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Tour du monde en 80 jours (Graded Readers), Chapitre IV L’enlèvement

Chapitre IV L'enlèvement

Le guide, pour aller plus vite, ne suivait pas la voie ferrée dont les travaux étaient en cours mais il coupait à travers la forêt. À cause des secousses, Passepartout semblait faire de la voltige sur le dos de Kiouni, comme un clown sur un tremplin. Il plaisantait, riait et lui donnait de temps en temps un morceau de sucre.

Après deux heures de marche, le guide s'arrêta pour faire reposer l'éléphant et sir Francis Cromarty en fut très heureux. Par contre Mr. Fogg était encore frais comme une rose. À midi, le guide donna le signal du départ. Après avoir quitté la forêt, le paysage était devenu plus aride et on ne rencontrait plus que quelques singes.

Passepartout se demandait ce que son maître ferait de l'éléphant une fois arrivés à la gare. L'emmènerait-il ? Impossible ! Lui rendrait-il la liberté ? Les voyageurs firent halte dans un bungalow en ruine. La nuit était froide et le Parsi alluma un feu de branches sèches. Ils mangèrent et s'endormirent presque aussitôt. On entendait au loin les rugissements des guépards et des panthères et les cris des singes qui troublaient le silence.

On se remit en marche. Le guide espérait arriver à la gare d'Allahabad le soir même. Mais soudain, l'éléphant s'arrêta. Que se passait-il donc ?

Quelques instants après on entendit des voix humaines et des instruments de cuivre. Le Parsi sauta à terre pour cacher l'éléphant dans un taillis.

– Une procession de brahmanes, des prêtres indous. Ils viennent par ici, évitons d'être vus, dit le Parsi.

Il recommanda aux voyageurs de ne pas faire de bruit. Des chants monotones se mêlaient au son des tambours, des tam-tams et des cymbales. La tête de la procession apparut. En première ligne avançaient les prêtres qui étaient entourés d'hommes, de femmes et d'enfants qui chantaient un chant funèbre. Derrière eux, sur un char, il y avait une statue très laide traînée par des zébus. Cette statue avait quatre bras, le corps rouge sombre, les yeux dans le vide, les cheveux emmêlés, la langue pendante, les lèvres teintes de henné. Elle portait un collier de têtes de mort et une ceinture de mains coupées.

– C'est la déesse Kâli, murmura sir Francis, la déesse de l'amour et de la mort.

Autour de la statue s'agitaient de vieux fakirs couverts d'incisions d'où sortait le sang goutte à goutte. Derrière eux, quelques brahmanes en costume oriental traînaient une femme qui tenait à peine debout. Cette femme était jeune, blanche comme une européenne. Sa tête, son cou, ses épaules, ses oreilles, ses bras, ses mains, ses orteils étaient surchargés de bijoux, colliers, bracelets, boucles et bagues. Derrière elle, des gardes armés de sabres portaient un cadavre sur un palanquin. C'était le corps d'un vieillard, habillé en rajah et entouré de ses armes magnifiques de prince indien. Enfin des musiciens et des fanatiques fermaient le cortège.

– Un sutty ! dit sir Francis.

Le Parsi confirma et mit un doigt sur les lèvres. La longue procession disparut dans la forêt en laissant derrière elle un profond silence.

– Qu'est-ce qu'un sutty ? demanda Fogg.

– C'est un sacrifice humain, répondit sir Francis, un sacrifice volontaire. Cette femme sera brûlée demain à l'aube.

– Et ce cadavre ? demanda Fogg.

– C'est celui de son mari ! dit sir Francis.

– Comment ! reprit Fogg. Ces coutumes barbares existent encore et les Anglais n'ont pas pu les détruire ?

– Pas partout, répondit sir Francis.

– La malheureuse ! s'exclama Passepartout, brûlée vive !

Sir Francis expliqua que si elle n'était pas brûlée, on lui raserait les cheveux, on la nourrirait de quelques poignées de riz et on la repousserait. On la considérerait une créature immonde et elle mourrait. Pour éviter cette existence, il valait mieux être brûlée avec le corps de son mari.

– Non, ce sacrifice n'est pas volontaire, dit le Parsi. Tout le monde le sait ici. Cette femme est droguée avec de l'opium. On la conduit à la pagode de Pillaji. Elle va y passer la nuit en attendant le sacrifice qui aura lieu demain matin au lever du soleil.

Après avoir prononcé ces mots, le guide fit sortir l'éléphant du taillis. Mais Mr. Fogg proposa à sir Francis de sauver la jeune femme. Il avait encore douze heures d'avance, il avait le temps. Mr. Fogg allait risquer sa vie et son compagnon de voyage aussi. Passepartout était prêt et l'idée de son maître l'exaltait. Mais le guide était-il d'accord ?

– Messieurs, dit le guide, je suis Parsi comme cette femme. Mais sachez que nous risquons des supplices horribles. Il vaut mieux attendre la nuit pour agir.

Le guide donna alors quelques détails sur la victime. C'était une Indienne d'une célèbre beauté, fille de riches commerçants de Bombay. Elle avait reçu une éducation anglaise et elle s'appelait Aouda. Orpheline, on l'avait obligée de se marier avec un vieux rajah. Trois mois après, son mari était mort et elle s'était plusieurs fois échappée mais les parents de son mari voulaient sa mort et l'avaient rattrapée.

On décida que le guide dirigerait l'éléphant vers la pagode de Pillaji où la femme était emprisonnée. L'enlèvement devait s'opérer dans la nuit. Ils attendirent que les Indiens s'endorment mais des gardes armés de sabres surveillaient l'entrée de la pagode. Vers minuit ils décidèrent donc de faire une ouverture derrière la pagode. Le travail avançait quand ils entendirent un cri à l'intérieur. Ils se cachèrent de nouveau dans le bois. Des gardes vinrent s'installer et il fut impossible de terminer le travail. Comment faire pour sauver Aouda ?

– Nous n'avons plus qu'à partir, dirent sir Francis et le Parsi.

– Attendez, répondit Fogg, peut-être que demain nous réussirons à la libérer au moment du supplice.

Une vraie folie ! À l'aube, les tam-tams et les chants recommencèrent. Les portes de la pagode s'ouvrirent. Les fakirs escortaient la jeune femme complètement droguée. Phileas Fogg et ses compagnons se mêlèrent à la foule et la suivirent. Arrivés au bord du bûcher où était couché le rajah mort, Aouda se coucha à côté de lui. On alluma le feu. On entendit un cri de terreur.

Toute la foule était épouvantée et allongée par terre, le vieux rajah n'était pas mort ! On le vit se redresser d'un coup, comme un fantôme.

Il soulevait la femme dans ses bras et descendait du bûcher dans la fumée. Les fakirs, les gardes, les prêtres eurent très peur. Ils n'osaient pas regarder ce prodige !

La victime inanimée passa dans les bras de Mr. Fogg et de sir Francis qui étaient restés debout.

– Filons ! dit le ressuscité.

C'était Passepartout lui-même qui s'était glissé vers le bûcher au milieu de la fumée épaisse. Profitant de l'obscurité encore profonde, il avait arraché la jeune femme à la mort.

Un instant après, ils disparaissaient tous les quatre dans le bois et l'éléphant les emportait rapidement. Mais les cris leur firent comprendre que la ruse de Passepartout avait été découverte. Sur le bûcher enflammé on réussissait à voir la forme du corps du rajah. Les prêtres avaient compris qu'il s'agissait d'un enlèvement. Aussitôt ils s'étaient précipités dans la forêt et les gardes les avaient suivis…. mais les voyageurs étaient désormais hors de la portée des balles et des flèches.

Une heure après, Passepartout, ancien gymnaste, ex-sergent de pompiers, riait encore de son succès : il avait été le veuf d'une charmante jeune femme, un vieux rajah embaumé.

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