06b. Y a-t-il une vie avant la mort ? Pierre Rabhi. Partie 2/3.
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Et puis euh, la grande proclamation de la modernité, c'est que le progrès allait, en quelque sorte, libérer l'être humain.
Mais moi quand je prenais l'itinéraire d'un être humain dans la modernité, je trouvais une série d'incarcérations. À tort ou à raison, de la maternelle, à l'université, on est enfermé, on appelle ça un bahut. Tout le monde travaille dans des boites, des petites, des grandes boites, etc. Même pour aller s'amuser, on (y) va « en boite ».
(Rires)
Bien sûr, dans sa « caisse » hein, bien entendu !
(Rires)
Et puis vous avez la dernière boite, où on « stocke » les vieux, (Applaudissements) en attendant la dernière boite que je vous laisse deviner.
(Rires)
Voilà pourquoi je me pose la question : « existe-t-il une vie avant la mort ?
» Parce que si vivre c'est subir cette incarcération à vie, jusqu'au moment où le système vous rejette finalement pour aller dans la transition avant votre disparition, eh bien, ça veut dire quoi ? Aliénation ! Aliénation fondamentale de l'être humain.
Et donc, à partir de là, ben évidemment, vous ne vous étonnerez pas que je n'ai pas du tout souscrit à cela, et que je me suis dit : il faut que je retrouve un autre temps, un autre espace.
C'est à dire, reconquérir, en quelque sorte, la liberté de faire de ma vie ce que j'entends faire de ma vie, et non pas être déterminé parce qu'on m'impose un système.
Ça a été un retour à la terre, avec mon épouse, en Ardèche du sud.
Et là, ben (et bien), je rencontre l'agriculture ; et je… je choisis… nous choisissons un lieu, et comme si nous étions stupides, on choisit un lieu qui, dont le sol est dégradé, difficile etc., avec sans eau, sans électricité, sans téléphone, sans rien du tout.
Et le Crédit Agricole, à qui je vais emprunter, il me dit : « Vous êtes fous de vous installer là.
» J'aurais du mal à expliquer que, il y a un facteur important pour nous dans ce choix. C'est la beauté du lieu, c'est (ce n'est) pas seulement sa rentabilité. C'est la beauté, et que nous ne voulions pas renoncer à cette beauté du lieu.
Et seconde phase, donc je suis ouvrier agricole, et j'apprends l'agriculture moderne, qui intègre, évidemment, les engrais chimiques, les pesticides : on passe son temps à tuer et à polluer.
Et en même temps, dans les sols donc, on met des engrais chimiques qui détériorent les sols, qui vont polluer les nappes phréatiques, etc.
Et donc là, il n'était pas question de souscrire non plus à cette logique-là.
Ce qui m'a amené à dire, à l'agriculture écologique, et à partir de ce moment-là, j'ai bien compris qu'on pouvait parfaitement demander à la terre de nous nourrir en quantité, en qualité, et en même temps à l'améliorer, améliorer sa qualité, et à la transmettre meilleure qu'on ne l'a reçue aux générations qui nous suivent. Donc on commettait en quelque sorte un acte de guérison, un acte de responsabilité, à l'égard, à l'égard de cette vie.
Alors on nous dit : « vous ne réussirez jamais » ; mais si, on a réussi.
On a réussi à élever nos cinq enfants tous musiciens, tous etc. Donc on n'a pas été, si vous voulez, dans le misérabilisme, mais retrouvé l'équilibre, c'est-à-dire, dire il faut intégrer la vie dans l'équilibre, c'est-à-dire, que si l'on rentre dans trop d'excès, c'est l'aliénation, et si on reste dans la modération, cette modération met les choses à la mesure de nous-mêmes, et nous donne l'équilibre, et donc la joie d'être, en répondant, bien entendu, aux nécessités les plus élémentaires, et même en laissant une frange très importante à ce qui concerne la promotion de l'être humain lui-même, de façon à ce que la vie ne soit pas simplement une vie besogneuse, mais soit un temps, dans lequel, et bien, on trouve son épanouissement. On va avoir l'espace qu'il faut pour pouvoir s'occuper de soi-même, de son intériorité, développer des des, des compétences qui ne sont pas simplement les compétences marchandes, ou les compétences indexées sur la valeur, la valeur financière. Mais, se libérer, disons, du superflu, le plus possible, pour pouvoir retrouver la liberté d'un développement personnel.
Chemin faisant, l'agriculture écologique démontre sa capacité à régénérer les sols, à cloner(?
). Et je suis invité dans des pays africains où je propose l'agro-écologie comme alternative à des paysans, euh, qui ont subi le cataclysme de la sécheresse, et qui, en même temps, ben sont en situation de ne plus pouvoir se nourrir correctement, puisque les engrais coûtent cher, polluent les sols, etc.
Et donc, je propose l'agro-écologie en créant le premier centre de formation à l'agro-écologie, et aujourd'hui il y a 100 000, 100 000 paysans qui pratiquent ces méthodes, plus ou moins bien, mais enfin, on peut dire qu'il y a 100 000 paysans qui ont été éveillés à ce principe selon lequel on peut parfaitement prendre un sol dégradé, le régénérer, le rendre fertile, et en même temps répondre d'une façon meilleure à ses besoins alimentaires puisqu'ils sont les besoins fondamentaux sans lesquels rien d'autre ne peut , ne peut exister.
Ça fonctionne, et puis l'idée générale, la réflexion sur l'écologie prend une certaine ampleur, et effectivement, euh, arrivé en 2002, des amis me poussent à me présenter aux élections présidentielles.
Alors vous avez failli avoir un Obama, mais enfin c'était (Rires), c'était pas le vrai. L'objet n'était pas du tout de faire de la politique politicienne, dans le sens classique - même si j'ai , disons, été obligé d'adopter évidemment le scénario - mais l'idée était de dire, il y a une urgence absolue : c'est de mettre l'humain et la nature au cœur, au cœur de nos préoccupations, avant toute chose, toutes affaires cessantes, aujourd'hui, c'est l'humain et la nature.