28b. Le bonheur est une question de choix. Sandra Meunier.
Alors pour les rendre plus heureux, ceux qui souffrent, apprenons à réveiller notre joie et transmettons-la.
C'est le principe de base. Face à l'imminence de la mort, les patients m'ont appris la formidable capacité de l'humain à se concentrer sur le positif. Sur tout ce qui est vivant. Et je pense à cette personne que j'accompagne en ce moment qui s'appelle Danielle, qui a 41 ans, qui est en soins palliatifs, qui ne peut plus marcher, qui est devenue incontinente et qui se bat coûte que coûte pour vivre. Elle ne cesse de me répéter : « Ah, mais quand mon mari vient, je profite de chaque instant.
Que la vie est précieuse. Mais je n'arrête pas de le dire à mes amis : ‘Mais profitez de la vie avant qu'il ne soit trop tard.' Mais pourquoi ils ne m'entendent pas ? » me dit-elle souvent en pleurant. Pourquoi les gens ne savent pas la chance qu'ils ont de vivre en bonne santé ?
Peu de choses sont graves dans la vie. Mais vivez, vivez avant qu'il ne soit trop tard. Les patients m'ont aussi appris, que toute expérience, même douloureuse, est source d'ouverture. C'est souvent la question que je pose en service de cancérologie : « Alors, par cette maladie, quelle est donc la nouvelle opportunité ?
» « Alors là, je n'ai jamais vu la vie comme ça », me répond cet homme, qui se dit vide. Cet homme qui est sans cheveux et sans énergie, qui a couru toute sa vie. Trente minutes, il a la réponse. « Ah oui la nouvelle opportunité, vivre le présent. Et je pense à tout ceux qui me disent : profiter plus de l'essentiel, faire le tri des amis, dire plus aux gens qui les aiment.
Faire plus de choses avec du sens. Mais oui, dire plus aux gens qu'on les aime. En fait, on croit toujours que le bonheur est lié à ce qu'on possède. Tandis qu'on perd tout, on réalise que l'essentiel, il se vit dans le cœur et qu'elle est là la vraie richesse. Allégeons ce qui se vit.
Ne nions pas la souffrance, mais changeons d'étage. Ça me fait penser à cette petite dame que j'ai vue en service de cancérologie. Et quand je vais la voir, elle se dit profondément dépressive, car elle ne peut plus rien faire. Je lui ai dit : « Mais ah bon, mais qu'est-ce que tu ne peux plus faire ? » Alors elle me dit : « Eh bien, je ne peux plus faire mes courses. Je ne peux plus faire de grands repas. Je ne peux plus faire le ménage. » Quoique là, je trouve ça plutôt pas mal, moi. « Je ne peux plus, oui, inviter mes amis, faire de grands repas. » Alors je lui prends la main, et je lui dis : « Et ça », et je lui envoie plein d'amour. Et elle m'en envoie en retour. Et il y a un flux incroyable qui passe entre nous. Et je lui dis : « Et ça, Est-ce que tu peux encore ? » Elle sourit, « Ah oui, oui. Je peux. » Et sa fille complice aussi sourit. Alors d'un seul coup, elle se met à dire tout ce qu'elle aime faire. Elle aime regarder les gens qui sont beaux. Les jolies filles, les jolis hommes aussi. Alors je lui ai dit : « Et alors. Est-ce que contempler la beauté, tu peux faire aussi ? » Elle me dit : « Ah oui. Je peux faire. Alors je me retourne vers l'assemblée de patients et je leur dis : « Qui est-ce qui a regardé pousser les fleurs ces jours-ci ?
» Ils baissent tous la tête et ils disent non. Et si on prenait le temps de regarder ce qui nous touche vraiment. Je reviens vers la vieille dame qui se dit encore dépressive, et je lui mets la main sur le cœur.
« Ce qui est sûr, c'est que tu peux toujours aimer. Ça, tu peux toujours le faire. Et si tu rentres dans cet espace, tu trouveras de la joie. » Elle sourit : « Ah oui. » Alors je leur dis : « Et si la liberté était là ? Aimer, regarder pousser les fleurs, prendre le temps. Aimer. Regarder pousser les fleurs. Prendre le temps. Quand j'ai quitté la salle d'attente, la petite dame, elle avait complètement changé d'énergie.
Elle avait la ressource essentielle, mais le savait-elle ? Et si nous pouvions changer de regard sur qui nous sommes et sur ce que nous traversons. Ce qui est sûr, c'est que toutes ces histoires que j'ai vécues m'ont totalement convaincue. La joie, ça se travaille, tous les jours.
Oui, oui. Vraiment tous les jours ! On pourrait alors dégager plusieurs vérités essentielles. Ce serait une espèce de grammaire du bonheur : ● Premier temps, la conjugaison : le présent.
Le bonheur, c'est maintenant. ● Deuxièmement.
Donnons du sens à ce que nous vivons. ● Troisièmement.
Ayons un rêve, et réalisons-le avant qu'il ne soit trop tard. ● Quatre.
Réalisons que le simple fait de vivre est déjà merveilleux et mettons de la joie dans tout ce que nous faisons. ● Cinq.
Sourions toujours plus, c'est toujours plus facile. ● Six.
Soyons contents de ce que nous avons plutôt - que de vouloir toujours plus. ● Et surtout, surtout, sept.
Aimons, et mettons-le dans toutes nos actions. Peu importe - le métier - que l'on fait.
Peu importe. Peu importe la vie que l'on a, la réussite sociale ou non. Le plus important, c'est comment on réussit à mettre du sens dans sa vie, comment on aime, et comment on vit dans plus de joie. Soyons des créateurs, des artistes de la joie. On me dit souvent que je fais un métier extraordinaire.
Mais alors non. Pas du tout. Par contre, je le fais sûrement de manière extraordinaire. Tout le monde peut faire son métier de manière extraordinaire. C'est-à-dire avec plus de joie, et avec plus de sens. Arrêtons d'être des champions du monde du malheur.
N'attendons pas d'être sur notre lit de mort pour réaliser que le bonheur, c'est maintenant. C'est la bonne nouvelle du jour : mettons nos vêtements de joie et rendons les autres plus heureux.
Si on ne peut pas changer la vie, on peut changer le regard qu'on a sur elle. Je vous remercie.
(Applaudissements)