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Acmaq.1 La secret de la vieille Madouesse-Diane Carmel Lege… – Testo da leggere

Acmaq.1 La secret de la vieille Madouesse-Diane Carmel Leger, Chapitre 7 - Le piège

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Chapitre 7 - Le piège

Chapitre 7

Le piège

Au grand soulagement de Benoît, les Détraqués ne le regardent même pas. Ceux-ci portent toute leur attention sur Zoé, la nouvelle élève maigre et blême, aux cheveux longs et aux vêtements étranges. Elle est déjà surnommée Zoé la Zirable par les Détraqués, qui ont hâte d'achever leur semaine de punition pour s'en prendre à elle.

Après la classe, Benoît ne voit aucune trace de brume dans le marais. Ils ne pourront donc pas piéger le lutin. Sa grand-tante l'attend pour manger des craquelins à grains entiers et du fromage. Benoît aurait préféré des croustilles.

— C'est dommage qu'il n'y ait pas de brume, dit-elle. Tu n'as pas besoin de faire tes devoirs le vendredi. Comme tu as bien nettoyé la cave avant-hier, il ne reste qu'à mettre les ordures dans la grande poubelle.

Au sous-sol, Benoît empoigne les derniers sacs d'ordures et jette un regard autour de lui, fier de son travail.

Débarrassée des déchets, la cave ressemble encore plus à une ancienne casemate du fort Beauséjour. Ça serait bien de retourner au fort avec Papa pour explorer le champ de bataille. Peut-être qu'ils y trouveraient des boules de canon, des balles de mousquet ou des pointes de flèches.

Rendu dehors, Benoît met les sacs dans la poubelle près de la grange.

— Merci Benoît, dit sa grand-tante sur la galerie. Il me faut de l'exercice. Allons marcher sur la levée, dit-elle affichant un sourire de connivence.

Certain qu'ils retournent à l'endroit où il a vu Ti-Grisou et eu son accident de VTT, Benoît attend sa grand-tante près de la voiture. Mais Madouesse passe à côté et marche vers le chemin. Benoît la rejoint et ils traversent la route. Il n'avait pas remarqué le sentier qui mène à la grande digue longeant la rivière.

Devant eux s'étendent des kilomètres de marais. Il n'y a pas d'arbres, sauf un petit bosquet de peupliers, plus loin au bord de la levée. Il n'y a pas de vent non plus, ce qui veut dire qu'il n'y a aucun mouvement de branches, de feuilles ou d'herbes.

C'est donc plate marcher dans le marais. Pas comme y aller en VTT.

En approchant le petit bosquet, Benoît sursaute en y voyant surgir un corps brunâtre à col blanc avec une tête rouge et verte qui traverse la levée en toute vitesse et disparaît dans l'herbe.

— Ce faisan se cache souvent là, dit Madouesse, nonchalante. Les mâles ont du rouge et du vert dans leur plumage, les mêmes couleurs que portent les lutins.

Ah, c'est seulement un oiseau. Faut pas laisser mon imagination s'envoler, mais ma grand-tante à l'allure si rationnelle me parle de lutins !

— On dit qu'il est impossible de capturer les lutins parce qu'ils peuvent se rendre invisibles, continue-t-elle. Mais je pense que ce n'est pas le cas de notre Ti-Grisou. Il semble simplement se servir de la brume pour se rendre difficile à détecter.

— Sans brume pour le cacher, il quittera peut-être les alentours, suggère Benoît, se sentant toujours un peu enfantin de parler de lutins.

— Justement, s'il est nomade, on risque de ne pas le revoir. Es-tu prêt à prendre au sérieux la recherche de lutins ?

— Euh, oui, dit Benoît toujours un peu sceptique.

— Demain matin, le marais sera brumeux. As-tu une bicyclette ?

Benoît hésite. Il y a plus d'un an depuis qu'il s'est servi de son vélo. Sera-t-il capable de pédaler loin ? Il ne veut tout de même pas manquer la chance de revoir le lutin…

— Oui !

— Bon. Ce soir, demande à tes parents si tu peux m'aider à nettoyer ma grange demain matin.

— Ils seront d'accord. À quelle heure ?

— À six heures. Tu pourras déjeuner avec moi. Je calcule que tu dois partir à cinq heures et demie, afin d'arriver à temps pour manger et ensuite explorer le marais avant que la brume matinale se dissipe.

— Cinq heures et demie ? Ma famille ne sera pas réveillée.

— Exactement. Il ne faut pas piquer leur curiosité. Dès que le piège pour capturer Ti-Grisou sera tendu, nous reviendrons faire un petit ménage dans la grange pour ne pas mentir à tes parents.

— Mais un piège pourrait le blesser…

— Ne crains pas, Benoît. Mon piège à lutin ne lui fera pas mal.

Le soir venu, les parents de Benoît sont étonnés d'apprendre que leur fils veut se rendre chez sa grand-tante en vélo et travailler en plein samedi matin. Il se retient de leur dire l'heure de son départ.

Le lendemain, à cinq heures et demie, Benoît quitte la maison en refermant la porte doucement derrière lui. Comme Madouesse l'a prédit, une brume laiteuse s'étend comme une nappe blanche gigantesque d'un bout à l'autre du marais !

Fébrile, il enfourche sa bicyclette et file, chancelant un peu dans la cour. Retrouvant sa confiance, il descend la grande côte sans pédaler. Ensuite, il roule sur la route centrale jusqu'au pied d'une colline où il marche à côté de son vélo, essoufflé. Sur la crête de la colline, il enfourche à nouveau son vélo et pédale jusqu'à la maison de sa grand-tante. À la porte, un arôme d'oeufs et de bacon l'accueille.

— Tu es juste à temps, dit Madouesse en lui ouvrant la porte.

Ils mangent rapidement sans mots. Leur copieux repas terminé, les complices déchirent chacun un morceau de carton qui servira de siège sur la rosée et ils partent à la chasse aux lutins. Toujours en silence, ils roulent en voiture jusqu'à l'autre bout du marais. Laissant la voiture sur le bord de la route, ils pénètrent le brouillard matinal.

« Bouche cousue, oreilles tendues ! » chuchote la grand-tante.

Au site de l'accident, ils déposent leurs cartons dans l'herbe mouillée de la levée et s'assoient dos à dos. Ils font le guet en silence. Le temps passe. Ils ne voient pas le moindre ombrage dans le marais embrumé. Alors que le brouillard commence à se dissiper, Madouesse chuchote « Tourne-toi tranquillement. » Benoît se retourne.

À dix mètres de la digue, il semble qu'un animal se fraye un chemin en écrasant l'herbe à mesure. En face de la levée, la bête se cache derrière une touffe de vieille herbe délavée. La femme et le garçon retiennent leur souffle en voyant une petite tête encapuchonnée poindre lentement au-dessus de la touffe d'herbe, puis se baisser subitement.

— Ti-Grisou, chuchote Madouesse.

— Il nous a vu, chuchote Benoît, le coeur à la gorge.

Le capuchon gris rebrousse chemin et disparaît dans les derniers vestiges de la brume.

— Allons tendre mon piège.

Benoît ne voit pas de piège. Perplexe, il suit sa grand-tante qui descend la levée et se rend à la touffe d'herbe asséchée. De sa poche, Madouesse sort une pierre peinte en rouge vif, sur laquelle est dessiné un visage hilarant riant à pleines dents. « Le cadeau d'un ancien élève », murmure-t-elle en déposant la pierre par terre. De l'autre poche, elle sort un des sabots miniatures et le dépose près de la pierre.

D'une voix autoritaire, elle s'adresse à Ti-Grisou qui est peut-être caché tout près.

— Nous ne vous voulons pas de mal ! Nous voulons simplement vous rencontrer ! Je vous ai vu près de l'aboiteau des Boudreau quand j'étais jeune fille ! Vous vous êtes enfui, laissant vos sabots, crie-t-elle, levant la main en l'air avec le sabot au bout des doigts.

Elle a l'air ridicule à crier dans le vide.

— Demain matin, nous reviendrons avec l'autre sabot à condition d'avoir le privilège de vous parler ! N'ayez pas peur, ça restera notre secret. C'est promis !

Satisfaite de son discours, elle tourne les talons et remonte la levée. Benoît la suit, étonné de tout ce qu'il vient de vivre. Sur le sentier, ils entendent le bourdonnement de VTT qui viennent vers eux.

— Quel tintamarre ! s'exclame la grand-tante. Je déteste ces machines infernales !

Pensant le contraire, mais gêné d'être vu avec sa tante, Benoît commence à descendre la digue pour laisser passer les VTT.

— Non, Benoît. Restons sur la levée. Obligeons ces tapageurs à descendre et nous contourner !

Les trois véhicules descendent la digue pour faire le tour des piétons. Quand les VTT remontent la levée plus loin, le dernier passager se retourne. C'est nul autre que Dan, le Détraqué.

Ah non ! Dan ! Il m'a vu marcher dans le marais avec la vieille Madouesse !

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