39. Mary Anning – Une Histoire de Fossiles.
Côtes du Dorset, Angleterre.
Atteint de tuberculose, l'ébéniste Richard Anning meurt dans le courant de l'année 1810. Il laisse derrière lui une femme et deux enfants sans aucune ressource. La petite famille, qui s'adonne depuis de nombreuses années au commerce de fossiles pour arrondir ses fins de mois, décide alors de faire de cette activité – pourtant peu lucrative – son principal moyen de subsistance. C'est ainsi que la jeune Mary et son frère Joseph se retrouvent à explorer les formations rocheuses locales, à la recherche d'ammonites et autres mollusques préhistoriques, qu'ils pourront ensuite vendre aux touristes de passage.
L'histoire aurait pu s'arrêter là mais l'année suivante Joseph fait une découverte stupéfiante : celle d'un énorme crâne reptilien venu du fond des âges. Quelques mois plus tard, une violente tempête s'abat sur le Sud de l'Angleterre.
De puissants vents balaient la côte et font affleurer les parties manquantes du corps du mystérieux animal. Ces dernières sont rapidement retrouvées par la jeune Mary et les Anning parviennent alors à reconstituer un impressionnant squelette de 9 mètres de long : celui d'un Ichtyosaure vieux de 200 millions d'années. La découverte de ce spécimen complet ne passe pas inaperçue et profite à l'affaire familiale.
Les Anning éveillent en effet l'intérêt de scientifiques et de collectionneurs un peu partout en Europe. Une véritable aubaine puisque cette nouvelle clientèle fortunée leur permet d'amasser suffisamment d'argent pour échapper à la misère. Les années passent et Mary devient une brillante paléontologue, dont la réputation ne cesse de croître.
En 1822, la jeune femme réalise la plus importante découverte de toute sa carrière, celle du premier squelette fossilisé de plésiosaure. Une trouvaille qui, malgré son statut de femme issue des classes populaires, lui vaut bientôt une certaine reconnaissance de la part de la communauté scientifique. Les années qui suivent s'avéreront tout aussi prolifiques.
En 1824, la chasseuse de fossiles met à jour les restes d'un second plésiosaure. Puis en 1828, elle découvre le premier spécimen britannique de ptérosaure. Rien ne semble pouvoir l'arrêter et, en 1830, l'Association britannique pour le progrès de la science décide de lui octroyer une rente annuelle pour la soutenir dans ses travaux. Il faut dire que les découvertes de Mary Anning jouent un rôle capital dans l'évolution de la science au cours de cette première partie de XIXe siècle.
Elles contribuent en effet à valider la thèse très controversée du naturaliste George Cuvier, selon laquelle des espèces inconnues auraient jadis peuplées notre planète avant de disparaitre ; une hypothèse pour le moins gênante au regard des dogmes religieux qui font alors autorité. À l'époque, il est en effet de bon ton de considérer le monde comme une création divine immuable, dont l'âge tourne autour de 4 000 ans.
En outre, pour la plupart des gens, il est impensable que Dieu ait pu créer des espèces vivantes pour ensuite en détruire tous les représentants. Après tout, le créateur avait pris soin de sauvegarder sa création avant d'abattre sur le monde son terrible déluge, alors pourquoi en aurait-il été différemment avec les dinosaures ? En 1847, Mary Anning tombe gravement malade.
Atteinte d'un cancer du sein, elle s'éteint prématurément à l'âge de 47 ans. Née dans la pauvreté et confrontée durant toute sa vie aux injustices sociales, elle laisse pourtant derrière elle un héritage inestimable – sur le plan scientifique bien sûr avec ses innombrables découvertes de fossiles, mais aussi sur le plan humain pour sa droiture et sa persévérance face à une adversité qui l'aura poursuivi du premier au dernier jour.