25. EDWIN HUBBLE & LA TAILLE DE L'UNIVERS.
Washington, 26 Avril 1920.
Ce jour-là, la communauté scientifique se réunit pour tenter de trancher l'épineuse question de la taille de l'univers. Un grand débat est organisé à l'occasion duquel deux conceptions diamétralement opposées s'affrontent. La première soutient que le cosmos se limite à notre seule Voie Lactée alors que l'autre défend la thèse d'un univers bien plus vaste au sein duquel notre galaxie n'est qu'une structure stellaire parmi de tant d'autres. Au centre de cette controverse scientifique, on trouve les nébuleuses spirales : de lointains objets célestes dont la véritable nature divise les astronomes.
Pour les partisans d'un univers restreint, ces nébuleuses sont très certainement de gros nuages de gaz, situés aux confins de la Voie Lactée. Mais leurs opposants ne sont pas de cet avis : pour eux, il s'agirait plutôt de galaxies à part entière, se trouvant à des millions d'années-lumière. L'évènement est l'occasion pour chacune des écoles d'avancer ses arguments mais se solde par un statut quo.
Faute d'éléments suffisamment solides pour trancher, la question de la taille de l'univers reste ouverte et les deux camps rivalisent avec une intensité accrue jusqu'en 1924. Cette année-là, un certain Edwin Hubble va réaliser une série d'observations décisives… Depuis 1919, Hubble est basé à l'observatoire du mont Wilson en Californie.
Le site dispose du plus puissant télescope jamais construit par l'Homme, le Hooker. Hubble a l'intention de s'en servir pour calculer la distance qui le sépare d'Andromède, l'une de ces mystérieuses nébuleuses spirales. Pour ce faire, il doit y localiser un type d'étoiles variables bien particulier appelé « Céphéide ». Grâce aux travaux d'Henrietta Leavitt, ces Céphéides sont utilisées depuis 1912 pour évaluer de grandes distances cosmiques.
Harlow Shapley s'en est notamment servi pour mettre au point la première carte moderne de la Voie Lactée. Ces étoiles se caractérisent par une relation entre leur période de pulsation et leur intensité lumineuse.
Ainsi un astronome observant une Céphéide peut facilement en définir la période, en déduire la luminosité absolue puis, en comparant cette luminosité absolue à la luminosité apparente qu'il observe dans son télescope, en calculer l'éloignement. Grâce au Hooker, Hubble parvient à localiser plusieurs Céphéides au cœur d'Andromède.
Il en calcule alors la distance et arrive à un résultat de 300 000 parsecs, soit environ un million d'années-lumière. Cette fois-ci le doute n'est plus permis : la nébuleuse en question se situe bien au-delà des limites de la Voie Lactée et est en réalité une gigantesque galaxie. L'annonce de cette découverte permet enfin de trancher le débat sur la taille de l'univers, et modifie complètement l'idée que les scientifiques se font du cosmos.
Hier limité aux dimensions familières de notre galaxie, il devient un gouffre aux profondeurs insondables dont l'exploration occupe encore aujourd'hui les astronomes du monde entier. Depuis les années 1920, les mesures se sont affinées et on sait maintenant que les premières estimations d'Hubble étaient fausses.
Andromède ne se situe pas à 300 000 mais à 700 000 parsecs de notre position – soit un peu moins de 2,5 millions d'années-lumière. Le diamètre de l'univers observable est quant à lui évalué à 90 milliards d'années-lumière et renfermerait quelques 100 milliards de galaxies, dont la nôtre…