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Le Tour de Jean (Graded Reader), Chapitre 1. "Sur la ligne du départ"

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Chapitre 1. "Sur la ligne du départ"

Je pédale depuis trois heures et je ne vois plus Charles. Il est passé de l'autre côté de la colline. Lorsque je franchis, difficilement, le sommet, il est déjà en haut de la côte suivante.

Je m'arrête : je suis en sueur, essoufflé. J'ai soif et le soleil commence à descendre. Il faut que je rentre avant la nuit et je me suis beaucoup éloigné de chez moi. Je regarde Charles qui s'en va au loin.

En cette année 1903, Charles est un coureur cycliste professionnel. Il est connu chez nous. On l'a découvert en 1901 lors de la course Paris-Brest- Paris. Maintenant, il fait même des courses dans les vélodromes des grandes villes.

Il passe souvent par mon village, Mortagne-au-Perche, lorsqu'il s'entraîne pour les courses de route. Alors, quand je peux, j'emprunte le vélo de mon père et je le suis pendant des heures, le plus longtemps possible. Je n'ai jamais réussi à doubler Charles, mais j'arrive à rester dans sa roue pendant des kilomètres. Il ne s'est jamais arrêté, il ne s'est jamais retourné vers moi et ne m'a jamais parlé. Pourtant, je suis sûr qu'avec un vrai vélo de course, un vélo aussi moderne que le sien, je pourrais réussir et devenir un coureur professionnel, un champion moi aussi.

Mon père est facteur. La Poste lui fournit un vélo, mais il est de l'ancienne génération et préfère faire sa tournée à pied, avec le vieux cheval de trait pour porter le courrier.

L'instituteur du village m'a aidé à convaincre mon père de me prêter son vélo de facteur pour que je m'entraîne. Son supérieur au bureau des Postes lui a donné son accord. À force d'entraînement, ma rapidité sur un vélo commence à être connue. Aucun des jeunes du coin ne peut me battre.

Le maire du village est un passionné de courses mécaniques. Il fait livrer tous les jours au café le journal l'Auto.

Un jour, je passais devant le bar et il m'a appelé :

‒ Dis-donc gamin, l'instituteur m'a dit que tu voulais devenir un as du guidon?

‒ Oui, Monsieur.

‒ Je t'ai vu passer l'autre jour sur la route de Chartres, tu suivais Charles. Tu t'en sors bien. Comment t'appelles-tu ?

‒ Jean, Monsieur.

‒ Appelle-moi Marcel. Tu as entendu parler du Tour de France ?

‒ Non, Monsieur.

‒ Non, pas Monsieur, Marcel ! Entre donc !

Je suis entré dans le café. Le maire a ouvert le journal l'Auto :

– Voilà, c'est ce journal qui organise la course de vélo la plus fantastique que l'on peut imaginer : le Tour de France. Six étapes : départ de Paris, ensuite Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Nantes et retour à Paris. 2428 kilomètres ! Charles va y participer, mais ils acceptent aussi les amateurs. Inscris-toi pour la première étape. Apporte-moi le vélo de ton père, on va bricoler pour le rendre plus rapide.

‒ Mais, mon père ne voudra pas, Monsieur.

‒ Je t'ai dit de m'appeler Marcel ! Et bien, fais venir ton père aussi, je vais le convaincre. Ce sera facile : ils donnent cinq francs par jour aux inscrits, plus les primes de course.

‒ Cinq francs ! Merci, Monsieur Marcel !

‒ Pas de quoi. Ah, si j'étais encore jeune...

Voilà comment cela s'est passé. Après une brève discussion avec l'instituteur et le maire, mon père a donné son accord. Je vais participer à la première étape du Tour de France ! Paris-Lyon, 467 km ! Je n'en reviens pas ! Je suis fou de joie. Avec Marcel, on va changer mes pneus et alléger mon vélo. Il est sûr que j'irai au bout de l'étape et même plus loin. J'ai quand même du mal à le croire.

1er juillet 1903 : le départ du Tour de France est donné à Montgeron, en banlieue de Paris, car à cause des pavés et des rails de tramway, les courses de vélo sont trop dangereuses en centre-ville. J'ai pris le train avec mon vélo à la gare de Chartres. C'était la première fois. Quelle vitesse ! Marcel m'a accompagné pour rassurer ma mère et, surtout parce qu'il avait envie de voir les champions en vrai : Garin, Aucouturier, Fischer... Tous ces grands noms que personne n'oubliera jamais. Marcel me présente Charles qu'il connaît bien. Je suis impressionné et j'écoute attentivement ses conseils :

‒ C'est toi qui me suis quand je passe à Mortagne-au-Perche ? Tu roules vite, petit, c'est bien. Jusqu'à Moulins, c'est du gâteau. Mais, c'est après qu'on va voir les vrais, parce que ça va commencer à grimper. Et avec ton mauvais vélo de facteur, ça ne va pas être de la tarte.

Je suis flatté parce qu'il m'a reconnu, mais aussi un peu vexé par sa remarque sur mon vélo, mais il n'a pas tort...

‒ Fais attention aux crevaisons et n'hésite pas à ralentir : tu perdras moins de temps que si tu tombes et tu te blesses.

Je bois ses paroles.

Je dois rêver: je suis sur la ligne de départ du Tour de France, en train de discuter d'égal à égal avec un professionnel. On me prend en photo avec d'autres coureurs. Incroyable, en photo, quelle modernité ! Il y a même des voitures ! L'une d'elle va suivre l'intégralité de la course. À son bord, Georges Lefèvre, surnommé Géo, le seul journaliste qui racontera les étapes dans le journal l'Auto.

Marcel me ramène à la réalité :

‒ Bonne chance, gamin ! Promets-moi d'être prudent. Surtout quand vous roulerez de nuit.

‒ Bien sûr, Marcel.

‒ Et ne te laisse pas impressionner. Tu as un mauvais vélo de facteur mais du feu dans les jambes ! On croit tous en toi au village. Allez Champion ! Ah, si j'étais encore jeune...

‒ Merci Marcel.

Et puis, il m'a serré très fort dans ses bras. Il avait les yeux humides et du coup, moi aussi... Je suis tellement heureux.

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