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Ted Talk en français, 26. La photographie pour déjouer clichés et représentations: Adrien Golinelli.

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26. La photographie pour déjouer clichés et représentations: Adrien Golinelli.

À votre avis, est-ce que ça vaut la peine d'aller dans un pays comme la Corée du Nord?

Un pays où tout ce qu'on peut voir est contrôlé, calibré, probablement mis en scène, un pays où on (ne) peut pas se déplacer librement, où seul une fraction du territoire est accessible et où beaucoup de choses sont sûrement cachées ?

Moi, je me suis dis que oui.

Je me suis dis que le simple fait d'être là-bas, de respirer l'air de Corée du Nord, m'apprendrait quelque chose que je (ne) pourrais pas connaître autrement. Et j'y suis allé, l'année dernière, avec pour objectif de comprendre ce que le régime voulait me cacher en utilisant ce qu'il allait me montrer.

Si je viens vers vous avec mon appareil photo, vous allez vous demander : « Qu'est-ce qu'il veut montrer de moi?

» Vous allez vouloir être vu sous votre meilleur jour. C'est la même chose avec la Corée du Nord. Simplement, le régime Nord Coréen a déjà une idée de ce que on veut montrer de lui. Il sait que les touristes étrangers viennent chercher confirmation visuelle d'une conception du pays qu'ils se sont déjà façonnée au préalable.

En Corée du Nord on m'a emmené dans un fast-food.

Ce hamburger était là pour prouver que le pays n'a rien à envier aux autres. En fait, ça avait plutôt l'effet inverse, peut-être aussi parce que les hamburgers avaient tout sauf le goût de hamburger ; et dévoilait, si ce n'est un complexe, en tout cas, le désir d'être considéré comme un pays normal. Voilà pour l'envers du décor de paradis socialiste.

En même temps, c'est un décor assez évident.

Qui s'imagine vraiment que la Corée du Nord est un paradis socialiste ? Mais il y avait un autre décor : le mien. Et le vôtre aussi, sûrement, celui d'un pays strictement divisé entre une élite qui se gave et un peuple d'esclaves.

Sur place, j'ai découvert que ma vision était incomplète, que ce n'était pas l'image officielle du régime mais ce n'était pas non plus ce que j'imaginais.

Il y avait un entre-deux, en fait. Là, il ne s'agit pas de nier le caractère répressif autoritaire, dictatorial du régime, mais simplement de le mettre en perspective du quotidien des Nord Coréens.

Une partie de la population, une partie en tout cas, ne vit ni le paradis, ni l'enfer, mais une vie que j'ai envie de qualifier de quelconque.

Regardez cette photo.

Je crois qu'elle euh, elle montre à la fois l'envers du décor d'un régime qui prétend se passer d'argent, alors qu'il y a en fait une très large économie souterraine en Corée du Nord, et qu'il y a plus d'argent chinois en circulation, c'en est, que de wons nord coréens. Mais elle dégage aussi un grand calme, une sérénité étonnante qui m'a très souvent frappée là-bas.

C'est le genre d'interstice entre nos attentes de confirmations visuelles et les anticipations du sujet par rapport au regard qu'on (que l'on) porte sur lui que permet de révéler la photographie.

Alors il y a des pays comme la Corée du Nord où on ne peut aller qu'en touriste, et il y a aussi des pays dans lesquels il ne vaut mieux pas aller en touriste complet, comme par exemple l'Afghanistan.

Lorsque j'y étais en 2006, 4 ans après l'invasion américaine ; euh, et donc assez peu de temps après la chute des Talibans, c'est toujours le cas maintenant, en Afghanistan, discrétion est synonyme de survie.

À l'époque, j'avais la tunique complète, turban compris... Ça c'est pas moi, hein!

J'avais appris le dari, la langue locale. J'avais voyagé dans la région pendant plusieurs mois, en Iran et au Pakistan ; bref, j'étais préparé. Mais ce qui était de la discrétion pour moi, s'est révélé être, en fait, une source de peur pour les locaux. Souvent, on m'a pris pour un aspirant djihadiste.

En plus, j'avais 19 ans à l'époque, donc ça ajoutait à la suspicion.

Et j'ai fait la singulière expérience de ce retournement entre les attentes, les projections de l'autre et sur l'autre, quand je voyageais entre deux villes du sud du pays, dans le coffre d'une petite Toyota, et que j'ai dû convaincre tout le reste de l'équipée de barbus qui étaient avec moi que je n'étais ni un touriste étranger, donc otage potentiel, ni un terroriste.

Et dans le premier cas, c'était moi qui craignais pour ma vie, dans le second c'étaient eux.

Alors, ce jeu du chat et de la souris s'est arrêté quand nous avons croisé un convoi de l'armée américaine.

Nous avons garé la voiture sur le bas côté, laissé (passer) les chars passer ; et à ce moment là, je peux vous dire que j'entendais la poussière retomber dans l'habitacle de la voiture.

Les barbus, en fait, s'étaient juste arrêtés de respirer. Parce qu'ils savaient que si je me faisais sauter, c'était à ce moment là ou jamais.

(Rires)

Oui, c'est pas drôle, hein!

Ça illustre le poids des aprioris, des projections, des attentes qu'on a sur l'autre et qui constituent l'arrière-plan du travail photographique.

Alors, Afghanistan, Corée du Nord, là, on parle... c'est du lourd, hein!

Mais pour terminer, je propose de…, d'aller voir au Bhoutan. Le Bhoutan, le pays du bonheur national brut, vous le savez peut-être déjà. Au Bhoutan, contrairement à ici, où nous souffrons de la faiblesse de notre produit national brut, on produit du bonheur.

Et bien, en fait, le Bhoutan, c'est le parfait exemple de présupposé qui rend aveugle.

La plupart des touristes qui y vont sont tellement fixés sur l'idée de fouler un paradis perdu qu'ils sont incapables de voir le pays.

En réalité, le véritable Bhoutan est à des kilomètres de notre idée d'harmonie bouddhiste entre l'homme et la nature.

L'oligarchie au pouvoir s'enrichit sans vergogne en construisant des barrages géants sur toutes les rivières du pays, dont l'électricité est ensuite vendue à l'Inde voisine et la jeunesse, et bien comme partout, rêve d'occident.

Bhoutan, Corée du Nord, Afghanistan, ce que permet la photographie, à mon avis, c'est de bousculer la vision d'un pays.

C'est de la remettre en question. Et en particulier pour des pays comme ceux-ci qui sont difficiles d'accès et d'autant plus sujet, du coup, à un conditionnement par les médias qui s'intéressent, en général, à un même aspect récurrent.

Remettre en question, ça (ne) veut pas dire défendre la thèse opposée.

Ça veut dire enrichir, amender, ajouter des clés de compréhension. Si votre avis se base sur des fondements solides, et bien, le remettre en question ne le rendrait que plus fort et si ses fondements sont faibles, et bien, il évoluera.

La photographie joue ce rôle de révélateur, car constamment elle jongle entre visible, dissimulé, et l'infirmation ou la confirmation d'une image mentale pré-existante.

Merci!

(Applaudissements)

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