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Ted Talk en français, 16b. Plaidoyer pour l'altruisme. Matthieu Ricard. Partie 2/2.

16b. Plaidoyer pour l'altruisme. Matthieu Ricard. Partie 2/2.

Alors, certains se sont dit : « l'homme est un loup pour l'homme », si vous cherchez bien, grattez à la surface d'un altruiste et c'est l'égoïste qui va saigner.

Vous trouverez toujours des motivations cachées. Les gens vous diront : « je suis allé au secours de cette personne et après je me sentais si bien, c'était formidable. » Mais est-ce que vraiment, quand on a plongé dans l'eau glacée pour aller sauver un enfant, on s'est dit : « je me sentirai très bien après quand ce sera fini ? » D'autres vous disent, vous interviewez ces gens, ils vous diront : « mais je n'avais pas le choix, évidemment que j'ai été aider cet enfant. » Ah, vous n'aviez pas le choix, vous vous êtes comporté comme un automate, ce n'est pas de l'altruisme, c'est de l'instinct. Qu'est-ce que ça veut dire ne pas avoir de choix ? C'est que le choix est évident. C'est que le choix est l'expression de ce que vous êtes, cet homme ne s'est pas dit pendant une demie heure : « est-ce que je lui tends la main, est-ce que je ne lui tends pas la main ? » C'est quelque chose de spontané parce que ça représente ce que vous êtes en vous-même.

Il y a aussi des personnes comme le pasteur André Trocmé et sa femme Magda et tout le village de Chambon-sur-Lignon qui pendant des années ont sauvé plus de 3 000 personnes juives, les ont fait passer en Suisse en dépit de toutes les pressions et des menaces de la Kommandantur allemande et du gouvernement de Vichy.

Bien des sauveteurs, des justes, l'ont fait au péril de leur vie, de celui de leurs familles, pendant des mois, ils ne s'attendaient strictement à rien en retour.

Certainement pas de récompense. Parfois même les voisins se méfiaient d'eux. Ils n'ont pas fait état de ce qu'ils avaient fait pendant parfois des années, jusqu'à ce qu'on les retrouve. L'altruisme véritable, bien sûr, il existe.

Au lieu de dire que ce sont des saints, ce sont des êtres d'exception, essayons plutôt de redécouvrir cette bonté humaine en nous-mêmes.

Elle existe d'abord par l'empathie. L'empathie qui est une résonance affective, qui nous fait comprendre aussi cognitivement ce qu'est la situation de l'autre. Rousseau disait : « le riche ne sait pas s'imaginer pauvre. » L'empathie, ça ne suffit pas. Si vous ne faites que résonner (par exemple) avec la souffrance de l'autre, vous allez arriver à un épuisement émotionnel. Le burnout. 60% des personnels soignants aux États-Unis souffrent à un moment donné du burnout. Il faut une dimension supplémentaire, il faut la chaleur humaine, il faut le bon cœur, la bienveillance, l'amour qui imprègne chaque atome de souffrance d'un atome d'amour.

Et là, vous n'avez plus de burnout.

S'il y a une usure de l'empathie, il n'y a pas d'usure de l'amour altruiste. Et donc c'est cela qui fait cette présence chaleureuse qui peut aider tant, cette présence et cette faculté, nous l'avons recueillie de l'évolution à travers de l'amour maternel, de l'amour parental mais nous pouvons maintenant sur cette base élargir le cercle de notre altruisme, même à d'autres espèces comme cette tigresse de Calcutta qui élevait des porcelets orphelins.

Alors pour arriver à une société plus altruiste, il faut commencer par se changer nous-mêmes.

Comme ces maîtres spirituels qui ont passé des années et des années à cultiver la compassion. Ici, mon maître Dilgo Khyentse Rinpoche. Certains de leurs disciples se sont prêtés à des expériences, à la collaboration avec des neuroscientifiques pour étudier les effets de l'entraînement à la compassion et à l'amour altruiste à court et à long terme.

Tout d'abord, des personnes qui avaient fait 50 milles heures de méditation et on a vu qu'il y avait des changements (profonds) structurels et fonctionnels très profonds dans leur cerveau.

Les activations de certaines aires du cerveau, à des degrés qu'on n'avait jamais mesurés jusqu'alors en neurosciences.

Par l'électroencéphalogramme, ici en IRM, en imagerie fonctionnelle.

Et c'est au bout de deux heures et demi dans un IRM chez Richard Davidson aux États-Unis – donc il est très soulagé que le méditant ait survécu à tout cela.

Et pour vous dire très rapidement, regardez ici, sur le diagramme de gauche, vous voyez des méditants au repos et puis les méditants qui s'engagent dans la méditation sur la compassion.

De nombreuses aires que je ne pourrais pas vous détailler sont fortement activées. De l'autre côté, sur votre droite, vous voyez des novices. Au repos, il (ne) se passe rien. En méditation, il (ne) se passe rien. C'est normal, ils ne sont pas entraînés. Mais il ne faut pas nécessairement des 50 000 heures de méditation. Maintenant on a pu montrer que 15 jours seulement suffisaient pour déjà amener des changements, même structurels, dans le cerveau.

Vous voyez ici quelques semaines de méditation sur la pleine conscience.

La densité de certaines zones, l'hippocampe qui gère les phénomènes nouveaux, l'entraînement dans le cerveau est augmenté en densité même au bout de ces peu de temps.

Deux semaines seulement induisent un comportement pro-social plus activé, plus présent.

Simplement 20 minutes par jour. Et même des enfants de 4 à 5 ans dans une école maternelle. Pendant huit semaines, on leur apprend à coopérer, on leur apprend à ressentir les émotions d'autrui, à être conscients de leur respiration.

Au bout de ces 8 semaines, on voit que les comportements pro-sociaux sont nettement augmentés et puis on leur fait passer le test ultime, le test des autocollants.

On leur donne 50 autocollants, on leur demande de les donner à leur meilleur ami, à leur moins bon ami dans la classe, à un enfant inconnu et à un enfant malade. On fait ça avant l'intervention, et après l'intervention.

Au début, ils donnent tout à leur meilleur ami.

Après l'intervention, on a nivelé les discriminations entre mon groupe et l'autre groupe, entre le meilleur ami et le moins bon ami. Quand on connaît les défis que pose la discrimination dans nos sociétés, on mesure l'importance par ses interventions très simples que l'on pourrait faire dès l'âge de l'école maternelle.

Il n'y a pas que des mauvaises nouvelles.

Nous pouvons effectivement progresser vers cet âge de l'altruisme. La violence a diminué. Eh oui. On n'y croirait pas en entendant les nouvelles à la télévision et à la radio.

On parle des kalachnikovs de Marseille.

Et pourtant, en 1350, il avait cent homicides par an pour 100 000 habitants à Oxford. Aujourd'hui c'est 0,7. En gros c'est une échelle logarithmique. Vous avez 100 fois moins de chances de mourir d'un homicide aujourd'hui en Europe. Le nombre des victimes de l'évolution du traitement des jeunes, les abus en toutes sortes, les violences, ont diminué de moitié en vingt ans.

L'abolition de la torture, au fil des siècles.

Le nombre de victimes moyen par conflit est passé de 20 000 à 1 000 seulement entre 1950 et maintenant. Il y a bien sûr la Syrie, le Soudan, l'Irak, et l'Iran, cette guerre meurtrière. Mais pourtant c'est un lieu qui n'a jamais été aussi sûr. Donc il y a des bonnes nouvelles, mais ça ne suffit pas.

Il faut d'une part que nous-mêmes ; ce potentiel d'altruisme que nous avons en nous, il faut le cultiver.

C'est l'entraînement de l'esprit. Ce n'est pas simplement ressentir de la bienveillance pendant quelques minutes, c'est essayer de le cultiver tous les jours pendant 10 à 15 minutes. Emplir notre paysage mental de cet altruisme, le nourrir s'il décline, le raviver si nous sommes distraits, y revenir : c'est ça, la méditation.

Il faut aussi des points d'inflexion pour que les sociétés changent.

Ça c'est l'évolution des cultures, c'est possible. Il faut une éducation coopérative, une économie positive. Il faut une harmonie durable, et non pas un développement impossible qui consiste à remédier, à sortir de la pauvreté un milliard et demi de personnes.

À cesser cette consommation absurde au sommet qui est la cause du réchauffement climatique.

Les américains émettent 200 fois plus de CO2 que la Tanzanie, les Qataris 2 500 fois plus que l'Afghanistan. Nous devons donc chercher peut être ce que Pierre Rabhi appelle la sobriété heureuse, trouver ce(t) contentement en nous-mêmes, ne pas le rechercher vainement uniquement dans les conditions extérieures.

Vivre ensemble, Martin Luther King disait : « soit nous allons survivre comme des frères et des sœurs, soit nous mourrons tous ensemble comme des idiots.

» Merci de votre attention. (Applaudissements)

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