Chapitre 8
Au milieu de la nuit, un sanglot m'a réveillée. Je le connais bien, ce sanglot. C'est une sorte de boule, elle s'installe dans ma gorge, juste en dessous de la place où se trouvaient mes amygdales, avant qu'un chirurgien-boucher ne me les enlève. La boule me vient quand je suis trop seule, pour me tenir compagnie. De vous à moi, je préférerais quelqu'un d'autre comme compagnie. Mais on ne choisit pas toujours ses amis et tout vaut mieux que la solitude.
Je me suis assise dans mon lit. Si je reste allongée, ce sanglot-là m'empêche de respirer.
« Et si j'essayais ? »
L'image de la nommeuse ne me quittait pas. Avais-je moi aussi ce pouvoir de faire apparaître ? Je n'osais pas. Le coeur me battait. Mes mains tremblaient. J'ai prononcé « Maman » doucement, pour ne pas déranger Thomas qui avait fini par s'endormir.
Une seconde après, elle était là, debout près de moi, ma vraie maman, ses cheveux blonds, son parfum de savon, son sourire de petite fille, les yeux plissés et la main ouverte, toujours prête à caresser ma joue.
On se regardait, regardait, à se faire mal, sans rien dire. C'était à moi de parler mais je ne pouvais pas. Je n'avais pas encore retrouvé mes mots. Je n'étais pas encore guérie de la tempête.
Maman est restée si peu de temps, à la lumière de la lune. J'avais un oeil sur ma montre fluorescente et l'autre sur ma mère. Ça dure si peu, sept minutes.
Et elle s'en est allée, avec un geste du bout des doigts, au revoir. Emportant avec elle le sanglot. Maman est comme ça, elle m'enlève mes sanglots. J'espère qu'elle ne les garde pas pour elle. Plus tard, j'inventerai des poubelles à sanglots. On les jetterait aux égouts, où des rats les mangeraient. Les rats, dit-on, se nourrissent de n'importe quoi. Nous nous sentirions plus légers. Je me suis rendormie.