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Ted Talk en français, 31a. Aveugle, arabe et citoyen: Hamou Bouakkaz. Partie 1/2.

31a. Aveugle, arabe et citoyen: Hamou Bouakkaz. Partie 1/2.

(Applaudissements)

Bonjour.

Ah, c'est bien, il y a personne. (Rires) C'est ça, mon avantage concurrentiel, je vous vois pas, alors ça fait moins peur. Non, c'est un vrai plaisir d'être là avec vous, puisque vous avez choisi d'être là, et vous m'avez demandé de vous en mettre plein la vue, alors on va commencer ! Je vais vous faire une petite intervention de voyance.

Ça vous dit, un voyant aveugle ? C'est une première, hein ? Et comme tous les voyants, je (ne) veux pas me planter, alors je vais vous prédire votre passé. Et je vais vous faire une révélation : votre grand-père était handicapé. Non, non ! Ne me regardez pas comme ça ! (Ne) faites pas… ce n'est pas la séquence « le fou », non ! C'est sérieux, hein ? Vous savez que, au début des temps, la terre était une étendue d'eau.

Elle était peuplée de batraciens, qui nageaient, qui se marraient, qui s'envoyaient de l'eau, tout ça ... Et parmi ces batraciens, il y en a un qui est né avec des poumons. Et un batracien à poumons, c'est (ce n'est) pas pratique, hein ! On (ne) peut pas dormir ! Dès qu'on dort, on boit la tasse ! Dès qu'on s'arrête de respirer, on coule ! Ah, il avait bien quelques copains batraciens qui le portaient un peu.

Les autres batraciens, ils se foutaient de lui, « et nana-nère, tu (ne) nages pas vite ... »; Bon. Ah, il a galéré celui-là, hein. Il a galéré, et sa mère comptait sur lui, mais c'était difficile.

Jusqu'au jour où : l'eau s'en est allée. Tous les batraciens qui faisaient les malins, ben ils sont tous morts. Il est resté que celui-là, le batracien à poumons, qui s'est mis à respirer. Ça faisait longtemps qu'il (n') avait pas respiré, le pauvre. Il a dû trouver une batracienne à lui, comme ça, à poumons aussi, qui trainait. Et puis ils ont fait des choses ensemble, et vous et moi, on est issus de ces deux batraciens-là. Alors vous voyez, le monde, il est issu d'un écart à la norme.

À la dictature de la norme, c'est la fin du monde. C'est pour ça que j'ai voué ma vie à la lutte contre la dictature de la norme. Alors ma vie à moi, euh, elle (a) commencé pas bien.

J'sais (je ne sais) pas pourquoi, je crois que je devais être pressé. Et dans l'usine à fabriquer les bébés, ils m'ont livré avec un câble en moins : le cerveau fonctionne, enfin il semblerait. Les yeux fonctionnent, mais ils ont oublié le câble entre les deux. Aveugle de naissance : première « loose. J'suis né à Alger, alors donc je suis aveugle et Arabe.

(Rires) Bon, à Alger, Arabe, c'est pas trop mal, on est encore à peu près nombreux. (Rires) (Applaudissements) Mais comme parmi les bienfaits de la colonisation, ils (n') ont pas prévu les ophtalmos, il a fallu partir. (Rires) Et j'ai pris le bateau pour la France.

Et là, deuxième révélation, chers amis, je sais où est le paradis. Ah, vous le cherchez tous ! Eh ben, je l'ai trouvé. Le paradis, c'est la France. Ça vous en bouche un coin, hein ? On n'arrête pas de se dire, « Ouais, on est pessimiste, on prend des tranquillisants ... » Non, non.

La France, ma grand-mère, je l'appelle, parce qu'elle est un peu Alzheimer. C'est pour ça que je l'aime, je l'aime vraiment beaucoup, et je l'aime tellement que chaque fois qu'elle me reconnait, je lui fais la fête. Alors des fois elle reconnait l'Arabe, elle (ne) reconnait pas l'aveugle. Des fois elle reconnait l'aveugle, elle (ne) reconnait pas l'Arabe. Quelques fois elle reconnait les deux, comme aujourd'hui, par exemple. Et, vous voyez, cette France, elle m'a ... (Applaudissements) elle m'a tout donné.

Elle m'a donné les lumières. Vous saviez que c'est en France que, ont été scolarisés pour la première fois les aveugles et les sourds ? Vous savez que c'est en 1749 que Diderot a écrit sa lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient ? Vous saviez que la France, c'était le premier pays où on avait scolarisé les enfants autistes avec des méthodes comportementales ? Ça a bougé depuis. On les a mis en hôpitaux de jour, en prison, quoi. Et cette France, elle m'a éduqué, en pratiquant de manière originale. Elle m'a traité comme un singulier, et elle m'a donné plus, parce que j'avais moins. Mais chut ! (Il ne) faut pas le répéter, ça s'appelle de la discrimination positive, et c'est (ce n'est) pas conforme au modèle républicain. Alors moi, j'ai été éduqué dans des classes où il y avait 8 élèves par classe.

Ah, on était tous des bigleux, hein ! Mais c'était bien, pendant qu'on était bigleux, on oubliait qu'on était Arabes, c'était pratique. (Rires) Et, on avait un piano par élève. Le week-end, on allait au château, on faisait les musées. C'était (Ce n'était) pas difficile, je voulais plus rentrer chez moi, dis donc ! Pourtant, chez moi, c'était bien.

J'avais des parents, j'ai des parents, sublimissimes. Ma mère, elle fait un couscous, enfin j'vous (je ne vous) raconte même pas. Mon père, il était fleuriste, il a troqué les habits de fleuriste contre le bleu de travail. Ma mère, elle faisait le couscous ; ben elle a continué à faire le couscous, hein ! Fallait élever les enfants.

Et j'ai été nourri à la langue kabyle et au couscous. Et mes parents m'ont donné un amour infini. Ils m'ont toujours dit, tu fais ce que tu veux. De toute façon, t'es double « looser », donc ce sera déjà très bien. (Rires) Si tu montes, on te pousse !

Si tu tombes, on te porte ! Mais fonce ! Et si tu (ne) fonces pas pour toi, fonce pour nous ! Parce qu'est-ce qu'on en a pris !

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