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Ted Talk en français, 15a. Entreprendre sa vie. Jacques Attali. Partie 1/2.

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15a. Entreprendre sa vie. Jacques Attali. Partie 1/2.

Je me posais la question, en venant, de savoir de quoi j'allais vous parler.

Et franchement, je n'ai pas encore trouvé.

En fait, je me méfie beaucoup de ces réunions sur un thème donné qui donnent le sentiment que nous devons tous penser de la même façon.

Et lorsqu'on me demande de penser à quelque chose, en général, j'ai, comme chacun d'entre nous, surtout les enfants... et j'espère que vous êtes restés des enfants, un esprit de contradiction qui m'amène :

« Après tout, c'est peut-être le contraire qui est vrai.

»Donc quand on m'a demandé, mon ami qui a eu la gentillesse de m'inviter ici, et dont, et que je félicite d'avoir organisé cette réunion, de parler de l'importance de l'entreprise et de se dévouer dans l'entreprise, j'ai pensé, bien sûr, je pourrais vous parler de la France, où il est si difficile de créer une entreprise, et où il est si difficile de se battre contre les rentes, et où on est pris dans toute une série de contraintes qui rendent les choses fiscalement, juridiquement, légalement, impossibles. Je pourrais aussi vous parler de ce que je fais avec PlaNetFinance.

Nous aidons des millions de gens à travers le monde à créer leurs entreprises : des femmes au Maroc, des gamins des rues au Pérou, des gamins dans les quartiers en France... On voit un extraordinaire potentiel de création d'entreprises qui se développe et une volonté de faire. Mais je ne sais pas pourquoi, en venant, mais je me suis dit :

« Mais tout ça, ça me fait penser à un film ou une série télé : Mad Men.

»Vous connaissez ? J'ai pensé… Pourquoi ça me fait penser à Mad Men ? Parce que c'est un petit peu comme si nous étions en train aujourd'hui de développer l'idéologie américaine des années soixante. Tout ce qu'on entend aujourd'hui, tout ce que je dis aujourd'hui, ce que vous avez entendu jusqu'à présent, tout ce que vous entendrez tout à l'heure, c'est l'idéologie américaine des années 60.

« Créez vos entreprises, développez-vous, ne faites pas confiance à l'État, créez et soyez indépendants, gagnez votre argent tout seul, etc.

etc. »Oui, je suis d'accord. Oui, il faut le faire. Oui, je pense que la France a un retard fou et Mad Men peut être aujourd'hui d'actualité en France, même s'il est incroyablement anachronique dans le reste du monde.

Oui, la création d'entreprise est mieux que la charité.

Oui, se débrouiller, c'est beaucoup mieux que (d') attendre une rente, une allocation, une subvention, un emploi hérité, une succession d'un père, aujourd'hui d'un grand-père plutôt, ou d'un arrière-grand-père heureusement.

Mais c'est peut-être suspect que d'avoir à penser ça.

Suspect parce que, au fond, quand on y réfléchit bien, ça amène à se dire, au fond, mais que veut-on me pousser à faire ? Entreprendre, très bien. Créer des richesses, très bien. Créer de la valeur, très bien. Créer une entreprise, très bien. Mais ça correspond à quoi ?

Ça correspond, au fond, à ce que dans nos sociétés, de plus en plus, nous sommes poussés à accepter comme une idéologie volontariste, un individualisme narcissique, autiste et marchand, où chacun d'entre nous ne serons [sera] plus, volontairement, que des individus juxtaposés qui seront égoïstement chargés de faire leur bonheur, point final !

Enfin leur bonheur !

Leur bonheur réduit à l'accumulation de richesses marchandes. Et si (l')on pousse jusqu'au bout cette logique, on s'aperçoit qu'au fond, il y a un grand piège dans cet esprit d'entreprendre, que je loue aussi et sur lequel j'essaye d'agir comme tous ceux qui vous ont parlé, vous parleront ou comme chacun dans cette salle.

Et si je dis cela maintenant, c'est pour que nous ayons un peu de recul sur notre propre enthousiasme.

Faire cela, c'est bien, mais il faut l'inscrire dans un courant plus vaste. Le courant plus vaste, c'est quoi ?

C'est une idéologie en train de se développer à l'échelle de la planète, dans laquelle, progressivement, on est en train de voir se défaire les États, se défaire les solidarités, se défaire l'altruisme, se défaire l'ensemble de ce qui créait des collectivités sans qu'aucune autre ne naisse, et où chacun d'entre nous est, non seulement de plus en plus appelé à se débrouiller tout seul, parce que les États disparaissent, parce qu'aucun(e) autre structure collective ne vient le [les] remplacer, mais parce que de plus en plus, même au-delà de cela, de moins en moins de limites sont mises, à savoir ce qui va être marchand.

Autrement dit, et c'est ce dont vous avez entendu parler, ce dont vous entendrez parler, ce dont on parle les uns les autres tous les jours, c'est de chercher en permanence, avec quoi est-ce que je vais pouvoir faire de l'argent ?

Qu'est-ce qui va pouvoir rapporter ?

Si je le dis d'une façon honorable, plus honorable, plus française disons, euh, quel est le service que je peux rendre, en étant rémunéré pour ça, qui n'est pas encore rendu aujourd'hui ?

Virgule, en étant rémunéré pour ça ?

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