44. ROBERT SURCOUF & L'AUDACIEUSE PRISE DU KENT.
Robert Charles Surcouf est né en 1773 près de Saint-Malo, en Bretagne.
Ses parents le veulent prêtre, mais lui rêve de courir les mers en quête d'aventure. À 13 ans, il fugue du collège et s'enrôle dans la marine marchande – puis celle de guerre – pour apprendre la navigation et le commandement.
En 1795, pourtant promu à une belle carrière, il quitte son poste d'enseigne de vaisseau.
Il veut à présent faire fortune afin de pouvoir épouser sa bienaimée – une fille de bonne famille. Pour cela, il a trouvé un raccourci des plus dangereux : devenir capitaine corsaire. Surcouf n'a alors que 20 ans. Audace, sagesse ou encore ruse, tous les moyens sont bons pour capturer les navires marchands étrangers et s'emparer de leur cargaison.
Ses faits d'armes finissent par lui valoir le prestigieux titre de « roi des corsaires », notamment grâce à un abordage légendaire dans l'histoire navale : la prise du Kent. 7 octobre 1800, Golfe du Bengale.
Robert Surcouf commande « La Confiance », une petite frégate taillée pour la vitesse et les manœuvres éclair. À son bord, 160 loups de mer et 18 canons. À l'aube, la vigie repère le Kent – un navire britannique de la Compagnie commerciale anglaise des Indes orientales que le corsaire peut rançonner pour la France.
C'est un mastodonte des mers au tonnage 3 fois plus élevé que celui de « La Confiance ». Hélas, il aligne également 38 canons et 400 combattants. Surcouf réalise immédiatement l'ampleur du danger : la moindre erreur l'enverra au fond de l'océan indien.
Pourtant, hors de question de se défiler : notre hommes est bien trop appâté par l'or et les honneurs pour ça. Un discours galvanisant, une tournée générale de rhum plus et le navire français met le cap sur l'ennemi.
Le plan du capitaine corsaire est simple, mais va exiger une sacrée dose de sang-froid et un bon coup de pouce du destin.
Il veut prendre le Kent de vitesse, éviter ses canons en se positionnant en dessous puis passer à l'abordage. En milieu de matinée, l'affrontement commence.
Les canons se mettent à tonner. Après plusieurs tirs, le Kent parvient à endommager la frégate française. Surcouf enrage bien sûr, mais il ne peut se résigner à abandonner. Il doit maintenant tenter le tout pour le tout : manœuvrer habilement sur le tribord de la coque anglaise, juste sous le museau des canons.
Les britanniques sont convaincus que le Français a eu son compte, et vient se rendre. Monumentale erreur… Dès qu'il est assez proche, le corsaire ordonne l'abordage.
Sur le pont du Kent, l'ennemi est partout et les Français sont littéralement submergés. Surcouf retourne alors les canons anglais contre ses assaillants et tire de la mitraille sur l'équipage adverse : c'est un véritable bain de sang. Il s'attaque ensuite aux officiers pour désorganiser la résistance.
L'issue est encore incertaine quand soudain une explosion de grenade emporte le capitaine du Kent. Cette fois-ci les britanniques se rendent. Surcouf, enfin maître du navire, s'empare alors de toutes ses richesses, et rentre finalement à bon port avec un butin inespéré. En 1801, le roi des corsaires – couvert de gloire – regagne Saint-Malo pour y épouser sa bienaimée.
Il s'établit ensuite un temps comme armateur avant de finalement repartir écumer les mers. Il s'éteindra d'un cancer à l'âge de 53 ans, en 1827.