21a. Savoir penser: Olivier Thomas. Part 1/2.
J'ai le plaisir de (vous) venir vous présenter les travaux sur lesquels nous aboutissons dans le cadre d'une activité entrepreneuriale pour diffuser… (Je recule…Ok)…pour venir diffuser ce que j'appelle les « savoir-penser ».
Donc, ces « savoir-penser », ce sont les processus mentaux qui sont communs à tous les élèves brillants, ceux qui réussissent leurs études de manière étonnante.
Ces processus mentaux ont été modélisés et de fait, on sait, je sais, d'autres que moi savent, à quoi ils correspondent et comment les transmettre.
Pour illustrer ces processus mentaux, je vais vous raconter quatre histoires.
Quatre histoires qui permettent de comprendre qu'une maîtrise consciente de ces processus mentaux, de ces « savoir-penser », de ces stratégies d'apprentissage, concrètement : « qu'est-ce que je fais dans ma tête ?
» ne dépend pas du contenu scolaire, mais d'une façon d'organiser sa pensée.
L'intérêt, c'est que ça permet de réussir rapidement, facilement et avec beaucoup de plaisir.
Comme le disait l'intervenante précédente, le plaisir ne dépend plus, à ce moment-là, de l'environnement, mais de la personne elle-même.
L'étudiant, l'élève, peu importe son âge, sait comment faire pour comprendre et être heureux de comprendre.
À ce moment-là, que mon professeur soit sympa ou pas, peu importe. Ce travail sur les « savoir-penser » vient de mon passé où tout petit, j'ai été élevé dans ce que j'appelle, moi, la « dictée gifle ».
Ce qui, je vous assure, ne rend pas intelligent ; ça a même plutôt l'effet inverse.
Mais tout petit, j'ai quand même eu cette bonne question, je crois : « Mais toi, adulte, comment est-ce que tu fais pour trouver la réponse ? Dis-moi comment tu fais et je le ferai ! » Entre parenthèses, au lieu de me taper dessus...
Cette question-là, c'est une question que j'avais autour de 6-7 ans, c'est une question que j'ai retrouvée à 16 ans en classe de 1ère E au lycée à Nancy.
Donc, pour ceux qui ne voient pas bien, c'est un 3 sur 20 en mathématiques. Pour moi. Heureusement, à ce moment-là, j'ai eu la chance d'avoir dans ma classe Antoine qui lui était ce qu'on qualifie d'élève brillant, en plus d'être beau, sympa, etc...
Donc je vais voir Antoine et je lui dis : « Cet exo de math, comment toi tu fais ?
» Antoine me répond, comme tout bon élève, qu'il applique la méthode du cours, les exercices. « Non, les exercices, je les ai faits 50 fois, la leçon, je la connais par cœur, qu'est-ce que tu fais derrière la tête ? »Antoine me répond : « Tu lis le texte, tu vois l'image. » Il n'y avait pas d'image sur la feuille. Je vous promets, il n'y avait que du texte. « Ah ok. Je dessine l'image correspondant à l'énoncé. Et ensuite ? »« Tu lis ta leçon, tu vois l'image... » je vous promets, il n'y avait pas d'image dans la leçon, ce n'était que du texte ! « Après tu prends l'image de ton exercice, l'image de ta leçon, tu superposes les deux : boum, t'as la réponse !
»Je rentrais dans un univers totalement inconnu. Mais, comme j'étais très très motivé, j'ai fait pareil. Je prends l'image de l'exercice. Je prends l'image de la leçon. Je superpose : j'ai la réponse aussi ! Très concrètement, il construit une image mentale qui correspond au texte.
Remarquez qu'on se fiche de savoir si c'est du français, des mathématiques, de l'économie, de la psychologie, ce que vous voulez.
L'intérêt du visuel, c'est que ça vous permet de traiter simultanément énormément d'informations, indépendamment de la manière dont vous les avez amenées.
Si vous prenez un tableau, on ne s'occupe pas de savoir par quel endroit du tableau le peintre a commencé à peindre.
On a tout en même temps. Si vous devez décrire un tableau avec des mots, là vous avez droit à toute une bibliothèque : ça va prendre du temps à lire. L'intérêt de cette expérience, c'est que ça se traduit pour tout support et pour tout âge.
Le professeur parle en classe.
Si je n'écoute que ses mots, ça a un inconvénient : si je n'ai pas d'expérience sensorielle qui se réfère aux mots utilisés, concrètement, je ne comprends rien. Si je traduis tout ce qu'il me dit en un film mental, j'ai la totalité des informations, que je conserve.
Évidemment, ça a un autre avantage : c'est que ça vous montre tout de suite votre degré d'ignorance.
Continuons, quittons le lycée : je deviens professeur des écoles.
À Nancy, je monte une école pour enfants précoces, en classes multi-niveaux, etc... Super expérience !
Mais concrètement, comment je fais pour transmettre ça
aux enfants en grande difficulté ?
Dans cette école, en tant que professeur de CM1, on a l'orthographe, avec l'apprentissage des mots invariables : 144 mots, qui s'écrivent tous de la même façon.
Reprenons ce qu'on a dit tout à l'heure avec l'image : « l'ortho », donc « correcte », « graphe », « l'image du mot ».
Autrement dit, toutes les méthodes qui sont sur des logiques de « je réécris 50 fois mon mot » ou « répète ce que tu as appris », « répète ce que tu as appris... » ça fonctionne... Le problème, c'est que pendant la dictée, vous n'avez pas 2 heures pour retrouver l'information.
Vous n'avez pas 2 minutes.
C'est à l'instant où vous entendez l'information que vous devez avoir la réponse, que la mémoire doit vous donner la réponse. Si j'ai mémorisé de cette manière, ce qui se passait dans ma classe, c'est que l'enfant voyait le mot apparaître sur le cahier. Donc il réécrivait dessus. Ce processus, je l'ai enseigné à toute ma classe.
J'étais à Paris, en milieu ZEP, population variée... Sur ces populations, on a passé 4 heures pour enseigner ces stratégies aux 25 élèves sur 2 semaines, parce qu'il y a plein d'autres activités à faire.
Classiquement, les résultats, en terme de stéréotypes, on va avoir des élèves faibles, des moyens, des très bons.
Le résultat de la dictée des 144 mots, c'était ça.
Le premier était à 80% de réussite. Il avait manqué plusieurs séances, il avait différents problèmes... mais il était déjà à 80%. Les 4 suivants étaient entre 82 et 86%. Les 10 suivants étaient entre 93 et 96% de réussite. Et le reste, les 10 derniers, étaient tous à 100%.
En 13 ans de carrière, je n'avais jamais eu de tels résultats !
Ce qui est amusant avec ce principe, c'est que une fois que le cerveau a appris à mémoriser, ce qui se passe, c'est que la carte de géographie, le schéma de géométrie, la carte de ce que vous voulez, le schéma de ce que vous voulez, à l'école, il peut y en avoir beaucoup !
C'est aussi facile : le processus est extrêmement rapide, il est associé à une émotion positive, à la joie, ce qui nous permet d'accéder à la mémoire du corps, celle qui dure le plus longtemps : vous avez appris à faire du vélo, vous n'oubliez pas.
C'est une mémoire du corps. Et ce travail-là est transférable à tout âge.