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Ted Talk en français, 11a. Ça donnerait quoi si on prenait des cours de cerveau ? 1/2

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11a. Ça donnerait quoi si on prenait des cours de cerveau ? 1/2

Quand j'étais tout petit, je jouais du piano et j'adorais cet instrument.

Enfin, surtout au début. Parce qu'ensuite, très rapidement j'ai été au conservatoire, et deux fois par an, il y avait des examens. Il fallait préparer pendant plusieurs semaines un morceau qu'on allait jouer devant un jury, voire même devant un public, et à partir de là, jouer du piano pour moi est devenu avant tout une sensation de stress.

Je me rappelle que j'avais une prof que j'adorais.

Elle était très souriante, très enthousiaste, et un jour, juste avant un examen, elle m'a mis les mains sur les épaules, elle m'a regardé droit dans les yeux, et elle m'a dit : « Surtout ne stresse pas.

(Rires)

« Surtout ne pense pas au stress.

Alors, je vais vous le faire.

Je vais vous demander là par exemple, de ne pas penser à votre respiration, voire même, de ne surtout pas retenir un chiffre qui n'aurez aucune importance pour vous, par exemple le chiffre 834. (Rires)

N'imaginez pas un huit, un trois et un quatre.

Ne le gravez pas à l'intérieur de vous. Il ne faudrait surtout pas que vous vous endormiez en pensant à ce chiffre, en rêver la nuit, voire peut-être vous réveiller avec. (Rires)

Du coup, je vais vous proposer un petit silence pour ne pas le mémoriser vraiment intérieurement.

(Rires)

Vous imaginez bien que ça n'a pas du tout marché quand elle m'a dit ça.

Voire même, ça m'a centré sur mon stress. Je l'ai ressenti de plus en plus. J'étais très heureux à ce moment-là. Cette prof était très, très bienveillante, mais vous savez, il y a un dicton qui dit : « L'enfer est pavé de bonnes intentions.

Elle était tellement chargée de bonnes intentions.

Elle venait de me faire une suggestion mais elle n'avait aucune idée du fonctionnement du mental et du cerveau. Pour ma part, il a fallu que j'attende des années et des années avant de pouvoir retoucher un piano en y prenant du plaisir. C'est après le conservatoire que c'est revenu.

Alors, j'en ai tiré deux idées : la première, c'est qu'on ne sait pas très bien comment fonctionne notre cerveau. Et évidement, nos parents, nos enseignants n'en ont absolument aucune idée. Ils essaient de bien faire mais ils n'ont pas les moyens de faire bien. Et la deuxième idée, c'est que si on n'apprend pas à contrôler notre cerveau, c'est lui qui nous contrôle.

Vous savez, dans notre éducation, on nous demande la plupart du temps d'apprendre à nous contrôler, à nous maîtriser, à canaliser notre attention. On nous demande de faire tout un tas de choses mais à aucun moment quelqu'un nous dit : « Voilà comment ça fonctionne.

On est un peu livré à nous-mêmes.

On nous dit qu'on devrait être rationnel, qu'on devrait prendre des décisions logiques, mais la plupart du temps, dès qu'on a une émotion, notre raison est balayée. On n'est pas des êtres rationnels. On est avant tout des êtres émotionnels. Prenez quelqu'un qui a une phobie par exemple.

Quelqu'un qui a une phobie de l'avion, avant de monter dans un avion, vous pourriez pas exemple lui expliquer très sereinement que l'avion est le moyen de transport le plus sécurisé du monde. (Rires)

Qu'il n'y a aucun risque à monter dans cet engin-là... Je pense qu'il vous regarderez avec encore plus de colère dans les yeux en vous disant :

« Je sais bien.

Ce n'est pas du tout ça, le problème. La raison ne suffit pas.

On n'arrive pas à canaliser nos émotions avec la raison. Au-delà même des émotions et de ce genre d'émotions, on s'aperçoit que notre cerveau, la plupart du temps, a des fonctionnements qui ne sont pas tout à fait adaptés à notre vie sociale moderne. On pourrait prendre plein d'exemples de ça.

On parlait du stress par exemple, mais le stress à la base est une bonne réaction. Dans la nature, quand il fallait courir très vite, c'était très bien que le sang descende dans nos jambes et qu'on ait le réflexe de partir. Le problème, c'est que beaucoup de situations, un examen, un entretien d'embauche et autre, ne nous demandent pas vraiment de partir en courant. (Rires)

La situation n'est plus tout à fait adaptée.

Imaginez une petite route de campagne la nuit. Il y a un lapin qui traverse la route, et il a y une voiture qui arrive pleins phares. Pour ce lapin, il y a un réflexe qui est logique, parce que ça fait des centaines et des centaines de générations de lapins que a été mise au point une réaction très précise devant un prédateur : se figer. (Rires)

Faire le mort.

Sauf que ce lapin ne sait pas très bien ce qu'est une voiture. La voiture le renverse. C'est révoltant ! Mais ça veut simplement dire que c'est un fonctionnement archaïque. Alors heureusement, on pourrait rééduquer notre cerveau.

On pourrait réapprendre de nouveaux fonctionnements, modifier nos perceptions, modifier nos réactions. Mais ça nous demanderait que quelqu'un nous apprenne comment ça fonctionne. Je ne sais pas si ça vous fait la même chose, mais moi je trouve ça assez étrange qu'on ait tous passé plus de temps à apprendre à nous servir d'un ordinateur, d'un téléphone, d'un téléviseur, que de ce qui flotte entre nos deux oreilles. Surtout que maintenant, on commence à avoir des idées sur ce fonctionnement-là.

Avant, on pouvait dire qu'il y avait des manques et que c'était que l'intuition et peut-être des choses un peu bizarres, mais aujourd'hui, les neurosciences, la psychologie sociale, la psychologie cognitive commencent à cartographier tout doucement le cerveau. On est loin de tout connaître mais on a déjà des idées qui sont utilisables, des principes qui sont utilisables, et ça fait un petit moment.

Alors si on pouvait rêver d'un monde idéal, au CP, on aurait un cours de cerveau. (Rires)

Imaginez, revenez au CP.

Le tout premier jour, un prof serait arrivé, il aurait commencé à vous expliquer comment ça fonctionne. Avant de vous demander de mémoriser un truc, quelqu'un vous aurait appris par exemple comment on mémorise. Ce serait génial, non ?

Vous imaginez tout le temps gagné. On nous apprendrait par exemple à mémoriser et à stocker des images. On nous apprendrait qu'il y a aussi une mémoire auditive, et on nous apprendrait à l'utiliser, à la coupler avec la mémoire visuelle. On nous apprendrait même qu'il y a une mémoire du corps, des sensations, et que quand on couple une autre mémoire à la mémoire du corps, elle est encore plus efficace.

On nous apprendrait que la mémoire s'entretient, et on sait aujourd'hui que des gens gagnent des concours de mémoire après 60 ans en mémorisant des choses assez étonnantes. On nous apprendrait donc à mémoriser, et on gagnerait un temps infini dans notre vie. Après, on y prendrait aussi énormément de plaisir.

On nous apprendrait d'autres choses dans ce cours de cerveau. En quelques semaines, on saurait mémoriser. Donc on pourrait passer ensuite à la gestion des émotions. On apprendrait à transformer le stress par exemple en confiance ou en capacité de dépassement. On apprendrait à nous concentrer. On nous apprendrait peut-être à devenir plus créatif. Or, ça serait que des choses basiques finalement.

Si on faisait ça, on pourrait très facilement changer complètement notre rapport au monde. Mais il y a encore un problème. Comprendre ne suffit pas. On aurait beau savoir exactement comment on fonctionne, on aurait encore du mal à agir sur nous-mêmes.

Parce que je le disais tout à l'heure, nos émotions balayent la raison. Je peux essayer de me contrôler, on peut même m'expliquer comment je devrais pouvoir me contrôler, mais si quelque chose m'arrive, la plupart du temps je suis en réaction à ça. Le cerveau émotionnel va beaucoup plus vite que la réflexion.

Du coup, pour répondre à ce problème-là qui n'est pas nouveau, il y a eu plein de solutions qui ont été créées. Dans à peu près toutes les civilisations, et aussi loin qu'on remonte dans notre histoire, il y a eu des tentatives de réponse à ça. Dans certaines civilisations, on appelait ça de la méditation.

Et plein de formes de méditations se sont créées. On a appelé ça du zen. On a appelé ça du yoga. On a travaillé avec le mouvement. On a travaillé avec des rituels, du rythme, de la musique, des psychotropes parfois aussi. Il y a tout un tas de possibilités qui ont été imaginées.

Elles ont toutes un point commun : la modification de notre état de conscience. On s'est très vite aperçu que dans notre état normal, on n'arrivait pas à agir sur le reste. Sur ce qui était inconscient. Comme s'il y avait une frontière qui nous en séparait. Mais dans un état modifié de la conscience, ce genre de choses redevient possible.

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