christine
Raoul lit la lettre plusieurs fois.
Il reprend espoir. Sa décision est prise : il ira à ce bal masqué. Cependant, il pense toujours à ce mystérieux Ange de la musique. Qui est-il ? Pourquoi Christine est-elle amoureuse de lui ? D'ailleurs, l'aime-t-elle vraiment ? La retient-il prisonnière ? Le bal masqué de l'Opéra est un événement important.
Toutes les personnalités de Paris sont présentes. Raoul arrive juste avant minuit. Il entre dans la salle et se dirige vers le lieu du rendez-vous. Soudain, un invité masqué et vêtu d'un domino noir s'approche de lui et lui fait un signe de la tête. C'est Christine ! Elle s'écarte rapidement de lui et traverse la foule. Raoul la suit. Alors qu'ils traversent le foyer4, le vicomte remarque un groupe de personnes réunies autour d'un mystérieux personnage.
Celui-ci porte un énorme chapeau à plumes, un masque représentant une tête de mort et un long manteau rouge sur lequel est écrit : « Ne me touchez pas ! Je suis la Mort rouge ! Un homme dans la foule essaie de le toucher, mais une main de squelette sort de la manche du manteau, saisit le poignet de cet homme et le serre très fort. Quand il le libère, l'homme s'enfuit en courant, épouvanté. À ce moment-là, Raoul observe le masque de la Mort rouge... c'est la même tête de mort qu'il a vue dans le cimetière de Perros-Guirec ! Christine remarque la réaction du jeune homme.
Elle lui attrape le bras et l'entraîne vers les escaliers. Ils montent deux étages et entrent dans une loge. La diva colle son oreille au mur et écoute attentivement. — C'est bon, dit-elle à voix basse.
Il ne sait pas où nous sommes. La porte de la loge est ouverte.
Raoul regarde dans le couloir par-dessus l'épaule de Christine. Il aperçoit alors un homme vêtu d'un long manteau : c'est la Mort rouge ! — C'est lui !
s'exclame Raoul. Cette fois, il ne m'échappera pas ! Il retire son masque et veut se précipiter dans le couloir, mais Christine l'empêche de sortir.
— Lui, qui ?
demande-t-elle. — La Mort rouge bien sûr !
répond le vicomte. Votre ami, madame, votre Ange de la musique ! Je vais aller le voir et lui arracher son masque. Je veux voir son visage ! — Non !
hurle Christine, terrorisée. Au nom de notre amour, restez ici ! — Notre amour ?
Mais vous plaisantez, Christine ! Ce n'est pas moi que vous aimez, c'est lui ! Allez le rejoindre I Vous vous êtes bien moquée de moi. Je vous déteste ! Christine le regarde avec tristesse.
— Un jour, vous comprendrez, dit-elle calmement.
Adieu, Raoul ! Surtout, ne me suivez pas. Christine sort de la loge et s'en va.
Raoul, très triste, la regarde s'éloigner. Quelques minutes plus tard, il descend dans le foyer et demande à tous les invités s'ils ont vu la Mort rouge. il cherche partout ce mystérieux personnage, sans succès. Plus tard dans la nuit, il décide d'aller dans la loge de Christine. Il frappe à la porte : personne ne répond. Il entre, la loge est déserte. Soudain, il entend un bruit dans le couloir. Il se cache alors derrière un long rideau. La porte s'ouvre et Christine entre.
Elle retire son masque, puis ses gants. Raoul remarque que la diva porte une alliance. « Qui lui a donné cette alliance ? » pense-t-il, très troublé. Christine s'assoit à sa table et prend sa tête entre ses mains.
Elle a l'air triste. — Pauvre Érik !
dit-elle. Pauvre Érik !
Derrière le rideau, Raoul sursaute.
« Qui est Érik ? » pense-t-il. « Et pourquoi Christine est-elle triste pour lui ? Puis, Christine commence à écrire.
Tout à coup, elle s'arrête : elle a l'air d'écouter quelque chose. Raoul se met lui aussi à écouter : il entend un chant lointain qui semble venir des murs. Peu à peu, le chant devient mélodieux, et il distingue maintenant une belle voix d'homme, douce et captivante. La voix semble à présent dans la pièce. Raoul regarde, mais Christine est seule dans la loge. La cantatrice se lève et sourit.
— Érik, dit elle doucement.
Vous êtes en retard. La voix chante maintenant La nuit de noces5, un passage de l'opéra Roméo et Juliette.
Raoul n'a jamais entendu un chant aussi beau, aussi pur et aussi mélodieux. Cette voix est magnifique, envoûtante, et Raoul comprend maintenant pourquoi Christine a fait autant de progrès. La diva se dirige vers le fond de, la loge où se trouve un immense miroir.
Raoul écarte légèrement le rideau pour observer la scène. Il tente de saisir le bras de la diva, mais il est repoussé en arrière, et il sent un vent glacé sur son visage. Il voit maintenant deux, puis quatre, puis huit images de Christine voler autour de lui. Il essaie de les toucher, mais elles disparaissent. Il se retrouve tout seul dans la loge, face au miroir.