×

Utilizziamo i cookies per contribuire a migliorare LingQ. Visitando il sito, acconsenti alla nostra politica dei cookie.

Black Friday Fino al 50% di sconto
image

Little women ''Les quatre filles du docteur Marsch'', Un paquet de lettres XVI

Un paquet de lettres XVI

« Ma très chère mère,

« Il est impossible de vous dire combien votre dernière lettre nous a rendues heureuses. Les nouvelles étaient si bonnes que nous n'avons pas pu nous empêcher d'en rire et d'en pleurer. Que M. Brooke est donc bon, et qu'il est heureux que les affaires de M. Laurentz le retiennent si longtemps près de vous, puisqu'il vous est si utile ainsi qu'à père. Mes soeurs sont, toutes, aussi bonnes que de l'or. Jo m'aide à coudre et insiste pour faire toutes sortes d'ouvrages difficiles ; je craindrais qu'elle ne se fît du mal si je ne savais pas que son « accès moral » ne durera que ce qu'il pourra durer. Beth est aussi régulière qu'une horloge pour ses devoirs, et n'oublie jamais ce que vous lui avez dit. Elle a beaucoup de chagrin de voir père encore malade, et elle a l'air très grave, excepté quand elle est à son piano. Amy fait très bien tout ce que je lui dis, et je prends grand soin d'elle. Elle se coiffe elle-même et je lui apprends à faire des boutonnières et à raccommoder ses bas ; elle fait tous ses efforts pour réussir, et je suis sûre que vous serez satisfaite de ses progrès quand vous reviendrez.

« M. Laurentz veille sur nous comme une maman poule sur ses poussins, c'est le mot de Jo, et Laurie est très bon et très gentil. Quand il a vu Jo avec sa tête de garçon, qu'il n'avait pas remarquée le jour de votre départ, il a été si saisi que, si Jo ne lui avait pas ri au nez, je crois qu'on n'aurait pas pu le consoler. Quand il a su l'histoire, cela a été pis, mais dans un tout autre sens. Ah ! mère, rien n'a pu le retenir, il a pris la tête de Jo entre ses mains et l'a embrassée si vivement que Jo s'en est montrée furieuse. « Battez-moi, lui répondit-il, mais rien n'aurait pu m'empêcher d'embrasser, dans ce moment-là, la bonne fille que vous avez été. » Le courroux de Jo n'a pas duré, vous le pensez bien. Laurie et Jo nous égayent, car nous sommes quelquefois bien tristes ; vous êtes si loin, mère, que nous nous considérons souvent comme des orphelines. Hannah est une vraie vieille sainte ; elle m'appelle toujours miss Marguerite, ce qui est très convenable, et me traite avec respect. Elle prétend que je suis une grande personne.

« Nous sommes toutes bien portantes et nous travaillons de toutes nos forces, mais nous désirons votre retour nuit et jour. Donnez mes meilleurs baisers à papa, et recevez ceux de ce Votre grande

« MEG. »

Cette lettre, bien écrite sur du joli papier rose, formait un grand contraste avec la suivante, qui était griffonnée sur une grande feuille de papier très mince et était ornée de taches d'encre et de toutes sortes de paraphes et de fioritures.

« Ma précieuse maman,

« Trois hourras pour cher vieux père ! Brooke a été un atout de nous envoyer une dépêche, juste au moment où papa a été sauvé. J'ai couru au grenier lorsque la lettre est arrivée et j'ai essayé de remercier Dieu qui a été si bon pour nous, mais je ne pouvais que pleurer et dire : « Je suis contente ! Je suis contente ! » Est-ce que cela n'a pas été aussi bien qu'une vraie prière ? J'en sentais beaucoup d'autres dans mon coeur, mais elles n'en pouvaient pas sortir.

« Nous avons une très drôle de manière de vivre, et je pourrai en jouir maintenant. Nous sommes toutes si désespérément bonnes, qu'on se croirait chez nous dans un nid d'oiseaux du paradis. Vous ririez de voir Meg à votre place à table et essayant d'être maternelle ; elle devient tous les jours plus jolie, et je suis quelquefois enthousiasmée d'elle. Les enfants sont de vrais archanges, et moi... eh bien ! je suis Jo et je ne serai jamais rien d'autre. Oh ! il faut que je vous dise que j'ai été bien près de me fâcher avec Laurie ; je m'étais décidée de faire une bête de petite chose, et il en a été offensé ; j'avais raison, mais je n'ai pas parlé comme j'aurais dû, et il est parti en disant qu'il ne reviendrait pas que je ne lui eusse demandé pardon. J'ai déclaré que je ne le ferais pas et je me suis mise en colère. Cela a duré toute la journée.

Je me sentais très méchante, et il aurait été bien utile que vous fussiez là pour me remettre à la raison. Laurie et moi nous sommes tous deux aussi orgueilleux l'un que l'autre. Nous n'aimons ni l'un ni l'autre à demander pardon ; cependant, je pensais qu'il s'y déciderait, car c'était lui qui avait tort ; mais il ne reparut pas de la journée. Vers le soir, je me rappelai ce que vous m'aviez dit quand Amy était tombée dans l'eau. J'ai lu mon petit livre, je me suis sentie mieux à l'aise, et, résolue à ne pas laisser le soleil se coucher sur ma colère, j'ai couru dire à Laurie que j'étais fâchée de lui avoir été désagréable. Figurez-vous, mère, que je l'ai rencontré à la porte qui venait pour le même motif. Nous n'avons pas pu nous empêcher de nous rire au nez l'un et l'autre, c'était trop drôle ; rien n'a été plus facile, dès lors, que de nous demander mutuellement pardon, et, tout de suite après, nous nous sommes retrouvés les meilleurs amis du monde.

« J'ai fait hier un poème, pendant que j'aidais à Hannah à laver le linge, et, comme père aime à lire mes sottes petites choses, je le mets dans ma lettre pour l'amuser. Donnez-lui le meilleur baiser qu'il ait jamais eu, et embrassez-vous une douzaine de fois pour votre

« Jo, sens dessus dessous. »

Voici le poème de Jo :

UN JOUR DE LESSIVE

Reine de ma cuve, je chante gaiement, pendant que la mousse blanche s'élève bien haut, et de tout mon coeur je lave, je rince, je tords et j'étends le linge pour le faire sécher, et bientôt il se balancera à l'air sous le ciel plein de soleil.

Je voudrais que nous puissions enlever de nos coeurs et de nos âmes les taches et les souillures de la semaine, et laisser l'eau et l'air nous rendre purs comme ce linge. Alors, il y aurait vraiment sur la terre un glorieux jour de lessive.

Le long du chemin d'une vie utile, les pensées fleuriront toujours ; l'esprit occupé n'a pas le temps de songer aux peines, aux soins ou aux tristesses, et l'anxiété peut être balayée comme avec un balai.

Je suis contente qu'il me soit donné la tâche de travailler tous les jours, car cela m'apporte santé, force, espérance, et j'apprends à dire gaiement : « Tête, vous pouvez penser ; coeur, vous pouvez sentir ; mais vous, mains, il faut travailler. »

Jo.

« Chère mère,

« J'ai seulement la place de vous envoyer mes meilleurs baisers et quelques pensées séchées qui viennent d'un pied de pensées que j'ai conservé dans ma chambre afin que papa le voie ; elles ne refleuriront maintenant que pour lui. Je lis tous les matins dans mon petit livre, je tâche d'être sage toute la journée et je m'endors en chantant tout bas l'air favori de papa. Tout le monde est très bon pour nous, et nous sommes aussi heureuses que nous pouvons l'être sans vous. Amy veut le reste de la page, ainsi il faut que je m'arrête. Je n'ai pas oublié vos commissions, et, tous les jours, je remonte l'horloge et range les chambres.

« Embrassez cher père sur celle de ses joues qu'il appelle la mienne. Oh ! revenez bientôt vers

« Votre petite Beth qui vous aime.

« Dites à M. Brooke que je le trouve très bon, et que quelquefois j'ose parler de lui avec M. Laurentz, qui a comme moi du plaisir à causer de lui. »

« Ma chère maman.

« Nous sommes toutes en bonne santé, je travaille tous les jours et je ne compromets jamais les autres. Meg prétend qu'il faut dire que je ne les contredis jamais ; je mets les deux mots et vous pourrez choisir le meilleur. Meg m'est d'une grande consolation et elle me laisse avoir de la gelée, tous les jours, au thé ; je trouve cela si bon ! Jo dit que c'est parce que cela me rend plus douce. Laurie n'est pas aussi respektueux qu'il devrait l'être, maintenant que j'ai douze ans ; il m'appelle petit poulet et blesse mes sentiments en me parlant très vite en français, quand je dis merci ou bonjour, comme dit Hattie Kings. Les manches de ma robe bleue étaient tout usées, et Meg en a remis de neuves ; mais elles sont plus foncées que la robe. J'étais très fâchée, mais je n'ai rien dit ; je supporte bien tous mes ennuis, mais je voudrais que Hannah veuille bien empeser davantage mes tabliers et nous faire tous les jours des gâteaux. Pourrait-elle ? Meg dit que ma ponctuation et mon orthographe sont vraiment honteuses, et je suis très mortifiée, mais j'ai tant de choses à faire que je ne peux être parfaite en rien. Adieu, j'envoie toutes mes tendresses à papa.

« Votre fille qui vous aime,

« Amy Curtis Marsch. »

La vieille Hannah, qui avait juré à sa maîtresse de la tenir au courant, lui avait écrit aussi. Nous ne rectifions que l'orthographe.

« À chère madame Marsch,

« sa vieille Hannah.

« Je vous écris pour vous dire que nous nous tirons très bien d'affaire. Ces demoiselles sont toutes parfaitement bien. Meg va devenir une bonne maîtresse de maison ; elle aime beaucoup à s'occuper du ménage et apprend très vite. Jo les dépasse toutes en bonne volonté ; on ne sait jamais ce qu'elle va faire. Lundi, elle a lavé toute une lessive, mais elle a amidonné le linge avant de le tordre, et passé au bleu une camisole d'indienne rose. J'ai cru que je mourrais de rire. Beth est la meilleure des petites créatures, et elle m'aide réellement beaucoup, et l'on peut se fier à elle. Elle fait les comptes d'une manière étonnante. Nous sommes devenues très économes ; je leur sers du café une fois par semaine, selon ce que vous m'avez dit, et je leur donne une nourriture très bonne, mais très simple. Amy est bien, mais elle met ses plus belles robes « à tous les jours » et mange des sucreries tant qu'elle peut. M. Laurie fait autant de bêtises que d'habitude, mais c'est un bon garçon, il les égaye. M. Laurentz envoie des masses de choses et est même assez fatigant, mais il a l'intention de bien faire, et ce n'est pas à moi à dire quelque chose. J'envoie mes respects à M. Marsch et j'espère qu'il reviendra bientôt.

« Votre servante respectueuse,

« Hannah Muller. »

« Madame et maman,

« Tout est bien à la maison ; les troupes sont en bon état. Vos filles sont des anges quelquefois. Je me permets, quand je les vois s'attrister de votre absence, d'essayer de les faire rire ; j'y réussis souvent, mais pas toujours. Jo, seule, pourrait se passer de moi dans cet emploi quand il s'agit des autres ; mais, au fond, elle a un effort à faire pour retrouver sa gaieté naturelle. Il me semble que ses cheveux repoussent, et grand- père, le commandant en chef, général Laurentz, passe tous les jours votre armée en revue. Hannah me gronde quelquefois. En somme, j'ose dire que, si vous étiez là, vous ne seriez pas trop mécontente de l'ensemble des choses. Rappelez- moi à M. Brooke.

« Votre fidèle jeune ami,

« LAURIE. »

« Chère madame,

« Les petites filles sont toutes bien. Hannah est une servante modèle, et veille comme un dragon sur son joli troupeau. Je suis content que le beau temps ait continué. Utilisez Brooke, je vous prie, et si vos dépenses dépassent vos prévisions, adressez-vous à mon banquier. Nous ferons nos comptes dans des temps meilleurs. Ils viendront. Ne laissez votre mari manquer de rien. Je remercie le ciel de ce qu'il est mieux portant.

« Votre sincère ami et serviteur,

« James Laurentz. »

Learn languages from TV shows, movies, news, articles and more! Try LingQ for FREE