40b. « Le paradoxe du zombiologue. » Florian Douam. Partie 2/2.
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Et finalement, cette limite «balançante » entre nécessité et responsabilité, ce qui est intéressant, c'est qu'elle « excite » (entre guillemets) les passions, et elle crée une espèce de paradoxe, que j'appelle : « le paradoxe du zombiologue.
» Et vous allez voir ce que ça représente en fait : c'est l'idée que d'un côté, le grand public va réclamer des mesures préventives contre certaines épidémies, de grippe, donc on va réclamer qu'on soit prêts pour répondre à des problèmes sanitaires causés par tel organisme ; et d'un autre côté, le grand public va dénoncer les expérimentations génétiques un peu comme « de sorciers fous », qui visent pourtant à créer des mesures préventives pour se protéger de telles épidémies. Alors… Et donc du coup, pour un virologue, c'est assez étrange, ce genre de paradoxe.
Et je vais essayer de vous le représenter d'une manière un peu plus amusante : (c'est) imaginez, vous avez créé l'arme anti-zombie parfaite pour protéger votre maison. Vous entourez votre maison de tapis roulants, d'accord ?
Donc là, les zombies ne pourront pas pénétrer dans votre maison.
Parce qu'ils vont glisser sur le tapis roulant, ils y (n'y) arriveront pas. Et en parallèle, vous dénoncez les fabricants de tapis roulants parce que les objets qu'ils créent sont potentiellement dangereux, d'accord ? Donc là, vous avez un paradoxe.
Et ce qui est intéressant avec ce paradoxe, c'est que finalement, même si on essaye de créer des virus en laboratoire pour faire ces mesures préventives, pour être prêts à l'avenir ; eh ben, (eh bien) le grand public se rappelle toujours d'une chose : le danger, la peur des zombies.
On revient au départ.
Donc la question qu'on peut se poser, c'est : est-ce que cette limite entre nécessité … cette limite « balançante » entre nécessité et responsabilité, est-ce que c'est la vraie… est-ce que c'est finalement le vrai problème ?
Moi, je (ne) pense pas.
Je pense que finalement, cette limite entre nécessité et responsabilité, c'est le zombie qui cache la horde de zombies.
Le vrai problème pour moi, c'est la communication et la transparence des pratiques scientifiques envers le grand public.
Et donc pour confronter cette limite, qui est pour moi la vraie limite, eh ben il faut se confronter au public.
C'est ce que nous faisons : nous allons dans les collèges, dans les lycées, nous créons des ateliers interactifs pour le grand public, pour lui expliquer pourquoi nous travaillons sur les virus, pourquoi nous faisons cette recherche, et aussi comment nous faisons cette recherche, toujours dans cette dualité nécessité-responsabilité.
Et en expliquant ça au grand public, en étant pédagogues, il va mieux comprendre les enjeux de demain et pourquoi on fait toute cette recherche.
Et lorsqu'on fait ça, on réalise tout simplement que la limite, elle est surtout dans la conception que la science est recherche, alors que finalement, la science devrait être autant recherche que communication.
Alors, parce qui (que) justement, il s'agit de l'avenir, expliquer aux gens ce genre de recherche sur des virus extrêmement pathogènes, c'est essentiel.
C'est essentiel, parce que ça parle d'enjeux, ça parle d'enjeux de demain, le futur de l'homme, sa pérennité à la surface de la planète. Et aussi, tout simplement, parce qu'il est tout à fait normal que les gens sachent ce qui se pratique dans les laboratoires qui sont à côté de chez eux. Parce que le mystère conduit à la peur, la peur à l'emballement, et l'emballement à la désinformation, ce qu'il se passe pour les zombies. Lorsqu'on comprend tout ça, on comprend finalement que le virologue n'est pas un apprenti-sorcier, mais plutôt une sorte de protecteur contre les invasions de zombies.
Allez !
Pour revenir, euh… Pour conclure, à mon fameux Jean-Claude du départ, même si le zombie finalement ne représente qu'une fiction, il a la qualité de nous rappeler que la préparation à l'avenir et aux enjeux de demain est essentielle. Et ça, l'agence fédérale américaine de prévention et de contrôle des maladies l'a très bien compris : ils utilisent le prétexte de l'invasion de zombies pour inciter les gens à venir se former à répondre aux situations d'urgence sanitaire.
Et là, vous avez l'exemple d'un t-shirt, et j'en ai aussi un autre sur moi.
Vous avez à travers le monde plein d'unités, qui s'appellent « Zombie Apocalypse Response Team », des gens qui se sont formés pour répondre à des invasions de zombies, mais c'est des gens qui œuvrent sur tous les théâtres de catastrophes naturelles aujourd'hui. D'accord ? Donc cette idée de se préparer à l'avenir.
Et je conclurai par dire (en disant) que, une science plus accessible, plus communicative envers le grand public, c'est une science renforcée, plus dynamique, qui créé de nouvelles vocations plus facilement, plein de petits tueurs de zombies, et c'est une science plus prête pour assurer, pour prévenir l'avenir de demain.
Merci
(Applaudissements)