×

Utilizziamo i cookies per contribuire a migliorare LingQ. Visitando il sito, acconsenti alla nostra politica dei cookie.

image

Ted Talk en français, 34. L'identité ou l'obsession du nous et eux : Cynthia A. Sheehan.

34. L'identité ou l'obsession du nous et eux : Cynthia A. Sheehan.

Alors, bonjour, je m'appelle Cynthia Sheehan et je suis bilingue.

En fait, je parle français avec ma mère, et anglais avec mon père. C'est comme ça, ça toujours était comme ça pour moi.

Quand j'étais petite, je pensais que toutes les mamans parlaient français, et (que) tous les papas parlaient anglais.

Ça a été un grand choc quand j'ai appris que c'était (ce n'était) pas le cas.

Alors, quand je vous dis : c'est moi aujourd'hui, je parle anglais avec mes enfants, mais c'est parce que j'ai marié un francophone.

Si j'avais marié un anglophone, je parlerais français avec mes enfants, parce que pour moi c'est très important de leur transmettre cet héritage bilingue.

Donc comme j'vous dis (je vous dis), moi, je vis très bien avec ça, mais de temps en temps je vais rencontrer quelqu'un qui va me poser la question : « Vous là ! vous êtes anglophone ou vous êtes francophone? » Bien là je dis : « Je suis bilingue ».

Mais il y a des gens pour qui, ça (ne) marche pas seulement !

: « Oui mais ! Pour de vrai alors, pour de vrai ? Vous êtes vraiment anglophone ou francophone ? » Devant cette insistance, de dire : il faut choisir, vous ne pouvez pas être les deux, je me suis questionnée sur : c'est quoi l'identité ? Et pourquoi est-ce qu'il faut choisir, et comment et pourquoi des fois lorsqu'on s'identifie à quelque chose, il faut nécessairement renoncer à son opposé ?

Pourtant, nous sommes tous des amalgames de différentes catégories, de différentes identités.

On est multi facettes ! Par exemple, moi je suis une femme, je suis enseignante, je suis une épouse, je suis jeune. Je suis jeune tant que je n'aurai pas 40 ans : je suis jeune !

(Rires)

Je suis mère, je suis une traductrice, une conductrice, une propriétaire, une cinéphile, j'aime le magasinage [1], je travaille à l'université, j'ai une dent sucrée [2], je suis une grande fan de « Hello Kitty » !

Alors, toutes ces identités, que vivent très bien en parallèle, un côté de l'autres.

Nous utilisons tous une multitude d'identités pour nous identifier, d'étiquettes pour nous identifier, mais aussi pour reconnaître des gens qui ont les mêmes intérêts que nous ; et on n'a pas vraiment de problème avec ça.

Mais il existe certaines identités qui se définissent principalement en opposition à leur contraire.

Repensez quand vous aviez 6 ans : qu'est-ce que c'est que d'être un garçon ? À 6 ans, être un garçon, c'est ne pas être une fille. Ok ? Et, être un VRAI garçon, c'est ne pas être une fille. Et, être une VRAIE fille, c'est de ne pas être un garçon... ark ! Hein ?

Donc, être pauvre, c'est quoi ?

C'est ne pas être riche, et son contraire. Être de gauche, c'est ne pas être de droite. Donc, évidemment, être un garçon pauvre de gauche, c'est ne pas être une riche fille de droite.

Les exemples de groupes qui s'opposent sont nombreux : pensez aux chrétiens et aux juifs ; ou aux chrétiens et aux musulmans, ou aux juifs et aux musulmans, mais on peut… Mais c'est… c'est ironique !

Parce que ces trois religions-là vénèrent le même Dieu. Le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, c'est le même Dieu. Pourtant, c'est sur les prophètes qu'ils ne s'entendent pas, et ils mettent une énorme différence à se distinguer du nous et du eux.

Les Québécois, c'est… être québécois, c'est ne pas être ontarien, ou ne pas être canadien.

Combien d'études produisons-nous par année pour montrer la distinction des Québécois par rapport au reste du Canada ?

Être capitaliste, c'est réfuter les argumentaires des altermondialistes.

Cette ligne que l'on trace pour exclure l'autre, a même des conséquences physiologiques : dans un groupe, on pourrait... quand un membre de notre groupe se blesse, on sent de l'empathie pour ce membre-là. Et quand un membre du groupe adverse éprouve des problèmes, on est heureux pour ses malheurs.

L'illustration parfaite de ce phénomène se retrouve dans le sport, hein !

Quand les Canadiens, quand un membre du Canadien se blesse, c'est tout le Québec qui a mal. Sauf les anciens fans des Nordiques, mais ça c'est une autre histoire. Ok !

Quand les « Bruins » de Boston ou les « Maple Leafs » de Toronto perdent, c'est… on est heureux, on est heureux du malheur de l'opposé.

Cette séparation du « nous » et du « eux » remonte au temps où l'homme était regroupé en tribus, où la survie même de l'espèce dépendait de notre capacité à se défendre, mais aussi à repousser l'ennemi.

Parce que on le sait: diviser entre « nous » et « eux », ça mobilise, ça permet de présenter un front uni et ça protège les éléments plus vulnérables à l'intérieur du groupe.

Et s'il y a dissidence, on peut menacer d'expulsion.

Et on dit : ceux qui ne sont pas avec nous, sont contre nous. Avez-vous déjà entendu ça quelque part ? Bien qu'on n'ait plus de tribus maintenant, on utilise encore cet argumentaire-là beaucoup dans le discours politique.

De définir le « nous », ce que l'on est, en opposition au « eux », ce que l'on n'est pas, peut peut-être avoir des bienfaits, mais il a aussi des conséquences très néfastes.

Entre autres, c'est parce qu'il est basé sur la prémisse que le « nous », c'est bien, mais que le « eux », c'est mal. Et c'est ce qui mène directement à la guerre. En effet la guerre ne peut avoir lieu que dans un contexte de « nous » et de « eux ».

On ne peut pas tuer des milliers de gens sans préalablement avoir placé ces gens-là dans une catégorie distincte de « nous », et d'un ennemi à abattre.

Le problème, c'est que ces distinctions-là sont complètement arbitraires ! Pendant plus de 1 500 ans les médecins ont catégorisé les gens comme étant euh, euh… colériques, sanguins, flegmatiques et mélancoliques.

Ils croyaient dur comme fer qu'il y avait quatre types de tempéraments, et que c'était très important de déterminer quel type on avait parce que ça avait des impacts sur notre euh… le diagnostic, mais aussi sur le traitement qu'on allait prescrire.

Problème : ces distinctions-là ils (elles) sont arbitraires et ils (elles) n'existent que dans notre imaginaire.

En fait ils (elles) ne sont qu'une question de perception ; ils (elles) ne sont pas réelles. C'est notre perception du danger, notre peur de ce que l'autre pourrait nous faire.

Mais l'autre a énormément à nous apprendre.

Et quand on le renie, quand on le met de côté, on met de côté plusieurs choses. Alors la prochaine fois qu'il vous vient l'idée de dénigrer ou de refuser de quelqu'un…. d'une 'opinion de quelqu'un parce que il est libéral, parce que c'est un enfant gâté, un étudiant gâté, parce que c'est un indépendantiste, un pauvre, un musulman, une femme voilée, un francophone, une anglophone, posez-vous la question : de quoi avez-vous peur. Mais surtout : à quoi renoncez-vous ?

Donc, en terminant je vous invite à lire l'excellent livre « Us and them, understanding your tribal mind » de David Berreby, qui vous présente un peu plus... cet euh… ce livre-là malheureusement disponible juste en anglais et malheureusement... mais peut-être que vous y découvrirez un amour de l'anglais, comme moi et un amour de l'autre.

Merci.

(Applaudissements)

Learn languages from TV shows, movies, news, articles and more! Try LingQ for FREE