32b. Et si nous éduquions nos enfants à la joie ? Antonella Verdiani. Partie 2/2
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Heureusement, le temps a fait son œuvre.
Un jour, je me suis libérée de ce sortilège de l'échec et j'ai réalisé qu'il y a mille façons de danser la vie. Et donc, j'ai aussi réalisé une autre chose ; c'est-à-dire que cet épisode, cette blessure d'enfant, n'avait pas brisé une, voire deux choses fondamentales pour moi. C'était : une la capacité de rêver et l'autre, la joie de vivre ; celle que j'avais lorsque je dansais. Et donc, jeune adulte et même maintenant, j'ai commencé à prendre des cours et je continue encore des cours de danse, de danse classique, de tango, de tarentelle...
Si je vous dis ça, ce n'est pas pour vous étaler ma vie.
Euh, ça n'a rien d'extraordinaire ; c'est normal, c'est banal. Ça m'est arrivé à moi, ça peut vous arriver à vous, ça peut-être va arriver à vos enfants. Eh ben, pour moi, il n'y a absolument rien de normal dans tout ça. Cet épisode est la manifestation d'une cruauté ordinaire que notre monde, notre système éducatif en tête, continue d'infliger aux enfants en tuant leur capacité de (à) rêver. Et moi, je ne veux pas être complice de ça. Je ne veux pas être complice de ça.
Et donc, lorsque j'ai commencé à pouvoir décider pour moi, je suis allée à l'université.
Je suis d'abord allée, euh, faire, euh… j'ai fait des études, des études doctorales. Et j'ai fait une thèse qui s'appelle « Éduquer à la joie ».
Et qu'est-ce que ça veut dire « éduquer à la joie » ?
J'ai découvert d'abord que la joie est ma passion aujourd'hui. Et puis figurez-vous que j'ai découvert une chose, c'est que la joie, son mot, l'étymologie de « joie », en sanskrit, c'est « Yug », « Yuj ». Ça veut dire le lien, c'est la connexion, c'est la « reliance. » C'est magnifique !
Mais qu'est-ce que ça veut dire d'être relié ?
C'est quoi être relié ? Et bien bon, ben je pense que c'est très simple. J'ai vu ça chez les enfants, vous l'avez vécu aussi, moi je m'en souviens. C'est la mémoire de mon corps qui me l'a redit. C'est ce que je vivais, moi, quand je dansais et j'ai vu les enfants, pendant qu'ils sont en train de dessiner, ou de jouer, ou de faire des choses qu'ils aiment particulièrement faire, oublier le monde autour de lui, autour d'eux. Ils sont tellement absorbés que vous pouvez les appeler pendant deux heures, ils ne vous entendent pas, et en plus, ils sont en train d'apprendre sans aucune fatigue. C'est génial !
Et pour moi, cette « reliance », ça me ramène à ce que moi j'ai vécu lorsque je dansais sans fatigue.
C'était être en contact direct avec, avec le monde, avec le ciel et la terre, avec les animaux, les fleurs, avec les gens, et avec vous !
Qu'est-ce que ça a à voir avec l'éducation ?
Et ben, beaucoup ! Parce que, imaginez, si on commençait à éduquer à partir de ça... Si on commençait à partir de quelque chose que la permaculture a déjà découvert. La permaculture, vous connaissez, c'est une science écologique, hein !. La permaculture dit : « cultivez là où c'est déjà fertile ». Vous imaginez, qu'est-ce que ça voudrait dire de commencer à pouvoir apprendre à partir de quelque chose qui est notre richesse, notre trésor ?
Ça serait révolutionner l'éducation.
Ça serait complètement changer la face du monde ! Ça serait aussi apprendre sans aucune fatigue. Ben, dans le passé, des pédagogues, des éducateurs, des philosophes - on l'avait déjà compris - Montessori, Steiner, Freinet. Ils avaient déjà compris mais ils n'ont pas été beaucoup écoutés.
La bonne nouvelle, c'est que aujourd'hui, de plus en plus d'éducateurs, d'enseignants, de maîtres, de maîtresses, des parents, non seulement ont repris, ont repris le flambeau de ces prédécesseurs mais sont en train d'inventer des nouvelles pratiques pédagogiques.
Je vous assure que j'en vois beaucoup, beaucoup, et beaucoup. Ce sont des personnes qui inventent de nouvelles méthodes qui sont basées toutes sur la liberté, le respect du rythme de l'enfant, et la capacité, leur capacité de (à) rêver.
Ma joie à moi, c'est de (me) connecter, d'être en contact avec cette « reliance.
» Et c'est pour cela qu'avec un groupe de personnes qui savent encore rêver, j'ai fondé une alliance. Une alliance pour le renouveau de l'éducation qui s'appelle le « printemps d'éducation. » C'est… Parce que tout est déjà là, il faut tout simplement relier. Ça c'est ça, éduquer à la joie !
C'est finalement se souvenir de ce que disait Maria Montessori ; lorsqu'elle disait :
« La joie d'apprendre, elle est autant (aussi) indispensable que l'intelligence, que la respiration aux coureurs et aux danseurs aussi !
»(Applaudissements)