43. LA VÉRITABLE HISTOIRE DE WILLIAM KIDD.
Fin du XVIIe siècle, l'âge d'or de la piraterie.
Des capitaines sanguinaires sillonnent les océans pour s'emparer des navires chargés d'or et d'épices. Saignées à blanc, nations et grandes compagnies de commerce maritime enrôlent leurs propres loups de mers.
Lettre de course en main, ces corsaires attaquent légalement tout ennemi de leur nation, pirates inclus.
L'un des plus fameux : William Kidd. Un corsaire qui deviendra pirate.
William Kidd est né en Écosse en 1645.
Les premières 40 années de sa vie sont un mystère, jusqu'à l'apparition de son nom dans les documents officiels britanniques. Alors marchand prospère établi à New York, il joue un rôle actif dans la vie politique de la colonie. En 1691, le gouverneur le choisit pour son expérience des bateaux et de la navigation ; sa mission : traquer les pirates qui hantent les côtes du Massachusetts.
Mais les temps sont durs pour la Couronne britannique : piraterie et marines ennemies infestent ses grandes routes commerciales.
Il lui faut un corsaire chevronné pour les protéger : Kidd est l'homme de la situation.
En 1695, le capitaine quitte New York sur l'« Adventure Galley », une frégate de 36 canons et un équipage qui montera à 150 hommes.
Le corsaire enchaîne les prises dans l'Atlantique, sans toutefois capturer de pirates. Pour augmenter ses profits, il met alors le cap sur l'océan Indien.
Des mois durant, la frégate sillonne les eaux orientales sans repérer de proies lucratives.
Privé de butin, l'équipage est au bord de la mutinerie. Quand son canonnier le presse d'aborder un navire ennemi, Kidd refuse. La situation dégénère et finit par le meurtre du matelot.
Début 1698, le vent semble tourner.
Au large de l'Inde, l'Écossais rattrape le « Quedagh Merchant », un navire de commerce sans nationalité visible. Kidd flaire une prise juteuse. Par ruse, il hisse le pavillon français ; l'autre navire fait de même. Il est temps de passer à l'abordage.
Le « Quedagh Merchant » ne résiste pas quand Kidd dévoile ses vraies couleurs.
Mais il y a un hic. En réalité, le navire est indien, affrété par des marchands arméniens, commandé par un capitaine anglais et protégé par la France. Pour compliquer l'affaire, le voyage a été négocié par la Compagnie britannique des Indes orientales.
Le corsaire hésite.
Il pourrait devoir rendre des comptes à la Couronne. Mais après tout, l'Arménie n'est pas une nation alliée, l'embarcation est sous protection française et ses hommes exigent de toute façon leur part du butin. Et quel butin : or, soie, épices et pierres précieuses…
Kidd s'approprie le « Quedagh Merchant », coule l'« Adventure Galley » déjà vieux et retourne dans l'Atlantique profiter de ses gains.
Mais là, stupeur. Pour le meurtre de son canonnier et actes de piraterie contre la couronne britannique, Kidd apprend qu'il est désormais hors-la-loi. Il ignorait qu'une partie de la cargaison saisie appartenait à un ministre de l'empereur moghol.
L'affaire vient de se compliquer.
Le richissime empire indien menace maintenant de ne plus commercer avec la Grande-Bretagne, soupçonnée d'avoir cautionnée l'attaque du « Quedagh Merchant ». Un scandale diplomatique gronde, et Kidd est tout désigné pour payer. D'ailleurs, un vaisseau de guerre est déjà lancé sur ses traces pour l'arrêter.
Le corsaire-pirate file et contacte ses amis politiciens de New York.
Ils lui avaient obtenu sa lettre de course, financé ses expéditions corsaires. Ils parleront au souverain, une amnistie doit être possible ! Peine perdue. Tous se détournent pour sauver leur propre tête.
Traqué, Kidd aurait alors disséminé son fabuleux trésor dans des cachettes dont il scelle le secret en tuant chaque fois le marin qui l'accompagne.
Une épouvantable pratique qui contribuera grandement à bâtir sa légende.
Finalement capturé, il est ramené à Londres pour son jugement en mai 1701.
Pour clore l'incident politico-commercial, les autorités expédient son procès. Verdict : la peine de mort. Le 23 mai, William Kidd est pendu sur la rive nord de la Tamise, puis exposé enduit de goudron et enfermé dans un harnais de fer.
{Si ce corsaire-pirate n'a sévi que peu d'années, il deviendra légendaire en inspirant notamment films et œuvres littéraires comme « l'Île au Trésor » de R. L. Stevenson. À ce jour, trésor comme épave de l' « Adventure Galley » demeurent introuvables.}